Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Itinéraire original que celui de Pascal Rolland qui devient créateur de fragrances rares après un métier de liquoriste. Si cette seconde vie doit beaucoup à l’absinthe, son inventivité et sa volonté de créer des parfums personnalisés font d’ Absolument Parfumeur, une marque à découvrir.

Quand l’absinthe conduit au parfum

En effet, c’est Pascal Rolland qui en 1999 remet au goût du jour l’absinthe, cet alcool qui avait connu des heures de gloire plus ou moins « stupéfiantes » au début du siècle dernier.
Deux années durant, sa « Liquoristerie de Provence » est la seule à fabriquer de l’absinthe avec L’Absinthe Versinthe. Pour cet procédé  de fabrication artisanal la société sera labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant et, conséquence, la ‘fée verte’ fait à nouveau beaucoup parler d’elle.

Et Pascal Rolland de s’interroger : « qui dit distillat et alambic dit potentiellement parfum ! Alors pourquoi ne pas créer mon parfum à partir d’absinthe ? ». C’est ce que fit notre liquoriste, ancien de Pernod Ricard qui, avec l’aide d’un nez grassois, lance son parfum personnel à base de l’alcool vert. Dès qu’il porte son jus, les remarques fusent et ses proches lui demandent de rendre publique cette création.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

© Absolument Parfumeur

51 essences pour un parfum unisexe

Changement de cap donc pour ce passionné qui vend sa liquoristerie à Château Saint Martin et se jette à fond dans le milieu de l’olfaction après avoir créé en 2005 ‘Absolument Absinthe’. Composé de 51 essences, Absolument Absinthe est une odeur unisexe dont les notes révèlent les muscs sur une peau de femme et la fraîcheur sur une peau d’homme. Sentie au premier abord, la « tête » de ce parfum est hespéridée via divers agrumes, le cœur lié à des notes d’absinthe et de cannabis, le fond apporte de la profondeur via des muscs blancs.

Mystères et secrets de l’absinthe

Utilisée depuis la fin du XVIII ème siècle comme apéritif, l’absinthe est une plante aromatique connue dès l’Antiquité.

Née en Suisse, sa fabrication est vite devenue franc-comtoise, les distillateurs ayant franchi les proches montagnes du Jura. Mais en 1915, l’alcool cher aux peintres impressionnistes qui la buvaient sur les troquets des bords de Seine et de Marne est interdit en France : elle contient une molécule, la thuyone, qui rendait fou et / ou avait des vertus hallucinogènes et criminelles.

Ce n’est qu’en 1988 qu’un décret européen régule la quantité de thuyone dans les produits alimentaires. Cette molécule apporte à l’absinthe et à la chartreuse, au génépi cette note atypique d’amertume.

S’ils buvaient notre actuelle absinthe, Rimbault, Verlaine, Monet, Pissaro reconnaîtraient aisément leur « fée verte », même si elle a perdu un peu de son amertume ; ce qui explique sa consommation spéciale d’antan sur un carré de sucre.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Préparation de l’absinthe. Photo © Wikipedia

Un concept de terroir d’excellence

Basé à Aix en Provence, Pascal Rolland entend se démarquer des parfums de niche trop marketisés selon lui. Sa maison ‘Absolument Parfumeur’ se veut être une affaire de créateur qui s’inscrit dans une filière, dans un terroir d’excellence, La Provence, avec des artisans d’art (des cultivateurs, des distillateurs… ) lesquels travaillent des matières premières d’exception en petite mais belle quantité. Ma « logique est de faire des parfums singuliers dont la qualité est assurée », dit-il, limitant ainsi ses jus à une distribution exclusive aux antipodes de la grande distribution. Et de poursuivre : « Ma clientèle est celle qui cherche des produits authentiques et sa propre signature olfactive » ; tout comme une femme entend porter une robe unique et personnelle et ne pas la retrouver sur le dos d’une autre.

Seules 6 fragrances composent cette marque Absolument Parfumeur dans l’optique de créer des parfums aux odeurs différentes qui sont proposés de manière assez atypique à 1/ 3 dans des concepts stores artistiques, 1/ 3 dans des parfumeries de niche et 1/ 3 dans quelques spas luxueux français.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Pascal Rolland à Venelles devant un alambic à parfums. Photo © Marie-Laure de Vienne

Luxury Overdose plus premium encore

Même volonté de l’inédit d’une signature olfactive très personnelle, surtout axée sur le marché moyen-oriental avec une approche « luxe authentique non ostentatoire » : tel est le credo de la seconde marque de Pascal Rolland fraîchement créé en 2016.
Si l’élégance dans la fraicheur est toujours présente, le jus doit séduire une clientèle du Moyen Orient habituée à des parfums puissants et segmentés.
Côté packaging, place à du leather cotton, du coton à l’aspect cuir, pour un flacon noir de geai au capot en zamac doré à l’or fin ainsi que les étiquettes elles aussi dorées à l’or fin.
Et pour le jus, Pascal Rolland rejette l’oud bien trop utilisé et galvaudé à son sens pour mettre en avant la fleur d’osmanthus. Cette fleur asiatique est encore peu exploitée en parfumerie et elle serait selon lui l’oud de demain.
Pluie d’Osmanthe exploite la richesse de cette fleur d’osmanthus en sublimant la note à mi-chemin entre le jasmin et l’abricot tout en maintenant une extrême fraîcheur.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Pluie d’Osmanthe exploite la richesse de la fleur très rare de l’osmanthus. Photo © DR

L’Oud : késako ???

Il ne s’agit pas ici de l’instrument de musique à cordes pincées assez répandu en Turquie, en Grèce et en Arménie ; mais bien sûr d’un arbre, dont on extrait une résine odorante.
Connu en Asie sous diverses appellations, le nom arabe d’oud qui désigne le bois des dieux est utilisé depuis des lustres pour ses vertus médicinales, spirituelles et esthétiques.

Aujourd’hui, le Moyen Orient est submergé par cette odeur forte et animale. L’oud est brûlée sous forme de copeaux pour imprégner les vêtements et les corps. Mystérieuse, la résine d’oud pousse sur des arbres tropicaux, du type Aquilaria d’Asie du Sud-Est, en voie de disparition. Elle est secrétée par une défense de l’arbre face à un champignon. Et il faut abattre plusieurs arbres pour en trouver un infecté. Autant dire que l’oud est ultra rare et cher.

Pour cette raison l’oud n’est utilisé que par une parfumerie très sélective. Il est en outre largement galvaudé par la « parfumerie classique » qui a reproduit via des molécules de synthèse cette note, à mi-chemin entre le cuir, la peau de bétail couverte et l’encens de bas étage, pourtant fort apprécié des hommes.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Oud. Photo © Shutterstock

Vous avez dit osmanthus ?

Originaire du Japon et de la Chine, l’osmanthus est un petit arbuste aux fleurs blanches odorantes qu’on retrouve aujourd’hui aisément sur les contreforts de l’Himalaya. Son extraction donne une absolue à l’odeur fruitée, miellée proche de la confiture d’abricot.

Les fragrances rares du liquoriste-parfumeur Pascal Rolland

Osmanthus (aquarelle de Kawahara Keiga – 1823 – 1829) Siebold Collection