L’histoire de la flûte traversière française, selon Guy-Claude Luypaerts

Guy-Claude Luypaerts, flûtiste, compositeur, chef d’orchestre, mais également pianiste, livre à Singular’s l’histoire de l’école de la flûte traversière française. Une spécificité dans le monde musical au croisement des XIXe et XXe siècles, qui perdure…

Mais revenons à la « préhistoire » de cet instrument, de la famille des bois (son matériau d’origine), qui, sans l’ingéniosité des facteurs, le génie des compositeurs et le talent des interprètes, se réduirait à un tuyau percé, à embout biseauté.

Première apparition en Asie

Les traces des premiers spécimens instrumentaux, dont descendent la flûte à bec et la flûte traversière européenne, et dont la facture assure une maîtrise qui permet de les ranger parmi les instruments capables d’émettre des sons musicaux, remontent au paléolithique. Selon le livre de Robert Hériché « A propos de la flûte… [Gérard Billaudot -Editeur 1985] : « la flûte traversière est apparue en Chine , ou tout au moins en Extrême-Orient, et il semble qu’elle ait connu une longue éclipse pendant l’Antiquité, et qu’elle ait été introduite dans le monde musical de l’Occident par le canal de la civilisation byzantine, en fréquents rapports avec l’Orient. »

Carmen-Entracte (G. Fauret), Marcel Moyse Flûte

L’histoire de la flûte traversière française, selon Guy-Claude Luypaerts

Trois instruments de la famille des flûtes traversières : Le piccolo, la flûte en ut ou grande flûte et la flûte en sol. Photo © Guy-Claude Luypaerts

La flûte Böhm

Après (à partir du 18e siècle) quelques évolutions techniques, il faut attendre le 19e siècle et Theobald Böhm (1837) pour que la grande flûte traversière moderne apparaisse. Le flûte Böhm, qui insère la perce cylindrique, laisse à la seule tête une perce conique et dote l’instrument d’un système mécanique avec ouverture et fermeture de plusieurs trous à l’aide d’un seul doigt, va s’imposer (comme le métal qui peu à peu remplace le bois). La flûte Böhm séduira, en 1837, l’Académie des Sciences et fera son entrée au Conservatoire de Paris en 1838, introduite par le professeur J.-B. Coche. Denis Buffet-Auger (1840) l’améliorera encore, puis Louis Lot.

Paul Taffanel- Andante pastoral et Scherzettino :

« Avec ses capacités techniques nouvelles, la flûte traditionnelle contemporaine va être portée par des instrumentistes solistes, compositeurs, chefs d’orchestres, comme Claude Paul Taffanel (septembre 1844 – novembre 1908) et Philippe Gaubert (juillet 1879 – juillet 1941) qui se sont approprié l’instrument », précise Guy-Claude Luypaerts. Ils domineront la discipline instrumentale, en composition et en interprétation, en favoriseront l’expansion à tel point que l’on parlera d’une école de la flûte traditionnelle française. Le mouvement s’est perpétué jusqu’aux années 1940. Et d’ajouter : La particularité de ces flûtistes, qui est rare, est qu’ils étaient également compositeurs. Ils ont ainsi œuvré à la production notamment de pièces pour flûtes solo pour ensemble instrumentaux, essentiellement en musique de chambre. Ces fondateurs ont donné par la suite naissance à de grands solistes comme Roger Bourdin et Jean-Pierre Rampal (janvier 1922 – mai 2000), élèves de Joseph Rampal, père de Jean-Pierre, comme le furent Alain Marion (décembre 1938 – août 1998) et notre contemporain Maxence Larrieu. »

J. S. Bach – Trio Sonata G m BWV 1029 – Vivace, Adagio, Allegro
Maxence Larrieu, Giuseppe Nova, Luís Meireles Júlio Dias 14.09.2016, Igreja de S. Francisco – Guimarães Gravação : Aflaup Associação de Flautistas de Portugal

Un instrument soliste à part entière

« Les compositions vont surtout être jouées en musique de chambre, ce qui est très français, poursuit Guy-Claude Luypaerts. L’instrument convient merveilleusement aux lieds, aux œuvres de Gabriel Fauret, d’Henri Duparc (janvier 1848 – février 1913), Gaubert, Claude Debussy (août 1862 – mars 1918), Maurice Ravel (mars 1875 – décembre 1937)…  C’est l’époque des gammes pentatoniques (par tons de 5 notes), des quartes augmentées, on aime les sonorités hispaniques et japonaises. » L’instrument est moderne à l’image de Claude Debussy, à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, qui va renouveler le langage musical de son temps et porter attention à la couleur et aux timbres instrumentaux, en les valorisant. Il collera au courant impressionniste qui va s’imposer de 1890 à 1920 et se développer essentiellement en France, initié dans la musique par le Prélude à l’après-midi d’un faune (1894) de Claude Debussy, qui jouera de symbolisme en idéalisant l’univers.
En outre, « entre 1880 et 1920, cette période verra se croiser, sur 40 ans, de César Franck (décembre 1822 – novembre 1890) à Igor Stravinsky (juin 1882 – avril 1971) un nombre incroyable de musiciens compositeurs de talent.

L’histoire de la flûte traversière française, selon Guy-Claude Luypaerts

Flûte alto, en argent et en or du facteur japonais Miyazawa. Photo © Guy-Claude Luypaerts

A l’heure actuelle, selon Guy-Claude Luypaerts, « la flûte est devenue, de par la texture qu’on en tire, un instrument soliste à part entière ». Faite aujourd’hui de différents matériaux, dont le cuivre, l’argent et l’or, la flûte traversière Böhm accompagne les musiciens et la musique depuis plus de 180 ans et a épousé toutes les formes musicales.

Jean Pierre Rampal, Syrinx de Claude Debussy’s, pour flûte seule. Cette courte pièce illustre la dernière mélodie que joue le dieu Pan avant de décéder dans le pièce Psyché de Gabriel Mourey (septembre 1865 – février 1943).