Fête des pères : Lettre d’Hercule à sa mère

Ce dimanche 17 juin, c’est la Fête des Pères. Singular’s a eu envie de l’évoquer d’une façon… singulière, avec la lettre d’Hercule à sa mère, issue d’une anthologie de Lettres des Héros à leur mère. Une correspondance qui laisse entrevoir la face cachée de ce demi-dieu et son rapport avec celle qui est, en quelque sorte, son talon d’Achille. Les mères sont des pères comme les autres…

Fête des pères : Lettre d’Hercule à sa mère

Hercule et Archélaos, Noël Coypel. Musée de Versailles.

Hercule

Fils de Zeus et d’Alcmène –une mortelle–, Hercule est doté d’une sensibilité inversement proportionnelle à sa force physique (et vice versa), il peine à se contrôler. Ainsi Apollocrite, professeur de luth, périt sous les coups du colosse énervé. Catastrophé, il se repent, tandis qu’Alcmène, agacée par tant de mièvrerie, le sermonne…

Ô vide ! Ô mère !
Avant que tous les Grecs ne m’envoient au trépas
Vois comme je me châtie une dernière fois.
Maman, n’accable point ton Hercule qui pleure,
Son âme tourmentée sombre dans la douleur.
Ton fils, déshonoré et frappé d’infamie,
Du sang d’Apollocrite a vu sa main rougie…
Hé quoi !
Ce vulgaire mortel ignorait-il encor
Que devant l’Eternel, Hercule est le plus fort ?
Croyait-il sans péril pouvoir me l’enseigner,
Ce stupide instrument qui, moi, me fait bâiller ?
Parlez-moi de la guerre, du combat, de la lutte,
Et point de l’art du chant et de celui du luth !

Tant de délicatesses me rendirent si fol,
Que, c’est plus fort que moi, je le saisis au col.
Comment de ma fureur interrompre le cours,
Quelle main vengeresse arrêtera mes coups ?
Trop tard !
Sans que l’infortuné ait le temps de dire ouf,
Un coup de poing fatal fit taire son esbroufe.
Hélas !
Je le vis à regret en cet état funeste
Et tombai à genoux en me frappant la teste.
Aïe !
De tant d’amers remords je me sentis la proie
Et ne peux même pas raconter à papa…
Par le courroux des cieux il faut que je périsse
Sauverez-vous jamais votre enfant au supplice ?

Brutus lacrimae agitatus fastus crevicalœ brisum
Ton Hercule qui t’aime

PS : Des nouvelles d’Iphi ?
Salue-le je te prie.

Fête des pères : Lettre d’Hercule à sa mère

© Ariane Valadié

La honte au front d’Alcmène

Au nom de Zeus, Hercule !
Qu’as-tu donc à couiner ? Te voilà ridicule.
Sont-ce là des manières pour ce simple mortel ?
Des choses de l’esprit montre un peu plus de zèle.
Plutôt que de chercher à gagner le trépas,
Utilise un peu plus tes neurones ici-bas.
Réjouissons-nous plutôt de ton heureuse audace,
Note bien mes conseils et suis-les à la trace :
Ressaisis-toi mon fils ! Il n’est dieu qu’on immole,
Pour un luth brisé ou un coup sur la fiole…
Tant de transport, sans doute, ne vaut qu’égarement
Et de te corriger je te fais le serment,
Si tu persistes encore à te montrer mauviette.
Pour si peu ton tourment te rendrait-il fillette ?
Faut-il qu’un si grand corps montre tant de faiblesse !
Courage, mon colosse, je ris de tes prouesses.

A bientôt, mon céleste.
Alea jacta est !
Alcmène

NB : Iphictète, ton frère, bien que demi-portion,
Me prie de t’adresser toute son affection.