La compagnie de danse Martha Graham revient à l’Opéra de Paris

Cela fait presque trente ans que les danseurs de la Martha Graham Company ne sont pas venus à Paris. En septembre, ils investissent le Palais Garnier pour cinq soirées exceptionnelles. A voir ou à revoir absolument.

La compagnie de danse Martha Graham revient à l’Opéra de Paris

Martha Graham in Letter to the World. Photo © Barbara.

« Le mouvement ne ment jamais »

Martha, prénom biblique s’il en est, est illustré par deux prêtresses. Les musiciens admirent la pianiste Martha Argerich. Les danseurs ont pour eux Martha Graham, un cas unique dans le monde de la danse. Chorégraphe révolutionnaire et inspirée, danseuse au magnétisme fascinant, pédagogue infatigable, elle a créé plus de 180 ballets au cours de sa longue carrière. Née aux Etats-Unis en 1894, elle fonde sa compagnie à New York dès 1926. En brisant définitivement les codes traditionnels de la danse qu’Isadora Duncan avait commencé à fêler, elle invente un nouvel usage du corps, basé sur la respiration et la liberté de mouvement, car comme son père médecin psychiatre le lui a appris, « le mouvement ne ment jamais ».

La compagnie de danse Martha Graham revient à l’Opéra de Paris

Lloyd Mayor, Charlotte Landreau, Abdiel Jacobson, and Alessio Crognale in Martha Graham’s The Rite of Spring. Photo © Melissa Sherwood

Martha Graham a influencé des générations de chorégraphes modernes comme Merce Cunningham ou Paul Taylor, Elle a entraîné sur ses planches des monuments du classique comme Mikhail Baryshnikov, Margot Fonteyn ou Rudolf Noureev. Elle a également su s’entourer des créateurs de son temps, Samuel Barber, Gian Carlo Menotti, Donna Karan ou Calvin Klein. Le sculpteur Isamu Noguchi a signé les décors d’Appalachian Spring, sur la musique d’Aaron Copland en 1944.

Les classiques à voir à Paris

La programmation parisienne inclut des œuvres emblématiques du répertoire de la Compagnie Martha Graham. Appalachian Spring (Aaron Copland) et The Rite of Spring (Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky) y seront interprétés pour la première fois au Palais Garnier. On attend avec impatience une relecture signée Nicolas Paul du célèbre solo Lamentation (visionner ci-dessous), dans lequel Martha Graham a impressionné des générations de spectateurs, puisqu’elle danse assise en ne montrant que son visage, ses pieds et ses mains, enserrée dans un long tube de tissu, sur une musique de Zoltan Kodaly. Cave of the Heart et Ekstasis, symboles des influences du théâtre grec sur l’œuvre de la chorégraphe compléteront ce voyage à travers le monde de la grande Martha.

Lamentation, un des solos mythiques de Martha Graham sur la musique de Kodaly…

La technique Graham : le « contraction/release »

La technique de Martha Graham est très « organique ». Elle utilise l’action vitale de la respiration ainsi que la spirale du torse et des bras. Le mouvement part du bassin pour entraîner le reste du corps et projeter l’énergie jusqu’aux extrémités : c’est le fameux binôme contraction/release (contraction/relâchement). Le rapport au sol des danseurs y est aussi marqué. Il s’y ancrent, y roulent et y prennent appui dans des figures rares.

Une pépinière de danseurs et le plus ancienne école professionnelle américaine

Georges Gatecloud dit Bellecroix enseigne la technique Graham depuis 1973 à Paris au Centre du Marais. Cet artiste éclectique, également sculpteur, architecte et costumier, s’est formé auprès de deux professeurs de New York, dont il fut l’assistant. Yuriko Kikuchi (principale danseuse au tout début de la Compagnie Graham) pour des tournées démonstrations et Anna Mitteholzer. Il a dansé entre autres avec le Groupe de Recherche Théâtrale de l’Opéra de Paris dirigé par Carolyn Carlson. Il maintient volontairement la technique car il croit fermement à son pouvoir didactique : « Elle devrait être nécessaire, fondamentale et indissociable de la formation d’un danseur contemporain » ajoute-t-il en reconnaissant qu’il ne se lasse pas de l’enseigner et de la pratiquer. Beaucoup d’élèves abandonnent toutefois tout simplement parce que « c’est trop dur ». En revanche, ceux qui ont été conquis restent fidèles, souvent des dizaines d’années. « C’est une technique extraordinaire, elle regroupe tout ce dont on a besoin pour danser » explique une danseuse amateur mais engagée. « Cela dépend aussi des professeurs, précisent d’autres élèves. La technique est dure, il faut que l’ambiance soit bonne et que l’enseignement soit rigoureux, mais attractif ».

La compagnie de danse Martha Graham revient à l’Opéra de Paris

Georges Gatecloud dit Bellecroix. Photo © Sheryl Tait

Aujourd’hui, la « technique Graham » est une discipline à part entière. Enseignée dans le monde entier comme la danse classique, elle attire dans son bastion new-yorkais, la Martha Graham School, des aspirants de toutes origines, qui veulent se frotter à la technique et/ou au répertoire. Cette pépinière de danseurs pour toutes les grandes compagnies du monde est la plus ancienne école professionnelle américaine. Un peu comme l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris.