Culture

3 swings irrésistibles pour aimer le jazz (III) : Hancock, Legrand, Ramsey Lewis Trio

Auteur : Ezéchiel Le Guay
Article publié le 26 mai 2020

S’il est difficile de le décrire, le swing se vit dans le corps. Ces trois morceaux parviennent en jouant sur les sonorités et le rythme à le communiquer. Ils nous viennent de légendes qui chacune à sa façon ont fait du swing le ressort de leur art : Herbie Hancock, Michel Legrand et Ramsey Lewis.

Certains artistes de jazz ont cherché, grâce à leur jeu ou leurs compositions, à faire naître le swing. Même s’il reste compliqué à définir, il devient plus facile de le cerner en observant l’impact que ses rythmes ont sur notre corps. Il le fait irrésistiblement bouger, et même danser ! Tout à coup, de manière naturelle et presque inconsciente, certaines notes font taper du pied.

Watermelon Man de Herbie Hancock (Takin’ Off, 1962).

Pianiste incontournable du paysage jazz actuel, Herbie Hancock est passé par de nombreux styles (rock, funk, soul) et a joué avec les plus grands dont Miles Davis. Né en 1940 à Chicago, il arrive à New York en 1961 en ne connaissant personne. Très rapidement, il parvient quand même à se faire un nom en se rendant très régulièrement aux « jam sessions » (des soirées improvisées où peuvent se joindre différents musiciens) de la ville. Son talent de pianiste fait beaucoup de bruit dans le monde new-yorkais du jazz. Il connaît son premier succès en 1962 dès la sortie de son premier album Takin’Off. Il atteint la 84ème place du Billboard, le classement des ventes de disques. C’est surtout ce titre très funky, Watermelon Man, qui le propulse aussi haut.
Voici sa propre explication du morceau : « Je me suis demandé ce que je pouvais réellement écrire sur ma propre expérience en tant que noir. Je ne pouvais pas écrire sur les gangs de prison, je n’ai jamais été en prison. Je ne pouvais pas écrire une chanson sur le travail, je n’avais jamais travaillé dans un champ de coton, je suis né à Chicago. (…) Je me souviens du cri de l’homme pastèque qui faisait le tour dans les rues et les ruelles de Chicago. Les roues de sa charrette battaient le rythme sur les pavés. ». Il cherche donc à reproduire ce bruit. Accompagné par sa section rythmique, Hancock joue au piano un motif très entrainant pour signifier le bruit des roues. Le saxophone et la trompette arrivent ensuite pour restituer la voix du vendeur de pastèque dans la rue. Un régal pour les oreilles.

Chapter 4 de Michel Legrand (BO The Other Side of the Wind, Wells 2018)

Compositeur, arrangeur, chanteur, chef d’orchestre, producteur et pianiste exceptionnel, aucun des métiers de la musique n’était étranger à Michel Legrand (1932-2019). Celui qui a obtenu trois oscars pour les Bandes Originales de L’Affaire Thomas Crown, Un été 42 et Yentl saisit en 2018 l’occasion d’écrire la musique du dernier film d’Orson Welles (1915-1985) : The Other Side of the Wind. Entre 1970 et 1976, le réalisateur de Citizen Kane a en effet tourné ce court-métrage sans pouvoir l’achever. 33 ans après sa mort, Netflix achève donc le projet pour le présenter à la Mostra 2018. Michel Legrand signe ici son dernier album avant de mourir le 26 janvier 2019.

Chapter 4 commence simplement avec trois instruments. Le thème est exposé. Michel Legrand, au piano, commence ensuite son improvisation pleine de vie et d’entrain. Tout un orchestre arrive ensuite pour l’accompagner. On sent qu’il s’est encore une fois laissé imprégner par ce film : « J’ai besoin que le film vienne jusqu’à moi, me pénètre, et que tout à coup, naturellement, coulent de moi des partitions à l’infini. »

The « In » Crowd de Ramsey Lewis Trio (The In Crowd, 1965)

Ramsey Lewis (né en 1935) est à l’origine de trois enregistrements, dont The « In » Crowd, vendus chacun à plus d’un million d’exemplaires. Ce pianiste et compositeur possède un véritable don pour communiquer avec le public pendant ses concerts. Il lui fait pousser des cris et applaudir pour donner le rythme. En voici une illustration plutôt entrainante.

Cette plage, composée par Billy Page en 1965, a été enregistrée au Bohemian Caverns, à Washington D.C. Dès le début, on sent la présence du public impatient qui applaudit. Le groupe de Lewis commence alors à jouer. Un motif rythmé est joué par la contrebasse et la batterie. Ramsey Lewis rentre ensuite en scène, il introduit un motif blues. Déjà, à cet instant, on sent que le public les suit, il tape des mains. Une réelle synergie se met en place : la dynamique du groupe de musiciens anime le public qui alimente encore plus cette dynamique.

Références discographiques

  • The Ramsey Lewis Trio, In the Crowd, 1965
  • Herbie Hancock, Takin’ Off, 1962
  • Michel Legrand, The Other Side of the Wind, 2018

Partager

Articles similaires

3 jeunes virtuoses pour aimer le jazz (IV) : Christian Sands, Yaron Herman et Joey Alexander

Voir l'article

59 Rue des archives (TSF) fête les 75 ans de Keith Jarrett

Voir l'article

Faut-il regarder ‘The Eddy’ la série jazz de Netflix ?

Voir l'article

4 légendes pour aimer le jazz (II) : Jarrett, Bill Evans Trio, Petrucciani, Monty Alexander Trio

Voir l'article