[VOD-DVD] Notre sélection de rattrapage : Kontchalovski, Fukada, Fennell, Sotozaki, Rockwell, Campanella

A défaut regrettable de ne pas avoir pu trouver leur public en salle, certains films bien méritants méritent leur réhabilitation en VOD-DVD.
De l’ évocation de Michel Ange de Kontchalovski, à Hospitalité, inédit de Fukada, en passant par Promising young woman de Fennell, thriller féministe, Le train de l’infini de Sotozaki, manga explosif, Sweet thing de Rockwell, film indé US en forme de ballade jazz et La conspiration des belettes de Campanella, formidable hommage à Hitchcock et Agatha Christie, la sélection de Singulars n’a rien d’exclusive.

Michel-Ange, de Andreï Kontchalovski (2019)
avec Alberto Testone, Jakob Diehl, et Riccardo Landi. 134 mn

Ressorti en mai 21 après une première tentative en octobre 20, “Il Peccato” (Le Péché) en français plus sobrement “Michel-Ange” du réalisateur russe Andreï Kontchalovski est une évocation particulièrement réussie d’un passage de la vie d’un des génies de la Renaissance, le grand petit homme Michelangelo. Co-écrit et co-produit par Kontchalovski, cette co-production russo-italienne nous transporte au cœur de la Florence de la première moitié du 16ème siècle.

Une image soignée pour une reconstitution assez proche du réalisme d’un Pasolini et son Décaméron qui pointe les affres créatifs d’un des plus grands artistes de tous les temps tout en en illustrant la trivialité. Assiégé par sa propre famille accrochés à ses basques pour survivre, tiraillé entre les puissantes familles Médicis et Rovere, fiévreux lui-même à l’idée d’être trahi, Kontchalovski croque un artiste au tempérament ombrageux, totalement habité par son obsession créative. Un énorme bloc d’un marbre blanc immaculé et baptisé “il monstro” est le centre d’une intrigue intense et agitée au cours de laquelle le geste créatif est cerné sous un angle cru, au plus près de sa réalité et de son époque troublée.
Porté par un acteur ensorcelé par son personnage, Alberto Testone (aperçu dans Suburra de Stefano Sollima), passionnant de bout en bout, le réalisateur hisse ce bout d’Histoire tourmenté en une apre métaphore de la difficulté e ce bout d’Histoire vécu au prisme d’un épisode tourmenté d’une vie d’artiste d’être des artistes.

Hospitalité, de Kōji Fukada (2010)
avec Kenji Yamauchi, Kanji Furutachi, Kiki Sugino, Kumi Hyodo, Erika Ono et Bryerly Long. 96 mn

Cette année c’est pas moins de six films de l’auteur réalisateur japonais Kōji Fukada qui nous arrivent.
Le plus ancien inédit chez nous est son premier long métrage, sacré meilleur premier film indépendant au Festival du Film International de Tokyo. Sous son titre narquois Hospitalité est une drôle de petite comédie humaine qui raconte les mésaventures d’un imprimeur de quartier et de sa deuxième femme. Celui-ci accorde sa confiance à une connaissance en l’embauchant afin de pallier la défection de son employé malade. À la suite d’une petite annonce pour retrouver l’oiseau de compagnie perdu de sa petite fille, cette embauche n’aura rien d’innocente. Elle sera le point de départ d’une manipulation roublarde.
Très vite, le ver va s’avérer dans le fruit et en creusant révélera ce qui se cache derrière des apparences bien lisses. Chacun en prenant pour son grade jusqu’à finir en un jouissif exutoire collectif rédempteur. Sous une intrigue ponctuée de petites révélations plus ou moins honteuses, le réalisateur l’air de ne pas y toucher radiographie finement le cœur de la  société japonaise. Sa mise en scène divulgue à petits pas ce qui va se tramer pour un crescendo particulièrement truculent. Les victimes finissant réconciliées et libérées de leur culpabilité.

Promising young woman, de Emerald Fennell (2020)
avec Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Alfred Molina.
108 mn

Actrice habituée aux séries télévisées, Emerald Fennell signe avec ce thriller féministe en tant que réalisatrice et scénariste son premier long métrage.
Son scénario déploie une intrigue originale. Cassandra, interprétée toute en nuance par Carey Mulligan (Drive, Inside Llewyn Davis, Gatsby le magnifique), est une jeune femme qui a renoncé. Renoncé à tout, à sa carrière, à sa vie de femme, à sa vie tout court. Elle vit chez ses parents qui se désolent de voir leur fille se gâcher alors qu’une grande réussite l’attendait lorsqu’elle brillait en faculté de médecine. Elle a tout abandonné et  désormais travaille comme serveuse dans un coffee shop. Sa patronne et amie ne cesse de la harceler pour qu’enfin elle se décide à vivre.
Notre héroïne a un secret. Elle porte le deuil de sa meilleure amie depuis l’enfance. Celle-ci s’est suicidée et elle ne s’en est jamais remise.
C’est alors qu’elle croise dans son coffee shop une amourette avortée de son université. Et qu’elle se donne une chance d’aimer. La suite je vous laisse la découvrir. Emerald Fennell a imaginé une histoire pour dénoncer le comportement de certains hommes et leur lâcheté. Sans être un énième  anathème envers le genre masculin même si les échos de #MeToo et autres résonnent partout de nos jours, il s’agit surtout de mettre le doigt sur une certaine masculinité trop sûre de son bon droit ainsi que d’un environnement trop lâche pour s’avouer complice.

