Ali Rakib, fondateur de Forweavers, passeur de tissus des mondes

Fondateur de la startup Forweavers, Ali Rakib relocalise le partage des valeurs. Cet expert en sourcing et en techniques vernaculaires de production et de façonnage de tissus a sillonné le monde à la recherche d’artisans tisserands. Les tissus rares qu’il a découverts sont des pépites pour les grandes marques de luxe et les artisans de l’univers de la mode, de la décoration ou du design d’intérieur, et s’inscrivent dans une démarche éco-responsable.

Ali Rakib, fondateur de Forweavers, passeur de tissus des mondes

Dalle murale. Réalisation de la gravure Mariane Léger, atelier d’art, de gravure et de découpage laser Yumé Péma. Photo © Mariane Léger

Après avoir rencontré Ali Rakib il demeure une empreinte, presqu’un halo, comme un voile tissé de fils, ceux de son histoire peu banale, de ses destinations lointaines et exotiques et des liens qu’il a créés avec des artisans tisserands du monde entier. Forweavers « Pour les tisserands », la start-up qu’il a fondée en mars 2017, est fournisseur et éditeur de matières premières textiles rares, éco-responsables, produits dans 25 pays*, issues de savoir-faire traditionnels. Ali Rakib est aussi sourceur et conseil pour les créateurs dans les domaines de la mode, de la décoration et du design.

*Japon, Corée, Cambodge (lac Tonle sap), Laos, Thaïlande, Indonésie (jungle de Sumatra), Philippines, Polynésie (Tahiti, Wallis-et-Futuna), Inde (Bengale), Népal, Mongolie intérieure, Ouzbékistan, Kirghizistan, Russie, Madagascar, Égypte, Maroc, Ouganda, Cameroun, Brésil (Amazonie), Argentine, Pérou (Andes et Amazonie), Guatemala, Canada, France (Bretagne).

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Ali Rakib, sourceur de tissus, Fondateur de Forweavers. Photo © Nathalie Malric

Une démarche de protection des patrimoines culturels

Le concept de Forweavers consiste à rendre accessibles au marché du luxe des tissus et des fils d’exception en assurant aux artisans tisserands locaux une pérennité économique et culturelle, donc en sauvegardant les patrimoines culturels immatériels. En cela Forweavers s’inscrit dans une veine contraire à la délocalisation des savoirs, source d’appauvrissement. Un modèle gagnant/gagnant qui en outre doit permettre à des gens plutôt très aisés de se vêtir, chez des créateurs de haute couture, une industrie du luxe en quête précisément de tissus d’exception. De la valeur pour de la valeur…

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Atelier de tissage au Guatémala. Photo © Santiago Albert

Des tissus extrêmement rares aux propriétés étonnantes

Ces tisserands produisent des tissus qui peuvent paraître aujourd’hui improbables, car pour la plupart non-inscrits dans les mémoires des Occidentaux. Les matières premières textiles sont d’origine végétale et animale, issues de savoir-faire traditionnels qui constituent un véritable patrimoine immatériel : Des soies rares (Mullberry*, Tussah, Mugay, Eri…) ; des laines du Népal, du cachemire, de guanaco, de bison arctique, de vigogne ; des végétaux (lotus, bananier, ananas, lokta, vétiver mais aussi de la ramie (ortie de Chine), de la fibre de jute, du coco ou encore du sisal, du chanvre ou de l’abaca (bananier originaire des Philippines que l’on trouve à Bornéo, Sumatra et en Indonésie). Des tissus aux propriétés parfois étonnantes comme la laine de yak – dont le poil creux antistatique ne retient pas la poussière – naturellement déperlante et qui ne se décolore pas.

*La Soie Mulberry, produite en Inde depuis la civilisation de la vallée de l’Indus (-8000 / -1900 av. J.-C.), dans le sous-continent indien, est hypoallergique. Elle contient de la séricine une protéine naturelle qui a pour effet de diminuer les réactions allergiques.

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Tissu japonais antique dont la fibre est constituée d’une soie Yuki Tsumugi dont la technique de fabrication a été classée au Patrimoine immatériel de l’Humanité par l’UNESCO. Présent dans la textilothèque Brioni. Photo © Nathalie Malric

Des trésors pour des marques prestigieuses

De véritables trésors, disponibles pour les grandes marques de luxe. LVMH et le cabinet Alberto Pinto ont ainsi intégré les tissus Forweavers dans leur textilothèque. Mark Jacobs (Groupe LVMH) en utilise pour sa production aux USA. Et Hermès devrait sortir cet été une collection capsule, en édition limitée, avec du tissu Forweavers.

