Culture

Petit carnet de lecture par temps de covid-19 : Hélène Clerc-Murgier

Auteur : Régine Glass
Article publié le 3 juillet 2020

Singulars a beaucoup aimé la trilogie policière de son inspecteur Jacques Chevassut au cœur de la cour de Louis XIII. 
Il était tentant de connaitre les lectures d’Hélène Clerc-Murgier, romancière mais aussi musicienne baroque de profession et cofondatrice de la Compagnie lyrique Les Monts du Reuil. Au programme : La Fontaine, Victor Hugo, mais aussi Jacques Hillairet, Jacques Baraton, Nina Bouraoui…

Si la co-fondatrice de la Compagnie lyrique Les Monts du Reuil lit beaucoup de livrets d’opéra, de livres d’histoire, de pièces de théâtre, rien de surprenant que soient des livres d’histoires qui l’ont surtout séduite pendant la période de confinement. Mais, La Fontaine reste une ressource intarissable.

  • Les Fables de La Fontaine : une merveille de relire les fables de ce jeune homme dont nous fêterons les 400 ans de la naissance en 2021. J’ai relu beaucoup de ses fables (il en a écrit 243). Il nous fait replonger dans notre part d’enfance, dans cet univers qui nous avait fait sourire et nous invite à réfléchir. Avec cette gaieté intemporelle qui fait que toujours nous tendons l’oreille, parfois sans même nous en apercevoir, lorsqu’il nous murmure ses morales empreintes de bon sens. J’ai également lu ses contes licencieux. « Le Magnifique », qui sert d’inspiration pour l’Opéra de André Grétry (1741-1813)  que nous remettons à la scène l’année prochaine, est un bijou. L’écriture est riche, complexe parfois, mais le propos montre un La Fontaine amoureux de l’amour et des femmes, loin de l’image que l’on peut se faire du fabuliste.
  • Le roman d’ Alexandre Dumas. qui me touche le plus, par sa dimension romanesque et la générosité de son écriture, c’est Le Comte de Monte Cristo. A l’évocation d’Edmond Dantès, des images fortes apparaissent : on le voit à son mariage, puis dans sa prison, on vit son invraisemblable évasion. Et enfin on ressent toute la puissance de sa vengeance. Il existe une très belle adaptation diffusée il y a quelques années sur Arte, un film muet de 1929, en deux parties, réalisé par Henri Fescourt.

 

  • Relecture de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo avec une émotion particulière. Ses balades dans le Paris du moyen-âge, ses personnages aux noms tellement évocateurs (Frollo, Esmeralda, Quasimodo, Clopin Trouillefou…) et la Cathédrale bien sûr, toujours debout et si vivante sous la plume de Hugo ! La force de ce roman, c’est qu’on est happé par l’histoire, et qu’au-delà il réussit à donner à son récit une dimension politique, en y dénonçant fermement la peine de mort, contre laquelle il s’est toujours battu. J’aime aussi la dimension fantastique, qui ouvre les portes d’un imaginaire mystique. Et les tourments d’Esmeralda face à l’amour fou de Quasimodo ne peuvent nous laisser indifférents. J’ai relu aussi quelques-uns de ses poèmes. Je pense particulièrement à « Demain dès l’aube ».

Je lis régulièrement beaucoup de livres sur Paris, des guides, anciens ou modernes.

  • Mon livre de chevet est Le dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet, que mon grand-père m’avait offert. Je m’y réfère dès que j’ai besoin d’en connaître un peu plus sur un monument, une rue, et même un personnage. Il décrit avec minutie les anecdotes, les travaux, les édifices qui ont disparus, les noms qui ont changé. Pour moi, c’est le livre le plus complet que je connaisse sur Paris. On y sent aussi toute la passion pour cette ville.

 

  • Une amie m’a offert Mes jardins de Paris de Jacques Baraton, jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles, qui vient de sortir chez Grasset. J’y ai découvert des lieux dont j’ignorais l’existence. Les jardins sont classés par thème : « Les voix des jardin », « Les jardin d’auteurs », « Jardins des Arts », « Jardins féministes », etc. C’est merveilleusement écrit, plein de jolies anecdotes. Une belle promenade à travers les pages, avant d’aller se perdre dans les jardins et de prendre le temps de humer le parfum d’une rose.

 

  • Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui.
    Nina Bouraoui a découpé son récit en parties qui émaillent son récit, allers-retours entre « Devenir », « Se souvenir », « Savoir ». Une écriture remarquable, d’une grande justesse, d’une grande sensibilité, où sont abordés les thèmes de l’amour, du désir, de l’exil, les peurs aussi. C’est un livre plein de tendresse. Tendresse pour sa mère, pour son enfance, pour sa quête du bonheur. C’est aussi un livre qui montre la nécessité de l’écriture, libératrice. “J’écris les travées et les silences, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas. déclare l’auteure. J’écris les chemins que l’on évite, et ceux que l’on a oubliés. J’étreins les Autres, ceux dont l’histoire se propage dans la mienne, comme le courant d’eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu’ils cessent de me hanter. J’écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s’ils avaient été des enfants.”

 

  • Un ami m’a fait découvrir un livre très agréable : Joconde jusqu’à cent d’ Hervé Letellier. De nouveaux « Exercices de style », très drôles, très justes ! Une centaine de points de vue sur le plus célèbre sourire de la peinture.

 

  • Et encore : la poésie de Fernando Pessoa, les haiku de Bashô, l’œuvre poétique de Louise Labé…

Quelques repères bibliographiques

  • Jacques Hillairet, Le dictionnaire historique des rues de Paris, Bouquins
  • Jacques Baraton, Mes jardins de Paris, Grasset.
  • Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, Livre de Poche
  • Hervé Letellier, Joconde jusqu’à cent, Castor Astral

Hélène Clerc-Murgier
et sa cie Les monts du Reuil

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