Dominique Imbert : haut-couturier du feu sacré [cheminées]

Dans les yeux de Dominique Imbert, même à la fin du jour lorsque la lumière s’épuise dans sa bergerie personnelle de Viols-Le-Fort (Hérault), il y a toujours une petite lueur. Celle magique du feu sacré dont il est, depuis cinquante ans le forgeron-designer et le haut-couturier emblématique.

Depuis l’hiver 68 et son trait de génie pour ne pas mourir du froid, l’homme a dessiné, créé, soudé plus de deux cents modèles de cheminées métalliques pour réchauffer les cœurs et les familles du monde entier, de Sydney à Berlin, de l’Avenue de la Grande Armée à Paris, à Stockholm. « Nous en arrivons aujourd’hui parfois à la troisième génération de Focus. Des jeunes adultes qui ont grandi devant nos créations chez les parents voire même les grands parents aujourd’hui choisissent de fonder un foyer et perpétuent le geste du feu. Les pionniers se souviennent. Forcément » explique Dominique Imbert 77 ans.

Dominique Imbert : haut-couturier du feu sacré [cheminées]Dominique Imbert : « La cheminée, c’est littéralement le foyer de la famille ».

Un parcours atypique, de la vigne à la forge

Le dosage existentiel de cet homme est exceptionnel : dix-huit ans de vie à la campagne, à Condom dans le Gers dans l’exploitation viticole de ses parents, puis huit années d’études de sociologie ponctuées d’un doctorat, clairsemées de voyages et de missions dans le monde entier : ethnologie en Alaska et enseignement des lettres à la Sorbonne. Puis enfin et surtout cinquante ans de design. Par passion du fer. Par passion du feu. « Le feu dans une maison, c’est un partage. Il influence l’ambiance générale de la maisonnée. Le craquement des flammes est une des formes les plus perfectionnées de l’art de la conversation » explique Dominique Imbert aussi à l’aise avec sa plume pour piloter les mots qu’avec son chalumeau pour redessiner le métal.

Dominique Imbert : haut-couturier du feu sacré [cheminées]

Dominique Imbert a dessiné, créé, soudé plus de deux cents modèles de cheminées.

Un forgeron passionné, autodidacte

« La cheminée, c’est littéralement le foyer de la famille. J’ai vécu ça petit, quand avec mes frères on se battait pour être le plus près possible de l’âtre, serrés les uns contre les autres » poursuit-il avant d’ajouter « les cheminées qui ne créent pas leur légende sont condamnées à mourir de froid ». Cette légende-là de la première cheminée de Dominique, elle est plantée bien profond dans la mémoire de ceux qui connaissent Focus, l’arrondi parfait, le trait artistique, les justes proportions. C’était l’hiver 68 presque aussi rigoureux que celui de 56. Dans une ruine de pierres à l’écart du monde des vivants dans la garrigue, sans eau, sans électricité, sans chauffage et avec une toiture partielle. Pour ne pas mourir de froid, il fallait pour Dominique Imbert, forgeron passionné mais autodidacte se construire une cheminée. « C’est ce que l’on peut appeler la création par nécessité. Mais dès le début je savais que cela marcherait » raconte-t-il. Alors il découpe, il soude des plaques métalliques de récupération. Il retrouve les gestes de leur voisin forgeron de Condom dont, petit il hantait l’atelier, médusé, passionné par l’esprit des métaux. Ainsi est né le mythe, dans la sueur et dans le vent glacé : GyroFocus était son nom. Foyer rotatif suspendu.

Dominique Imbert : haut-couturier du feu sacré [cheminées]Cheminée Contemporaine Gyrofocus outdoor

Au Guggenheim de New York en 1998

Un véritable défi et la création de la première cheminée métallique. Un concentré de science, de poésie, d’harmonie et de soudures. Gyrofocus reste encore aujourd’hui la cheminée Focus la plus vendue avec son dernier modèle Slim. Gyrofocus a connu tous les honneurs dans le monde entier : exposition au Musée Guggenheim de New York (1998), installations artistiques multiples pour incarner le design français. Et pour une fois un design qui réchauffe le corps et le coeur. Sir Norman Foster ténor de l’architecture mondiale en est un fan absolu. Subjugué le grand architecte a passé commande pour sa prestigieuse villa de la Côte d’Azur. Sur mesure ! Mais accompagnée d’une clause de confidentialité absolue : zéro photo, zéro reportage. En cinquante années de joie et de labeur, Dominique Imbert a livré et installé 58 000 foyers de bonheur et de chaleur dans le monde entier. Des Focus qui sont usinées en France dans les ateliers de Cavaillon (Vaucluse). A 77 ans, Dominique Imbert, le plus forgeron-designer des sociologues griffonne tous les jours des croquis au cœur de son village. Les ruines d’hier sont devenues le siège social de Focus-Création. Et un émouvant but de pèlerinage pour les « Focusiens ». A Viols-le-Fort, le feu sacré ne s’éteint jamais.

Dominique Imbert : haut-couturier du feu sacré [cheminées]

Cheminée Poêle Design Curvifocus gaz

Focus 50 : La bible

Ce n’est pas un catalogue. C’est une bible de 168 pages qui sera publiée le 1er février à l’occasion des cinquante ans de la maison et des cheminées Focus. On y retrouve bien sûr toutes les références disponibles, des photos d’installation mais aussi des croquis techniques pour que l’amateur de foyer puisse bien comprendre les mécanismes de fonctionnement. Cerise sur le « fagot de petit bois », l’ouvrage est parsemé de citations notamment de Dominique Imbert qui ne se prive jamais de poétiser sur les flammes et l’art du métal. Aujourd’hui Focus s’adapte à la demande du marché en proposant des foyers au gaz ou à l’éthanol. « Dans certains pays comme la Grande Bretagne, la religion du feu à la maison c’est au gaz. Bien sûr cela ne remplace pas les bûches. Mais cela permet d’avoir une cheminée et une flamme » explique Dominique Imbert qui doit faire avec un tassement de la demande mondiale. Car, c’est bien connu : la cheminée est réfractaire à l’obsolescence programmée. Elle dure plusieurs vies.

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