Culture

Petit carnet d'écoute par temps de covid-19 : les Kapsber’girls

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 17 juillet 2020

A ceux qui figent la musique patrimoniale dans les oubliettes de l’histoire, il suffit d’écouter la vitalité et les saveurs du jeune ensemble baroque Les Kapsber’girls, formé par Alice Duport-Percier (Soprano), Axelle Verner (mezzo), Barbara Hünninger (viole de Gambe, basse de violon) et Albane Imbs (cordes pincées, direction) pour se convaincre que la relève et l’imagination sont déjà à l’œuvre. Leur carnet d’écoute en témoigne.

Evidemment quand il comprend que les Kapsber’ Girls ont pris leur nom d’un compositeur italien du début du XVIIe siècle : Hieronymus Kapsberger (1580-1651), l’observateur peut s’interroger sur la modernité d’un tel projet musical. Mais écoutez d’abord ces quatre musiciennes pétillantes avant de fermer le ban ! Le moderne n’est pas toujours là où il se revendique !

Elles le méritent tant chacune dans son art – Alice Duport-Percier (soprano), Axelle Verner (mezzo), Barbara Hünninger (viole de gambe, basse de violon) et Albane Imbs (cordes pincées, direction) – puise couleurs et rythmes de ces villanelles, chansons profanes populaires napolitaines du XVIIe qu’elles ont enregistrées pour leur premier disque (label Muso). Loin de stéréotypes surannés, le résultat est maitrisé, joyeux, d’une liberté très communicative.

Pour Singulars, les musiciennes se sont prêtées au jeu du carnet d’écoute.

Le choix d’Albane Imbs (cordes pincées, direction)

Un des enregistrements qui a bercé mon enfance – et plus encore puisque je l’écoutais déjà dans le ventre de ma mère -, et qui continue encore de m’émouvoir et de me réchauffer le cœur est la version des Variations Goldberg de Bach enregistrée par Glenn Gould en  1981 (Sony). On est loin de l’  « historiquement informé » et pourtant quelle force d’authenticité dans cette version unique en son genre !
Glenn Gould a su, à mon sens, sublimer ces variations déjà admirablement composées.

 

Lorsque l’on me demande quel enregistrement se prête le mieux à découvrir la musique de luth, je conseille sans hésiter de se procurer La Belle Homicide de Rolf Lislevand (Astrée 2003), un disque qui a d’ailleurs conduit de nombreux luthistes à commencer l’instrument. S’y trouve, selon moi, les interprétations les plus réussies d’œuvres de grands compositeurs pour luth baroque du temps du roi Louis XIII (Gallot, Gautier, Mouton,…).

Tout y est, justesse du geste, poésie, précision, virtuosité, légèreté et surtout une incroyable inspiration !

Le choix d’Alice Duport-Percier (soprano)

Dramma est un disque de grands airs d’opéra italiens baroques. On peut y découvrir des œuvres peu connues comme l’Olimpiade de Hasse ou Arianna e Teseo de De Majo. Simone Kermes est une de mes chanteuses de prédilection, j’aime la qualité de son timbre et j’admire sa technique vocale et ces capacités expressives. La Magnifica Comunità, l’ensemble qui l’accompagne est également d’une grande qualité et donne beaucoup de couleur à ce disque qui ressemble à un bouquet final de feu d’artifice.

Albinoni’s Venice. Ce disque nous emmène dans la Venise baroque, foisonnant foyer de musique dont de nombreux compositeurs se sont inspirés. Michael Form et Dirk Börner nous invitent à découvrir le compositeur Albinoni qui côtoyait, à l’époque, le plus connu Vivaldi. Ce duo flûte et clavecin est doté d’une complicité rare que l’on ressent tout au long du disque. J’ai apprécié le son généreux et très expressif de Michael Form ainsi que la délicatesse et la précision du touché de Dirk Börner. Cerise sur le gâteau, La Toccata et Fuga sur un thème d’Albinoni composée par Dirk Börner est absolument magnifique !

 

Le choix d’Axelle Verner (mezzo)

Diaspora est un disque absolument magnifique de l’ensemble portugais Sete Lagrimas. Mélant musique baroque et musique populaire portugaise, il a accompagné chacun de mes voyages en tournée et je ne m’en lasse toujours pas ! Solaire, tendre, créatif, mélancolique… Tous les ingrédients sont là pour faire de ce disque un « must have » dans sa bibliothèque musicale. L’ensemble, qui existe depuis un moment,  sait toujours se renouveler, et chacun de ses disques est une petite pépite.

Il y a dans ce film d’Eugène Green Le Pont des Arts quelque chose de magique : Le lamento della Ninfa, chanté par l’incroyable Claire Lefilliâtre et joué par l’actrice Natache Regnier. Ce film a été le point de départ pour mon amour de la musique baroque (surtout la musique italienne) et a complètement changé mon orientation professionnelle !
L’histoire du morceau est assez simple, une nymphe se plaint du mal d’amour sur une basse obstinée. Histoire assez commune si ce n’est le génie du compositeur et de la mise en musique de ces vers avec le style « rappresentativo », qui est un genre exprimant le théâtre des passions. Les dissonances flirtent avec les harmonies et nous mènent par le bout du coeur dans ce morceau qui m’est inoubliable.

Articles similaires

Le carnet d’écoute de Marie-Josèphe Jude, pianiste, DA du Nice Classic Live

Voir l'article

Petit carnet de route par temps de covid-19 : Pascal Amoyel, pianiste

Voir l'article

Petit carnet de lecture par temps de covid-19 : Arnaud Marzorati

Voir l'article

Petit carnet de lecture par temps de covid-19 : Hélène Clerc-Murgier

Voir l'article