Un grand acteur français nous a quittés. Requiem pour Jean-Pierre Bacri.

L’acteur qui a incarné tant de personnages qui nous ressemblent vient de nous quitter. Singulars partage la peine de tous ceux qui en sont attristés.

Jean Pierre Bacri sous ses faux airs de bougon était un seigneur aussi bien au théatre qu’au cinéma @ DR

La mort, ce n’est pas contagieux, c’est héréditaire”, cette réplique tirée du film “Grand Froid” (signé Gérard Pautonnier) ne donne qu’une toute petite idée de l’humour de Jean-Pierre Bacri.

Nous venons de perdre très certainement l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. Jean-Pierre Bacri avait en effet à sa façon bougonne, drôle et finalement très tendre l’art d’incarner des personnages qui nous ressemblent.

Pourtant le rôle qui le fait connaître est celui d’un proxénète dans “Le Grand Pardon” (Alexandre Arcady, 1982) avec tout de même déjà cette faconde bien à lui. A partir de là sa carrière décolle, il ne s’arrêtera plus. Très tôt il s’avère qu’il n’est pas qu’un acteur dont l’esprit caustique hante les répliques.

Il est également auteur. Sept pièces de théâtre, la première Tout simplement en 1977, dont deux co écrites avec Agnès Jaoui, sa complice et compagne de 1987 à 2012. Le succès de leurs pièces faut-il les rappeler Cuisine et dépendances (1991), Un air de famille (1996) leur permet des adaptations cinématographiques aujourd’hui aussi populaires que disons celles du Splendid.

Ensemble le duo produira une dizaine de scénarios pour lesquels ils obtiendront trois Césars, un Prix du Scénario à Cannes et une ribambelle d’autres récompenses.
Sans vouloir être exhaustif, citons Le goût des autres (2000) comme une de leur très grande réussite. L’acteur Jean-Pierre Bacri ne se verra quant à lui uniquement récompensé d’un César du meilleur second rôle en 1998 pour On connaît la chanson d’Alain Resnais, avec qui ils obtiendront à nouveau le César du meilleur scénario original après Smoking/No smoking (1993).

Il fut aussi un homme de théâtre puisqu’il joua dans une vingtaine de pièces. En dehors de multiples autres récompenses, il décrocha en 2017 un Molière pour son interprétation réinventée de Chrysalde dans Les Femmes Savantes.

Mais c’est une popularité jamais démentie qui viendra lui apporter la plus grande des reconnaissances, celle du public.

Acteur populaire au sens noble, il aura réussi au travers de ses rôles à personnifier toute une galerie de personnages qui figurent le français dans sa diversité. Je citerai au-delà de ses rôles les plus connus celui de Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer (2012). Où en sinologue, fils complexé d’un très haut fonctionnaire joué avec malice par Claude Rich, il s’emmêle les pinceaux dépassé par un malentendu.

 

Souvent dépressif, affichant une bougonnerie qui lui servira d’image de marque, nous pourrions évoquer les nombreux rôles dans lesquels son humour détaché nous l’aura rendu extrêmement attachant. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes bien tristes d’avoir perdu un membre de la famille qui va bien nous manquer.

#CalistoDobson