Théâtre : Moi, Malvolio, de Tim Crouch (Théâtre 14)

traduit par Catherine Hargreaves et Adèle Gascuel (éditions L’Avant-ScèneThéâtre) et mise en scène par Catherine Hargreaves
interprété par François Herpeux
jusqu’ au 23 octobre, au Théâtre 14, les mardi, mercredi et vendredi à 20h, jeudi à 19h, samedi à 16h. Réservation +33 (0)1 45 45 49 77

Fidèle aux productions du Théâtre 14 autant originales que dérangeantes, Moi, Malvolio de Tim Crouch nous entraîne dans un duel entre le personnage échappé de « La Nuit des Rois » de Shakespeare et le public. La pièce sans filtre du dramaturge, acteur et scénariste britannique, mise en scène par Catherine Hargreaves, interroge le théâtre et le lien intime parfois décapant entre spectateur et acteur.

Une Nuit des Rois revue et débridée

Moi, Malvolio mise en scène par Catherine Hargre est incarné par Francois Herpeux avec Crédits Antonin Boyrhev

Seul en scène, Malvolio, l’intendant d’Olivia, personnage secondaire de « La Nuit des Rois » connut pour cette fameuse dernière réplique : « Je me vengerai de vous et de toute votre meute ! »
Sans surprise. Se prétendant “aussi sain que quiconque”, le triste sire affirme sa volonté de “ramener un peu de libéralisme culturel ici”. C’est bien un homme blessé, harcelé, outragé et choqué par son entourage et aussi amoureux transi qui vient plaider tant sa cause que libérer sa haine. Le personnage autocentré, 100% shakespearien, par sa démesure, son grotesque, et son dilemme intime vient dire sans filtre tout le fiel que lui inspire les fêtards d’une part et le public de théâtre d’autre part.

Le spectateur pris à partie

Incarné par François Herpeux, Malvolio est aussi pathétique qu’irrésistiblement comique. Crédits Antonin Boyrhev

Avant même que nous soyons installés, les lumières pas encore éteintes ( elles ne le seront jamais tout à fait),  Malvolio interpelle le public, navigant entre scène et salle dans un costume ridicule. Le spectacle commence, déroutant au début, le spectateur est pris à parti. Malvolio provoque, pose des questions, se joue de nos réactions. Comme des poupées russes, le personnage et le comédien se rejoignent et s’éloignent l’un de l’autre.
Les personnages de « La Nuit des Rois » sont un prétexte pour parler d’aujourd’hui, de la société, de nos comportements.

Toutes les nuances du fou

François Herpeux pousse aussi loin que possible de retour du triste sire de la Nuit des Rois Crédits Antonin Boyrhev

Drôle, incisif, choquant, avec des répliques qui font mouche, Tim Crouch fait son miel et sa sauce shakespearienne, et la monte en crème irrésistible, grâce à l’efficacité de la performance de François Herpeux. Seul sur scène, il décline avec maestria toutes les nuances du fou, du pathétique au tragique, du ridicule au comique, toujours d’une justesse incroyable, improvisant parfois au grès des réactions.
Son monologue livre une subtile réflexion sur le théâtre, sur notre époque et notre capacité à réagir comme acteur, plus que spectateur.
Et à ce propos, ne vous laissez pas impressionner par la fin du spectacle, on cherche à vous déstabiliser, alors soyez créatif !

#PatriciadeFigeiredo