L’appellation Anjou villages Brissac défie le temps

La ville d’Angers est entourée de vignes. Blancs, rouges et rosés se battent pour la première place. Autour de l’imposant château de Brissac, ce sont les vins rouges qui défient le temps. Leur appellation propre Anjou Villages Brissac fête ses 20 ans.

Si vous voulez comprendre l’Anjou, rendez-vous au Château d’Angers, au cœur de la ville, en bord de Maine. Immanquable. Son imposant volume domine l’horizon, avec ses larges tours. Vous êtes surpris de ces rayures dans l’appareillage, cette alternance de pierres blanches et de pierres grises ? C’est le secret de l’Anjou, situé exactement entre deux structures géologiques majeures, le massif armoricain à l’ouest et le bassin parisien à l’est. Ceci explique la diversité des vins, selon qu’ils naissent sur des sols sombres de schistes – Coteaux-du-Layon, Anjou villages, Coteaux-de-l’Aubance, Anjou villages Brissac – ou sur  des sols clairs et calcaires comme à Saumur.

L’appellation Anjou villages Brissac défie le temps

Le secret de l’Anjou tient à sa situation entre deux structures géologiques majeures, le massif armoricain à l’ouest et le bassin parisien à l’est.

Hiérarchiser les rouges d’Anjou

A la fin du 20e siècle, il y avait en Anjou des vins rouges très différents les uns des autres, certains étaient des vins de soif simple, légers, à boire dans l’année, d’autres gagnaient à vieillir un peu ou même beaucoup. Les consommateurs ne s’y retrouvaient pas. Et les vignerons ne pouvaient pas vendre plus cher leurs meilleurs vins, qu’ils produisaient avec des rendements inférieurs et qu’ils élevaient plus longtemps. Une hiérarchisation s’imposait.

La première étape eut lieu en 1991, avec la délimitation des meilleurs terroirs situés sur schiste au sud d’Angers et la création de l’appellation contrôlée Anjou villages. Suivit en 1998 le couronnement d’Anjou villages Brissac, sur une centaine d’hectares au sud-est d’Angers, une dizaine de communes autour du château de Brissac, connu pour ses sept étage (le plus haut de France) et sa longue histoire qui commence avec la forteresse de Foulques Nerra au 11e siècle et se poursuit sous la houlette de la famille Cossé Brissac depuis le 15e siècle.

Des 1996, 2001, 2005, 2009…

Pour célébrer leurs vingt ans, les vignerons d’Anjou villages Brissac ont sorti quelques flacons afin d’illustrer cette capacité à vieillir, à s’enrichir, donnée par des sols de schistes, des expositions favorables et un encépagement adapté, cabernet franc traditionnel et aussi de plus en plus de cabernet sauvignon – réchauffement climatique aidant. La zone de Brissac annonce fièrement un degré de plus en température que ses voisines et une chaleur plus sèche.

La preuve par la dégustation, certains vins se goûtent parfaitement aujourd’hui et on est vraiment content que quelques bouteilles aient été conservées dans les caves fraîches des vignerons. Le 1996 du domaine des Rochelles est une formidable préfiguration de l’appellation qui n’arrivera officiellement que deux ans plus tard avec ses parfums de sous-bois, de fruit rouge confit, ses tanins souples et sa longueur. Le 2002 de ce même domaine, comme le 2005 et le 2010, confirme que la famille Lebreton maitrise son terroir. On apprécie tout autant les autres pionniers de Brissac, Christophe Daviau du domaine de Bablut et son formidable Pietra Alba 2009 (70 jours de fermentation de cabernet franc), Bruno et Joël Dittière avec leur domaine Dittière Clos Guenet 2005 (cabernet franc de 55 ans), la famille Papin et son domaine du Haut Perche 2011 tout en finesse (80% cabernet franc, 20% cabernet sauvignon), Didier et Damien Richou et leur 2011 épanoui, stylé et encore plein d’avenir (cabernet sauvignon 60%, cabernet franc 40%)

L’appellation Anjou villages Brissac défie le temps

Les domaines phares des 20 premières années de l’appellation Anjou villages Brissac.

La relève est là

Pour présenter des millésimes anciens, il faut être établi depuis un moment – des générations parfois – en avoir conservé en cave, ce qui n’est pas le cas de ceux qui sont installés depuis peu. Ou ceux dont les ancêtres manquaient d’ambition. La relève semble assurée avec François Plumejeau, le président de l’appellation, qui a réussi son premier millésime en reprenant le domaine de la Gonorderie en 2011 (100% cabernet sauvignon), le domaine de Montgilet, le château Princé, le château d’Avrillé, le domaine de Fonteny et le domaine de la Belle Etoile de Vincent Esnau dont les 2015 et 2016 sont prometteurs (100% cabernet franc).
Pour leurs vingt ans les vignerons d’Anjou villages Brissac espèrent modifier leur nom pour Anjou Brissac. Plus court, plus exclusif, plus proche du terroir qui les unit.