Le Festival OFF d’Avignon 2018 : première sélection

Depuis le 6 juillet, le Festival OFF d’Avignon propose prés de 1 540 spectacles dans 133 lieux. Notre envoyée spéciale « Singulars », Lanade recommande un premier choix : une comédie d’aventure humoristique : Les aventuriers de la cité Z, un conte enfantin sacrément revisité : Blanche Neige, et un grand texte classique : Les carnets d’un acteur.

Les aventuriers de la cité Z, de Frédéric Bui Duy Minh, Cyril Gourbet et Aymeric de Nadaillac (Espace Roseau Teinturiers)

Le Festival OFF d’Avignon 2018 : première sélection

Loïc Tréhin, Franck Jouglas, Aymeric de Nadaillac et Marie Recours. Photo © Sara Lepage

Impressionnant. Tel est l’adjectif caractérisant le mieux cette comédie d’aventure humoristique, menée tambour battant. En tout juste 1h20, ses quatre comédiens nous emmènent aux quatre coins de la planète, dans une quête à la Indiana Jones.
Nous sommes en 1935. Joan Fawcett souhaite retrouver les traces de son père, qui n’est autre qu’un célèbre explorateur britannique disparu au Pérou, alors qu’il était en train de découvrir la mystérieuse cité Z. Pour l’aider dans cette entreprise, elle « embauche » Jack Beauregard, un petit filou français, qui se fait passer pour un explorateur. Mais en cours de route, ils sont rejoints par le terrible Spountz, qui veut mettre la main sur la découverte du colonel Fawcett. Arriveront-ils à retrouver le colonel et la cité ? À se débarrasser des nazis ? À triompher des épreuves jalonnant leur parcours ? C’est ce que vous découvrirez dans cette pièce aux multiples rebondissements et fous rires.
Tiré d’une histoire vraie, ce spectacle bluffe tant par la créativité et l’inventivité de la mise en scène, signée Aymeric de Nadaillac, que par l’énergie et le rythme dégagés par les quatre comédiens. Saluons notamment les très belles performances d’Aymeric de Nadaillac et de Loïc Tréhin, qui interprètent pas moins de 15 rôles à eux deux ! Les magnifiques décors, conçus et réalisés par Cyril Gourbet, contribuent à la magie du spectacle, en nous entraînant dans le monde imaginaire de la BD.

Blanche Neige, d’après les frères Grimm (Théâtre des Barriques)

Le Festival OFF d’Avignon 2018 : première sélection

Jessica Rivière et Marion Champenois. Photo © Yan Nick

Encore un Blanche Neige, me direz-vous ? Oui, mais pas n’importe lequel. Ce Blanche Neige des temps modernes revisite intelligemment le célèbre conte des frères Grimm. Emma est une adolescente rebelle, en opposition avec sa mère et fascinée par les écrans, la célébrité et l’apparence physique. D’un coup, elle va se retrouver propulsée dans le corps de Blanche Neige. Et qui plus est, d’une Blanche Neige contemporaine, qui refuse de rester à la maison pour faire le ménage, se laisse séduire par l’idée de devenir top model ou tenter par un peigne sublimant la chevelure. Une Blanche Neige toujours en opposition avec sa belle-mère imbue d’elle-même et de pouvoir, maîtrisant sa communication et luttant farouchement contre le vieillissement à grands coups de Botox.

Jessica Rivière et Marion Champenois campent avec force et subtilité leurs personnages, et confèrent une vraie profondeur à ce passage compliqué menant de l’enfance à l’âge adulte. Le décor, sobre et original imaginé par Thomas Patras, se présente sous la forme livre d’un pop-up, qui évoque le monde du livre, de l’histoire et de l’imaginaire. Il sert de toile de fond à divers jeux d’ombres et de lumières –celui du chasseur étant particulièrement abouti-, ainsi qu’à des vidéo-projections très réussies ; on pense notamment à celle des sept nains, campés par sept lucioles facétieuses. Un spectacle à venir applaudir dès 6 ans.

Les carnets d’un acteur, d’après Fiodor Dostoïevski (Théâtre des Halles)

Le Festival OFF d’Avignon 2018 : première sélection

Charles Gonzalès. Photo © Céline Zug

Pour ce festival 2018, le directeur du Théâtre des Halles, Alain Timár, a adapté et monté un spectacle puissant et sobre, qui fait la part belle à de grands textes : Les carnets du sous-sol et Le rêve d’un homme ridicule de Fiodor Dostoïevski, ainsi que de nombreux extraits de Shakespeare (Hamlet, Othello, Macbeth, etc), des Psaumes et du Qohélet.
Pour les interpréter, il a choisi un comédien particulièrement talentueux : Charles Gonzalès (à l’affiche cette année à Paris dans Charles Gonzalès devient Camille Claudel, voir Singulars) et opté pour une mise en scène des plus sobres, faisant parfois appel à la vidéo-projection. Et l’émotion est au rendez-vous.
Charles Gonzalès incarne avec brio Fédor, un balayeur de salle de théâtre, épris de théâtre et grand admirateur de Shakespeare, perdu dans la vie et dans ce monde qui ne le comprend pas. Lorsque la scène est vide, il franchit le rideau et incarne tour à tour tous les grands rôles du répertoire shakespearien. Lui que l’on dit ridicule. Lui que l’on dit fou. Lui qui connaît la vérité…
Il nous questionne sur toutes les grandes questions métaphysiques, le bien, le mal, la folie, la guerre, la souffrance, l’argent, l’honnêteté, la traîtrise, ainsi que la vie et la mort, bien sûr. Car comme le dirait Périclès, « le souvenir de la mort doit être comme un miroir qui nous fait voir que la vie n’est qu’un souffle : s’y fier est une erreur… » ou comme l’écrivait Shakespeare : « la vie est une histoire, racontée par un fou, pleine furie et de bruit, et qui ne signifie rien ». Une très belle œuvre, qui force à la réflexion !