Culture

Avec le 7.5, la ‘salonnière’ Isabelle Suret capte l’esprit de son temps

Auteur : Marc Pottier, Art Curator basé à Rio de Janeiro

Article publié le 25 septembre 2020

En renouant en 2011 avec la tradition de ‘salonnière’, capable d’animer et de réunir la fine fleur culturelle du moment, Isabelle Suret a su retrouver avec le 7.5 l’esprit léger et la diversité essentielle d’ un club de passionnés par les arts et les promesses du siècle sous toutes leurs formes. Elle confie à Singulars ses convictions.

De l’esprit avant tout chose

Depuis le XVIIème siècle, les salons littéraires n’ont cessé de fleurir à Paris sous la forme plutôt française d’une société réunissant intellectuels et artistes, mondains et amateurs des Beaux-arts, pour le plaisir de la découverte et de la conversation, le tout nourri par toutes les formes de la création, de la lecture publique, au concert en passant par les dernières ‘trouvailles’ piochées dans les ateliers d’artistes. Jadis les grandes dames qui avaient leur “jour” répertorié étaient appelées salonnières. Une des dernières en date fut l’éblouissante Marie Laure de Noailles (1902-1970). En recevant chez elle le 7.5, Isabelle Suret s’inscrit dans cette tradition des Lumières.

Un lieu de libre échanges de l’esprit

Cecilia Bart, Sol si ré do mur, 1995 © DR

Si, le 7.5 est un club dont les évènements sont réservés à ses membres et leurs invités, le bouche-à-oreille laisse une grande ouverture aux amis d’amis et donc un accès assez généreux et ‘démocratique’.

Autour des arts plastiques, des performances, de la danse, de la musique, de la pensée et plus généralement de toutes les expériences encourageant la création, les rencontres du 7.5 offrent un lieu de dialogue ouvert où les invités et les créateurs peuvent vraiment se rencontrer.

Dans un vaste appartement situé au rez-de-chaussée d’un petit immeuble caché d’une rue proche du Panthéon, s’ouvre un grand jardin qui abrite son ‘Jardin Philosophique’ depuis le printemps 2015. L’espace permet de réunir beaucoup de monde et d’avoir l’impression d’être loin de Paris. L’adresse n’est communiquée que quand les membres et leurs invités s’inscrivent.

Des rendez-vous bimensuels

Claude Rutault, d_m 192 © DR

La maitresse de maison essaye de maintenir une jauge qui permette d’assister le plus confortablement possible aux lectures et conférences aux concerts, chorégraphies et projections de film et de garantir aussi de vraies rencontres avec les artistes qui exposent leurs œuvres aux murs de cet incroyable ‘salon’.

2016 fut l’année de l’ouverture de l’Atelier-Jardin, une résidence pluridisciplinaire d’une durée minimum de deux mois où les artistes sont invités à réfléchir, concevoir, fabriquer, une œuvre plastique ou sonore, ou encore imaginer une performance… L’oeuvre est présentée au cours d’un des rendez-vous du club.

En résidence au 7.5 Iseult Perrault Sans Titre Photo © Iseult Perrault

Un lieu interdisciplinaire 

C’est un coup de foudre esthétique produit par une œuvre de Rothko (1903-1970) qui a changé la vie de cette conseillère juridique spécialisée dans le droit des contrats. Même si Isabelle Suret a aussi fait l’Ecole du Louvre avant d’être l’assistante de Fabienne Leclerc à la galerie In Situ, c’est l’univers de cet artiste américain intellectuel qui a été décisif et lui a fait changer de vie. Comme lui, elle est intéressée par la musique et par la philosophie, en particulier par les écrits de Nietzsche et la mythologie grecque.

