Variété : La fraîcheur de trois artistes indépendants : Lizzy McAlpine - Knucks - Wet Leg

Notre sélection d’avril puise dans les charts d’outre-manche et d’outre-atlantique l’élan de fraîcheur du dernier opus de trois artistes indépendants : la bedroom pop de Lizzie Mcalpine (Five seconds flat), la drill de Knucks (Nodaysoff) et le rock indé des désormais célèbres Wet Leg (Domino). Leur point commun est de réaliser leur musique chez eux, et de la distribuer via des petites structures.

Lizzy McAlpine – Five seconds flat

Sorti le 8 avril dernier chez AWAL (Sony), Five seconds flat d’Elizabeth « Lizzy » McAlpine emmène l’artiste souvent associée à son succès sur Tiktok dans des nouvelles dimensions de pop, à mesure qu’elle affirme son style. Le film noue les différentes pistes de l’album en une seule histoire avec le fil plutôt rabâché de la rupture amoureuse. Au-delà des clichés d’une réalisation indé à grands-moyens – la caméra 8mm, le chapitrage, le grain, les rough cuts – le court-métrage tangente dans les premières minutes les thèmes que Sofia Coppola abordait dans la banlieue américaine de The Virgin Suicides, imprégné par la composition esthétique et le bokeh (flou artistique) du réalisateur – producteur Gus Black.

Les charmes de la bedrom pop

Ce deuxième album est aussi le théâtre de deux collaborations prestigieuses, FINNEAS et Jacob Collier, qui placent définitivement Lizzy McAlpine sur la scène de la bedroom pop. A la croisée de la folk, country, électro parfois, le style favorise les prises de voix très proches, quasi chuchotées à l’oreille du spectateur, à la manière de Julie London autrefois, mais sans le côté pinup. Ce sous-genre se structure autour des effets de voix dont il révèle tous les détails et les imperfections, de multiples harmonies soutenues par des basses musclées et de boîtes à rythmes aux refrains/chorus. Le visuel se rapproche au plus du spontané des réseaux sociaux, et de l’artisanal. La représentante la plus célèbre en est sans aucun doute Billie Eilish, qui l’a installé durablement sur la scène internationale. Son frère FINNEAS signe hate to be lame du célèbre piano dévitaminée qui avait fait le sel de everything I wanted chez Billie Eilish. Jacob Collier apporte quant à lui son maelstrom de genre et son traitement unique de voix sur erase me.

Cet opus confirme le talent remarquable de l’artiste pour le songwriting, et ses phrasées en point d’interrogation. Si le projet et plus pop, son introduction et sa conclusion rappellent le chemin parcouru depuis le premier album, intitulé Give me a minute. Une perle à savourer au coin du feu, et traversée par des compositions originales déjà excellentes : Pancakes for dinner, To the Mountains, Apple Pie, Same Boat. Lizzie bénéficie aussi d’un timbre clair et souple qu’elle emmène dans les extrémités du registre vocal, à la manière de Yebba – qui le démontre dans son excellent tiny desk concert.

Prochain concert : Live au Pop-up du label à Paris, le 21 novembre

Knucks – Los pollos hermanos

Un transatlantique plus tard, et vous voici dans le sud « hip » de Londres. Basses puissantes, swing irrégulier, paroles souvent violentes voire explicites, un charmant cocktail maîtrisé par Knucks. Deux singles annoncent l’aisance de cet anglais de 25 ans dans des prods teintées par sa double influence rap/jazz vocal. D’un côté le style de Nas, J.Cole, MF Doom, et de l’autre la tradition du jazz vocal penchant pop, avec Sade, Anita Beker ou Rachelle Ferrell.

Le single Los pollos hermanos est un bon exemple de l’alliage entre sample de jazz, ici Choro de Antonio Carlos Jobim, et les références plus populaires à la série américaine Breaking bad, qui parsèment le son sous forme de courts extraits.

Depuis ses 12 ans, Knucks cisèle son flow et ses prods pour s’imposer dans l’horizon encombré du rap UK. Un second single affiche la couleur de son futur album Alpha Place, sortie annoncée le 6 mai – Nice&Good, ici interprété live dans le format spécial Vevo Rounds, qui propose littéralement une vision 360 sur des artistes actuels en rap, Hip-hop ou R&B. La drill pointe le bout de son nez depuis quelques mois en France, avec un de ses premiers représentants, Gazo, ou le succès récent de Ziak. Vald s’y essaye en bonus de son dernier album, tandis que Freeze Corleone pose directement avec le pape du style en Angleterre, Central Cee sur Polémique.

Prochain concert : Live à Londres au Koko le 25 mai

Wet Leg – Wet Leg

Toujours en Angleterre, mais cette fois-ci sur l’île de Wright, un duo loufoque qui surfe sur la vague de renouveau du post-punk. Leur image souvent absurde est un support pour leurs mélodies rêveuses, proches du rock indie, et leur parlé est plutôt cru. Ce groupe britannique, c’est Wet Leg, composé de Rhian Teasdale et Hester Chambers et révélé par leur premier single Chaise Longue. Le clip, réalisé chez la mère de Hester Chambers pendant le confinement promet des riffs très rocks et un décalage humoristique dans les paroles et la réalisation visuelle.

Ce premier single est rapidement suivi de Wet Dream, tout aussi absurde et convaincant. La répétition des paroles cède régulièrement à des chorus très convaincants. Le reste de l’album éponyme sorti le 8 avril est inégal, bien que mis en image de manière assez originale : dans Ur mum, Ailsa Aikoa livre un clip résolument british, aux airs de comédies de la trilogie Cornetto d’Edgar Wright.

Prochain concert : En live le 14 mai au point ephemere à Paris

#OlivierLauriotditPrévost