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Ali Rakib et Mariane Léger, fondatrice de Yumé Péma, atelier d’art, gravure et découpage laser. Photo © Nathalie Malric

Son portefeuille de clients compte aussi depuis janvier 2018 le tailleur italien Brioni. En qualité d’antiquaire textile, Ali Rakib fournit à la maison italienne des tissus pour sa collection Bespoke de costumes sur-mesure avec des empiècements constitués de petits éléments textiles de très haute valeur. Et une grande marque de cigares a fait appel à ses connaissances en anthropologie pour la création de la tapisserie en soie d’une cave à cigares. Il s’agit d’un coffret anniversaire (qui sera vendu autour de 24 000 euros) représentant les continents dans leurs dimensions culturelles.

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Coffret en bois précieux incrusté de tissus rares et d’or blanc. Tissus Forweavers : lotus écru, bananier et soie tassar noire ; coffrage réalisé par Daniel Moevus, ébéniste tabletier/ Manufacture d’écrins d’exception; Incrustation : gravure Mariane Léger atelier d’art, de gravure et de découpage laser Yumé Péma. Photo © Nathalie Malric.

Le chercheur et « dénicheur » de tissus historiques est, au cours de ses périples et voyages dans les ères culturelles du monde entier, devenu un érudit, témoin et conservateur d’un artisanat ancestral. Anthropologue du textile – il est dans une démarche de VAE pour formaliser par un diplôme ses connaissances -, Ali Rakib donne des cours à l’IESA (Ecole des métiers, de la culture et du marché de l’art – 1 Cité Griset, à Paris 11e). Il a organisé, en avril, à l’EAC (Ecole d’Art de Culture – 33 Rue la Boétie, à Paris 8e) une expo d’art d’une semaine, en partenariat avec EAC & « ARTY ROADSHOW » (collectif d’artistes, designers, et Forweavers, créé par Catherine Blot) dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) et développe une activité de conseil. En février dernier il était aux côtés d’Alexandre Capelli, manager environnemental au sein du groupe LVMH, pour parler d’anthropologie textile et des patrimoines immatériels de l’Humanité aux élèves de la prestigieuse Centrale Saint Martin School de Londres.

Itinéraire’s d’un chasseur de tissus…

-2011 : Début des recherches de tisserands au Népal où il travaille pour Handicap International.

-Mars 2012 : voyages aux Émirats (à la découverte des tissages Al-Sadu, classés Unesco) et en Indonésie (peinture à la cire sur les tissus Batik).

-Décembre 2012 : découverte du coton du Nil en Égypte.

-Janvier 2013 : retour en Égypte à la recherche de tissus à base de lotus et de papyrus.

-Février et avril 2013 : tournée Asiatique ; Japon (soie Yuki Tsumugi et Ortie Echigo Jofu) ; Corée (ramie Hansan Mosi) ; Thaïlande ; Cambodge (visite de l’artisan et maître spirituel Kikuo Morimoto et de son institut de sériciculture Khmer (IKTT) ; Laos (recherche infructueuse) d’une mamie qui tisse une matière végétale insolite, dans la région des Plaines aux Jarres.

-Entre 2013 et 2018 ; retour en Egypte, Indonésie, au Népal et dernier voyage, en janvier 2018, au Guatémala…

Ali Rakib, fondateur de Forweavers, passeur de tissus des mondes

Ali Rakib sur un toit du monde, au Népal. Photo © Forweavers

Parcours : de l’insertion sociale à la sauvegarde d’un savoir-faire ancestral

Fils d’un ouvrier d’origine Touareg (employé chez Renault, à l’usine de Boulogne-Billancourt – Hauts-de-Seine), Ali Rakib (aujourd’hui 35 ans), enfant des banlieues, peu motivé par les études, a suivi un parcours de sportif de haut niveau. Il fut footballeur espoir au club de Versailles avant de renoncer, sur blessure, à une carrière sportive qui s’annonçait prometteuse. Il devient alors entraîneur (ce sera le plus jeune entraîneur de football de France en ligue Francilienne) puis recruteur. Un « job qu’il quittera sans regrets » déclare-t-il, pour travailler, de 2006 à 2009, comme conseiller d’insertion social et professionnel à la Mairie d’Elancourt. Il s’occupera ensuite, pendant 2 ans, d’enfants autistes au Lycée d’hôtellerie et de tourisme de Guyancourt avant de se lancer dans des voyages lointains. Il part au Népal, en 2011, où il travaille pour Handicap International. Le séisme qui ébranle cette année la frontière indo-népalaise lui fait quitter le pays. Il revient du Népal chargé de tissus, produits par les tisserands locaux, qu’il vendra d’abord aux associations du milieu de la reconstitution historique. Personnage aux multiples facettes, Ali a été membre actif de l’association Fief et chevalerie pour laquelle retrouver des tissus aux méthodes traditionnelles séculaires de tissage est précieux.

Dans son réseau professionnel on trouve l’Institut Français de la Mode (IFM), les Ateliers de Paris, LVMH et des institutionnels des milieux humanitaires et culturels dont l’UNESCO et la Maison des Cultures du Monde. Ali Rakib collabore avec différentes ONG dont Vétérinaire Sans Frontière.