Cinéma ; Hommage au réalisateur Alan Parker (1944-2020)

Un cinéaste qui a marqué son époque.

Le réalisateur de “Bugsy Malone'” (1976), “Midnight Express” (1978), “Fame” (1980), Birdy (1984) ou encore “Missipy Burning (1988) “The Commitments” (1991) laisse une filmographie plutot solide, jalonnée d’œuvres parfois controversées, souvent marquantes récompensées par 10 Oscars, et la trace d’un véritable auteur.

Le choc de mai 1978

Au Festival du Film de Cannes, une rumeur courre à propos d’un film “explosif”.
Quelques cinéphiles passionnés connaissent Alan Parker et ont vu “Bugsy Malone” (1976), son premier film sur la mafia interprété uniquement par des enfants qui se balancent des tartes à la crème. La toute jeune Jodie Foster en est l’interprète principale.

Mais là il s’agit d’autre chose, l’histoire vraie et dramatique, pour ne pas dire terrible de Billy Hayes, jeune américain, incarcéré dans une prison turque pour trafic de haschisch. Dans des conditions particulièrement violentes.
Et en effet “Midnight Express” avec un scénario signé Oliver Stone, est un choc.

La Turquie portera longtemps une sulfureuse réputation liée à la dénonciation particulièrement efficace du film. Le calvaire de Billy Hayes fera le tour du monde et révèlera au monde les qualités d’un réalisateur qui garde une patte d’auteur avec des films populaires, voir aujourd’hui “cultes” si le mot n’était pas si galvaudé.

Alan Parker est né en 1944 à Londres, et comme son compatriote Ridley Scott (qui a présenté son premier film “Les Duellistes” à Cannes l’ année précédente),  il débute dans la publicité avant de s’attaquer au 7ème art.

Une carrière nourrie de succés grand public.

Après son Oscar du meilleur scénario pour “Midnight Express” et celui pour la musique mythique de Giorgio Moroder (Kavinski et son “Nightcall pour “Drive” lui doit certainement plus que quelque chose), Alan Parker réalise “Fame”.

Fame (1980) constitue l’archétype du film “choral”  ; il suit une dizaine d’élèves qui cherchent à intègrer par tous leurs moyens LA grande école qui forment les artistes au spectacle vivant. La BO signée de Michael Gore remporte l’Oscar de la meilleure partition originale.  Le succès est si phénoménal qu’une série télévisée en sera tirée, nous sommes en 1980…

Le vent en poupe

Le réalisateur propose un projet plus personnel qui sera peut-être son plus grand échec, “Shoot The Moon” (1982) avec Albert Finney et Diane Keaton. L’histoire de la déliquescence d’un couple usé par le temps (que pointera le titre en VF “L’usure du temps”) mériterait sans doute d’être aujourd’hui réévaluée.

Alan Parker revient à des affaires plus consensuelles avec “The Wall” (1882) l’opéra rock du groupe Pink Floyd (en réalité l’oeuvre du démiurge Roger Waters). Démesuré, délirant, le prétexte d’une rock star à la psyché qui part en lambeaux marque son époque de façon indélébile. Tant par le fond politique que par la forme. Mixant l’animation et les prises de vue réelles pour illustrer l’aliénation.
Il révéle aussi Bob Geldof, leader des ‘Boomtown Rats’ et futur organisateur du fameux Band Aid et de son méga concert Live Aid en 1985). Si le succès en salles reste malgré tout mitigé, il est devenu une captation de spectacle exemplaire.

En 1984, Alan Parker réalise “Birdy” avec Nicolas Cage et Matthew Modine. L’histoire d’une amitié entre deux vétérans du Vietnam dont l’un a subi un lourd dommage post-traumatique remporte le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 1985. Et impose définitivement Parker comme auteur.

Trois ans plus tard sort “Angel Heart” (1987) film noir reste emblématique pour son ambiance fantastique et la composition de Robert de Niro dans le rôle de Lucifer (Louis Cypher est son patronyme dans le film) et celle d’un Mickey Rourke (encore préservé) dans celui d’un détective à la dérive.

Mississippi Burning” (1988) (actuellement visible dans les salles) avec Gene Hackman et Willem Dafoe, est sans doute un de ses sommets. Inspiré de l’assassinat de trois défenseurs des droits civiques en 1964 dans le sud des Etats Unis, ce film prend aujourd’hui une résonance particulière.

Bienvenue au Paradis” (1990) raconte la déportation de ressortissants japonais aux Etats-Unis pendant la Deuxième guerre mondiale

The Commitments” (1991) autre film musical met en scène de jeunes chômeurs d’Irlande du Nord féru de musique soul. Il réussit la gageure de s’appuyer sur des acteurs non professionnels qui chantent réellement pour l’essentiel en live une musique signée Andrew Strong.

Au box-office son étoile pâlit peu à peu

Dans un production de plus en plus erratique, les succés s’étiolent.

Aux bons soins du docteur Kellog” est une grosse production qui sera un four malgré des moyens conséquents et un casting de qualité. Adapté d’un roman de T. C. Boyle, il raconte les débuts de l’hygiénisme au travers de l’inventeur des cornflakes.

Evita” (1996) sur la vie d’Evita Peron est tiré d’une comédie musicale de Broadway sur une musique d’Andrew Lloyd Webber (1976). La production est chahutée notamment avec une Madonna aux commandes au sens propre et figuré dans le rôle titre qu’elle considérait “fait” pour elle. Il n’est pas sûr qu’Alan Parker aurait du faire confiance à la star les yeux et les oreilles fermés.

Les Cendres d’Angela” (1999) s’appuit sur le roman autobiographique de Frank McCourt dédié à sa mère courage se battant au travers de la grande dépression en Irlande.

Son dernier film, “La Vie de David Gale” (2003) avec Kevin Spacey et Kate Winslet s’intéresse à la vie d’un militant américain contre la peine de mort qui se retrouve lui même dans le couloir de la mort. Le récit aux tiroirs narratifs trop nombreux ne convaint pas.

Alan Parker décédé le 31 juillet 2020 à l’âge de 76 ans, nous laisse une filmographie plutot solide recompensée par 19 Baftas, 10 Golden Globes et 10 Oscars, et surtout le souvenir d’un véritable auteur.

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