Culture

Connaître le jazz : le standard, l’improvisation, la structure

Auteur : Ezéchiel Le Guay
Article publié le 9 novembre 2020

 « Jazz : mot de quatre lettres ainsi que Dieu, jour et nuit, joie et mort » chantait Claude Nougaro. Si le jazz vous paraît une musique hermétique ou impudique, trop codifiée ou au contraire trop simple. Si vous souhaitez en saisir l’essence et le « chant magnétique » (toujours Nougaro). Les premières notions de ce petit guide répond à vos questions : le standard, l’improvisation, la structure.

Qu’est-ce qu’un standard ?

Un standard est une composition (mélodie et accompagnement) largement connue et jouée par les musiciens de jazz. Ces derniers les interprètent très souvent lors des « jam sessions », c’est-à-dire les séances musicales improvisées durant lesquelles ils se retrouvent. La plupart des standards proviennent des comédies musicales américaines. Les plus célèbres inspirent chaque génération de musiciens.
Par exemple, le standard I Got Rythm vient de la comédie musicale Girl Crazy écrite par George Gershwin. Avec la version chantée par Judy Garland (comédie musicale), la version d’Oscar Peterson et celle de Diana Krall et Tony Bennettencore plus récente

Qu’appelle-t-on une improvisation ?

Comme dans toutes les musiques où elle intervient, l’improvisation se fait souvent à partir d’une grille harmonique c’est-à-dire d’une suite d’accords. Le rythme de base est le plus souvent fixe, le musicien y insuffle sa pulsation personnelle.

Exemple : Michel Petrucciani est ici au piano, il commence son improvisation sur le standard There is no greater love (voir la partition). Il crée instantanément une mélodie à la main droite qu’il accompagne à la main gauche grâce à ces accords. Dans la première mesure, le premier accord est F7 (F comme fa) ; il sait donc qu’il peut utiliser les notes de la gamme relative à cet accord pour développer son improvisation. Mesure suivante, l’accord change, il doit donc adapter son jeu etc…

Il est aussi essentiel de comprendre le rôle d’accompagnement que joue la contrebasse. Dans le jargon, on dit qu’elle fait une « walking bass », c’est-à-dire qu’il joue quasiment sur chaque temps des notes qui sonnent bien et qui font entendre les notes de l’accords. Dans cet enregistrement de 1961 du sextet de Miles Davis, elle commence par répéter la même note pendant 49 secondes avant de se lancer dans sa walking bass qui restera le fil conducteur du morceau ; un lit sur lequel les solistes peuvent se poser.

Comment se structure un morceau de jazz ?

Même exemple : There is no greater love . Il est ici joué par Kenny Barron au piano et Stan Getz au saxophone ténor :

Le morceau commence par une brève introduction au piano suivie d’une phrase au saxophone. Le thème arrive juste après (0:10) joué au saxophone. Lorsqu’on parle du thème, on parle de la mélodie écrite sur la partition (32 mesures en général). Pour la plupart des morceaux, leur structure est la suivante : AABA ou ABAB. Ici, c’est une structure AABA : A (0:10) puis A (0:22) puis B (0:35) puis A (0:47). La 1re partie (A) est pratiquement identique à la 2e et à la 4e. Au passage, un thème est rarement joué comme il est écrit, un musicien peut rajouter, enlever ou modifier certaines notes. Le jazz offre une grande liberté.

Le thème est exposé. Stan Getz se lance dans une improvisation (1:00). Il peut la faire durer aussi longtemps qu’il le souhaite mais il doit respecter la forme qu’impose le morceau. En d’autres termes, il doit aller au bout de chaque chorus d’improvisation de 32 mesures. Dans ce morceau, il choisit d’en prendre trois. Il laisse ensuite la main à Kenny Barron qui en prend 4. A la fin du morceau, le thème est rejoué pour conclure. Un musicien peut d’ailleurs être très inspiré et en prendre beaucoup. Paul Gonsalves en 1956 lors du concert au Newport Jazz Festival de l’orchestre de Duke Ellington en a pris 27 sur Diminuendo And Crescendo In Blue ! Historique.

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