Essais : Garder le contact avec la nature sans tomber dans la naiveté

« Un arbre, c’est la vie partagée, la convergence d’une multiplicité de dialogues. » la belle formule de David G. Haskell confirme que la nature n’a pas révélé tous ses mystères. Et il est temps de faire une pause dans sa destruction pour mieux rentrer en dialogue avec elle, tant elle recèle les ressources de notre avenir. Les livres de Jacques Tassin, Daniel Chamovitz et Martin Stevens nourrissent cette empathie sans pour autant tomber dans un anthropomorphisme naïf.

Jacques Tassin, Penser comme un arbre [Odile Jacob]

Essais : Garder le contact avec la nature sans tomber dans la naiveté

« Affirmer aujourd’hui que le bois est un matériau du passé, c’est toutefois perdre le sens de l’histoire. » Dans la pléthore éditoriale très opportuniste sur ‘l’intelligence’ des arbres, le livre de Jacques Tassin, chercheur en écologie végétale au CIRAD, tranche par le sérieux de sa poétique des arbres. Loin de cette pensée magique contemporaine qui « dénature les faits scientifiques en les travestissant en nouvelles croyances ». Et aussi par la profondeur de son réenchantement  : « montrer combien l’ouverture des arbres sans véritable dedans ni véritable dehors, sans frontières clairement définies, nous touche au fond de nous-mêmes et rend compte d’une merveilleuse manière d’être. » Voici LE livre dense et percutant qui parle à tous pour promouvoir un art de vivre ensemble avec les arbres.

Daniel Chamovitz, La plante et ses sens [Buchet-Chastel]

Essais : Garder le contact avec la nature sans tomber dans la naiveté

Tous les convaincus par « La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben renforceront avec ce classique de l’écologie leur conviction sur « l’intelligence » des plantes. D’autant que les nouvelles découvertes sont telles qu’elles contredisent déjà la première édition ! Fourmillant d’exemples, les plantes ne seraient pas seulement dotées de la vue, de l’odorat, du goût, du toucher, et de l’ouïe, mais aussi du sens de l’orientation et de mémoire. Bref « elles savent plus qu’on ne le pense ».
Si Daniel Chamovitz alerte sur le risque d’anthropomorphisme, il revendique qu’ « humains et plantes sont semblables en ce qu’ils ont chacun conscience d’environnements lumineux complexes, d’aromes mêlés et de stimulations variées », c’est à nous de se soucier d’elles, pour notre bien-être…

Martin Stevens, Les ruses de la nature [Buchet-Chastel]

Essais : Garder le contact avec la nature sans tomber dans la naiveté

Leurres et bluffs, impostures et trompe-l’œil en tous genres : les naturalistes et les explorateurs savent depuis longtemps que les plantes et les animaux ne cessent de tricher ou de tromper pour se protéger ou pour chasser. Il fallait valider toutes les hypothèses explicatives, quitte à bousculer quelques idées reçues. S’appuyant sur les recherches les plus récentes, Martins Stevens fait le point, avec érudition, précision et clarté, sur ces stratégies comportementales indispensables à l’évolution de la nature. Néanmoins, une part de mystères sur les facteurs déterminants des solutions adoptées persiste.

Revenir à l’histoire naturelle -surtout si elle se renforce de la recherche biologique- permet aussi « de ne pas perdre le contact avec les espèces particulièrement en ces temps dramatiques qui voient tant de disparitions d’écosystèmes naturels. » Un appel à la fois clairvoyant et engagé.