C’est sans doute pourquoi dans la profusion de ses programmations, on trouve donc une série de rencontres avec des philosophes et penseurs de notre temps autour de thématiques variées, comme le biomimétisme (Kalina Raskin), chamanisme et physique quantique (Philippe Bobola), le temps (Étienne Klein) ou la joie (Charles Pépin)…

Exposer des univers esthétiques

C’est sans doute aussi parce que Rothko a su inventer une nouvelle façon, méditative, de peindre avec le Colorfield Painting qu’Isabelle se sent proche de lui : méditation, philosophie et couleurs nourrissent cette heureuse nature qui se lève en chantant tout en écoutant France Culture et dont le seul intérêt dans la vie semble être de rencontrer les artistes.

En résidence au 7.5 Ghostlimb 2017 Photo© julie-legrand

Quand on lui demande comment elle fait pour les sélectionner pour ses projets, elle répond dans un grand sourire tout en se crêpant les cheveux : « Je cherche à exposer des univers et donc je suis éclectique dans mes choix. Je l’étais déjà quand l’art minimal et conceptuel était à la mode, d’où mon intérêt à l’époque pour la vidéo, le dessin, la performance, le travail des femmes. Je suis sensible aux artistes bosseurs et tenaces (par exemple Julie Legrand, Iseult Perrault) car en dehors du talent c’est une garantie de longévité et de qualité des œuvres. Les artistes arrivent souvent par d’autres artistes. C’est le cas d’Iseult Perrault (en résidence en ce moment) par exemple que j’ai rencontré par l’intermédiaire de Salomé Chatriot que j’avais exposé quelques mois plus tôt. »

Une organisation presque trop facile

« Le 7.5 existe depuis 7 ans maintenant, je peux donc dire que sa conception montre sa pérennité. J’ai voulu cette souplesse qui permet d’être très réactif dans le calendrier des évènements. Si un artiste me plait, il peut être programmé deux mois plus tard, si un sujet m’intéresse, il peut faire l’objet d’une soirée philo parfois dans les quinze jours qui suivent si le philosophe est disponible, idem pour la musique ou les projections de films. L’organisation du club est devenue… presque trop facile » dit-elle en marquant une hésitation.

« Il m’arrive d’organiser trois évènements par mois, soit presque un par semaine et parfois avec deux ou trois intervenants dans la même soirée. C’est vivant, ça bouge, c’est parfois imparfait mais c’est l’ensemble de tous ces facteurs qui ont créé l’histoire du club. Il peut donc y avoir une vision à long terme, qui est toujours de suivre ou de précéder si c’est possible l’actualité artistique, philosophique, et donc être un lieu de découverte. »

balloon (shorter distance) Carmela Uranga © DR

Définir les « promesses du siècle » pour engager une vision positive

« Je travaille depuis quelques années à l’écriture d’un vaste projet d’exposition « Les Promesses du Siècle. Révèle-t-elle au cours de notre entretien. C’est un projet d’engagement pour accoler au constat inquiet de notre période, une vision résolument positive. C’est le poétique des œuvres qui ici sert le politique. J’aimerais que le club et ses membres, amis, et invités s’associent dès que possible à ce projet. Chacun pourra être un relais pour permettre à ce projet de voir le jour. »
Elle est tellement convaincante que nous espérons que les lecteurs de Singular’s la suivront !

En savoir plus sur le 7.5

L’actualité du 7.5 

En ce moment en résidence : http://iseultperrault.com/

Prochain rendez-vous le 6 octobre : Amazonie, deux regards d’artistes, Sebastião Salgado et Sergio Vega en partenariat avec l’espace Krajcberg.

Mode d’emploi :

  • Une cotisation annuelle (le 7.5 est une association à but non lucratif).
  • Une contribution pour soutenir les artistes des arts vivants.
  • Une ouverture sur demande aux membres et à leurs invités.
  • Un site Internet, pour voir ou revoir les évènements et les oeuvres.
  • Des invitations et une communication par Internet uniquement.

Natasha Nisic, La toilette, vidéo © DR

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