Le train de l’infini, (kimetsu no yaiba/Demon slayer) de Haruo Sotozaki (2020) 117 mn.

Énorme carton historique au Japon, ce film d’animation est tiré du manga le plus vendu au pays du soleil levant en 2019 et 2020 qui a lui-même inspiré une série d’animation et un jeu vidéo.
Ne serait-ce que de par son esthétique virevoltante, ce manga filmé ne s’adresse pas uniquement aux amateurs purs et durs du genre.
Certes il s’agit d’une intrigue qui pourrait paraître confuse, il n’empêche que cette histoire de chasse au démon dans un train démoniaque est particulièrement jouissive. Explosif est le qualificatif qui convient le mieux, des personnages hors normes qui s’affrontent jusqu’au final proprement apocalyptique. Si vous êtes un tant soit peu amateur de fantastique délirant et curieux d’apprécier cette façon unique qu’ont les japonais de se mettre en scène, ce bijou d’animation complètement dingue est pour vous.
Miraculeusement il n’y a pas que Miyazaki.

Sweet thing de Alexandre Rockwell (2020)
avec Will Patton, Karyn Parsons, Lana et Nico Rockwell, Jabari Watkins, M.L. Josepher. 91 mn

Surtout connu par chez nous pour un coup d’éclat indé avec In The Soup datant déjà de presque 30 ans, Alexandre Rockwell n’est pas un débutant. L’affiche proclame que Tarantino lui-même a qualifié Sweet Thing, son dernier opus, comme le film le plus puissant qu’il ait vu ces dernières années; pas moins.
Récompensé d’un Ours de Cristal à la Berlinale 2020 il s’agit d’une variation autour de Little Feet son film précédent. À nouveau Alexandre Rockwell convoque un couple d’enfants en faisant appel aux siens.
Une ado et son petit frère vivent avec leur père, aimant par moment et violent par d’autres. Irrémédiablement alcoolique, il vit d’expédients, déguisé en père Noël il déambule en homme sandwich. Leur mère presque indifférente travaille dans un bar qui appartient à son homme, également violent et surtout qui va s’avérer avoir des tendances pédophiles.
Le film suit le parcours de cette grande sœur protectrice de son petit frère et leur rencontre avec un jeune garçon débrouillard qui n’a pas froid aux yeux. Réalisé en noir et blanc ponctué de scénettes en couleur, le récit oscille entre des moments poignants et des espaces de liberté totale que s’octroie le trio. Entre poésie pure façon longue ballade de jazz et une certaine noirceur, s’illustre l’aptitude impérieuse de ces enfants à survivre et s’épanouir en milieu hostile. Quitte à prendre des initiatives hors du droit chemin. En mettant en scène ses propres enfants, Alexandre Rockwell parie sur le futur et nous offre une belle leçon d’optimisme que certains drames peuvent inspirer.

La conspiration des belettes, (El cuento de las comadrejas) de Juan José Campanella (2021)
avec Graciela Borges, Oscar Martinez, Luis Brandoni, Marcos Mundstock, Clara Lago, Nicolàs Francella. 129 mn

Juan Josė Campanella nous avait laissé sur son splendide Dans ses yeux, une histoire d’amour sous le couvert d’une enquête irrésolue sur un crime crapuleux. Récompensé à juste titre par une flopée de récompenses dont l’Oscar du meilleur film étranger en 2010 et par l’équivalent aux César 2011, ce n’est pas peu dire qu’il était attendu.
En tout cas au cinéma, puisque depuis une petite décennie il n’a pas chômé non plus. Il a pris son temps en baroudant sur des épisodes de séries, Colony, New-York Unité Spéciale et Hatch And Fire. Pour son retour dans les salles, il choisit d’adapter un remake. Un film argentin de 1976 jamais sorti par chez nous “Los muchachos de antes no usaban arsénico“, Les garçons d’antan n’utilisaient pas d’arsenic.
Entre l’Alfred Hitchcock de Mais qui a tué Harry et une malice proche d’Agatha Christie nous assistons à une joute entre un quatuor de seniors au passé glorieux mais poussiéreux dans le cinéma et un couple de jeunes loups prêt à tout pour assouvir leurs ambitions immobilières. Parcourus de dialogues enlevés et incisifs, il est impardonnable au grand public d’avoir fait faux bond à ce film digne de la grande tradition des films noirs bourrés d’ironie et de rouerie.
Une intrigue qui jusqu’à la fin tiendra ses promesses, des acteurs de haut vol; en particulier le délicieux quatuor et une mise en scène ad hoc pour passer deux bonnes heures de cinéma d’une facture certes classique cependant d’une qualité cinq étoiles. Vous êtes prévenus.

#CalistoDobson