Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Le voilier le plus ambitieux du monde est en minutieuse construction. En deux exemplaires. Le Gunboat est une réécriture du mythe du bateau absolu. Loïck Peyron contribue à la réalisation de ce projet américain qui allie techniques de pointes, navales, aéronautiques et innovation, à la recherche de la pure performance dans un univers de luxe extrême.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Xavier Desmarest, directeur général de Grand Large Yachting. Photo © Christian Goutorbe

En arrière du port de La Grande Motte, dans le sillage du chantier naval Outremer, c’est la ruche de la renaissance pour Gunboat, le mythe absolu du voilier de type grand large. C’est ici désormais que l’on conçoit et que l’on construit avec passion et patience possiblement les deux plus grands voiliers du monde, de 68 pieds, assurément les plus rapides les plus confortables. Pour la régate comme pour la croisière dans un environnement de luxe extrême. Déjà les deux premiers de ces nouveaux modèles ont trouvé preneurs Outre-Atlantique. Ces deux passionnés pourront ainsi rejoindre la petite famille des propriétaires de Gunboat. Ils sont une trentaine depuis 2002. Tous partagent les mêmes valeurs et la même recherche du bateau idéal, hors catégorie.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Gunboat 68… performance et art de vivre. Le Pont. Livrable en octobre et décembre 2018. Design intérieur signé Wetzels Brown Partners.

Grand large Yachting rachète la marque pour perpétuer le mythe

Gunboat entame ainsi dans un enthousiasme palpable sa seconde vie après avoir connu en novembre 2016 un véritable naufrage économique (dépôt de bilan) dans les eaux territoriales américaines. Pour se sortir des récifs de la faillite, le français Grand large Yachting est arrivé à la rescousse pour racheter la marque au printemps 2017 et perpétuer le « mythe universel » avec la bénédiction des autorités américaines. A la condition de poursuivre la formidable aventure de la construction navale d’exception. « Avant même de lancer le chantier, nous avons d’abord chercher à mieux connaître ceux qui naviguent sur ces bateaux. Comprendre ce qu’ils recherchent, lister leurs attentes et surtout prendre en compte leurs expériences du quotidien à bord, comme nous le faisons constamment avec nos bateaux de grand voyage Outremer. Cette rencontre a été très constructive. Ils étaient une quinzaine sur les trente » explique Xavier Desmarest, directeur général de Grand Large Yachting qui pilote la division catamaran : Outremer et Gunboat. Lors de cette grand-messe familiale, les nouveaux dirigeants de Gunboat se sont lancés un triple défi : mettre à l’eau à l’heure dite, livrer le bateau au poids et sans dépassement de budget. « Si vous tenez ces trois promesses, alors là, ce n’est plus une évolution, c’est une véritable révolution » a lancé un des propriétaires de Gunboat sous les applaudissements.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissanceLe Gunboat 68 : le design et l’architecture ont été confiés au cabinet VPLP de Vannes, associé aux équipes de Patrick Le Quément et de Christophe Chedal-Anglay.

17,8 tonnes pour 68 pieds de long, une performance technique

Depuis, deux grands hangars ont été « affrétés » juste en face du chantier naval Outremer. Pour se croiser, les équipes n’ont qu’une rue à traverser. Et le challenge est déjà lancé pour faire un bateau aussi léger que possible. « Le bateau, de série sera livré à 17,8 tonnes ce qui est une vraie performance technique pour un bateau de 68 pieds. Cela nécessite de mettre en œuvre de techniques de pointe, ce qui se fait de mieux dans le monde de la voile et aussi dans l’aéronautique. Pour les meubles par exemple, c’est du Nomex, avec placage direct. Nomex c’est un matériau très léger et très résistant, avec une structure en nid d’abeille et une âme en aramide. C’est ce qui est utilisé à l’intérieur des jets privés pour gagner du poids. Il s’agit d’utiliser toutes les techniques disponibles pour en faire un bateau ultime », ajoute Xavier Desmarest qui prêche « la rigueur et l’exigence pour faire de ce bateau, une véritable Ferrari des mers ».

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Gunboat 68, vue du carré. Design intérieur signé Wetzels Brown Partners

Un des rêves de Loïc Peyron…

Loïck Peyron skipper multi-transat (3 fois vainqueur de la transat anglaise, deux fois sur la Jacques-Vabre…) ne dit pas autre chose. Il est lui-même étroitement associé à la conception et même à la réalisation du bateau. « Par exemple, jusque-là, les panneaux de mousse utilisés à l’intérieur des coques étaient tailladés au cutter pour qu’on puisse leur donner la forme du flotteur mais la résine se glissait dans les interstices et augmentait ainsi le poids. Là, nous utilisons une technique de thermoformage sur une machine spéciale. Le panneau est chauffé, un peu comme un Panini et il est ajusté, comme dans un puzzle géant. Sur cet aspect mousse de garnissage on gagne 300 kilos minimum » explique le navigateur associé à la conception des bateaux qu’il conduit en course.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Loïc Peyron et Desmaret, port de La Grande Motte. Photo © Christian Goutorbe

… de la course pure, comme chez Mac Laren ou Ferrari en F1

« Sur ce chantier, on retrouve des grands techniciens de la construction de prototypes et de bateaux de course pure. Ils travaillent de la même manière, apportent expertises et compétences et en font profiter les équipiers. Ils oeuvrent avec passion. Je les compare aux super-mécaniciens de chez Mac Laren ou Ferrari en Formule 1 » poursuit le skipper qui dit réaliser là un de ces rêves personnels « participer à la conception d’un très beau bateau de croisière, le plus beau peut-être. Pas une caravane flottante, un bateau qui en plus va vite. Et là, nous y sommes, dans ce rêve-là » ajoute-t-il.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

Gunboat, vue du cockpit. Quand la performance se marie au raffinement.

Dans cette dernière semaine d’avril, la cellule pont, structure carbone, du premier bateau est sorti de l’atelier. Le grutier a fait des prouesses dans le bleu intense du ciel de La Grande Motte pour le poser avec grande délicatesse au milieu des ouvriers rassemblés émus et enthousiasmés. Quatre mois de travail au bout des câbles ! Sur le rétroplanning opérationnel, tout semble rouler. A l’autre bout de l’Atlantique, les deux passionnés, futurs barreurs de ces Ferrari de la mer, peuvent être rassurés. A cette allure-là, ils entreront dans le vif de leur rêve absolu à l’heure dite. En octobre puis en décembre prochain, pour le début d’une nouvelle vie.

Gunboat 68 : la Ferrari des mers au port de la renaissance

En cabine, à bord du Gunboat 68. Design intérieur signé Wetzels Brown Partners