L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

Le nouveau prince des luthiers mondiaux est un jeune suisse installé à Lyon, il sappelle David Léonard Wiedmer. Son violon a reçu la médaille d’or de la « Violin Society of America », l’équivalent du Nobel pour les luthiers. En attendant d’avoir les plus grands solistes à ses pieds, il a fait se lever la planète toute entière des artisans d’exception de la musique à cordes.

L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

Ce violon a valu à David Léonard Wiedmer le prix 2018 (médaille d’or) de la « Violin Society of América », l’équivalent pour les luthiers du Nobel. Photo © Dominique Lonca

Les meilleurs luthiers du monde sont prévenus. Pour glaner les médailles d’or dans les grands concours mondiaux, il faudra désormais compter avec David Léonard Wiedmer, 29 ans humble, mais ambitieux pour construire les meilleurs violons pour les grands solistes mondiaux. Puisque désormais c’est son prochain défi lancé, avec calme mais détermination.

Le jeune gars, natif du valais Suisse a, le 9 novembre 2018, au Renaissance Hôtel de Cleveland, lors de la remise des prix de la Violin Society of America – l’équivalent de la Nobel Académy de Stockolm pour les luthiers – raflé pratiquement tout ce qui brillait dans la nuit américaine. Les jurés se réunissent une fois tous les deux ans pour tester, détailler pendant une semaine les chefs-d’œuvre. Ces œuvres d’art sont sortis des mains d’or de 400 experts accourus du monde entier pour participer à cette folle semaine des instruments à cordes tendues. Cette nuit-là, David-Léonard Wiedmer et son copain Damien Gest, également luthier, ont coudoyé les étoiles. Pour de bon ! David-Léonard a remporté deux médailles d’or (dont une avec Damien Gest, luthier spécialiste des instruments baroques pour le violoncelle) et une d’argent.

L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

David-Léonard Wiedmer dans l’atelier qu’il partage avec Léa Trombert. Photo © TopSud

Le grand choc absolu des médailles

« Quand on est arrivé au stade de la médaille d’argent dans le concours de Violoncelle, on s’est regardé avec Damien et on s’est dit qu’on ne repartirait même pas avec la récompense minimale, le certificat », raconte David-Léonard. Mais ça, c’était avant le grand choc absolu, celui du premier sacre, sous les applaudissements. Puis leur arrivée sur scène en jeans et en snickers pour improviser entre surprise et pitreries. La salle a applaudi puis elle a ri du genre, « vraiment marrants ces petits français, talentueux et ne se prenant pas au sérieux, N’est-ce-pas ? ». Pour la suite du palmarès, la tension dans la salle est montée d’un cran. La médaille d’argent … pour David-Léonard Wiedmer. Puis consécration absolue dans la catégorie violon ! La médaille d’or. « On a vraiment senti à ce moment-là la salle chavirer autour de nous. Comme une vague d’enthousiasme et d’émotion. Et qui vous emporte » poursuit David-Léonard Wiedmer qui venait ainsi de vérifier la théorie du ruissellement … du bonheur. « La nouvelle de nos récompenses s’est propagée dans le monde entier. Pendant toute la nuit le portable n’a pas arrêté de sonner » ajoute-t-il d’abord abasourdi par cette pluie de récompense. Le violoncelle ? « Avec Damien c’était quand même juste le deuxième qu’on construisait ensemble. Et l’Alto, je l’ai terminé tout juste avant de partir à l’aéroport. J’avais même pas eu le temps de tester à fond sa sonorité » ajoute le kid de Martigny.

Le kid de Martigny

C’est dans le Valais, petit paradis bucolique, qu’il a grandi dans une ambiance musicale plutôt rock n’Roll. Dans ses œuvres de jeunesse, David-Léonard, fan de Led Zeppelin et de Deap Purple était guitar-héroe dans plusieurs groupes de copains. Pendant des étés ils ont écumé les soirées pour faire danser les filles. Dans le même temps, à quinze ans, David-Léonard est devenu apprenti ébéniste, chez le grand maître Voutaz à Martigny avant d’intégrer l’école française de lutherie à Mirecourt dans les Vosges. « Quand je suis arrivé dans cette école, j’avais derrière moi trois années d’atelier et un avantage certain sur ceux qui venaient de passer le bac et qui, pour la plupart, n’avaient jamais touché un bout de bois » explique-t-il. A dix-huit ans, déjà, il signe son premier violon aujourd’hui exposé à sa bonne et juste place, dans le salon de la maison familiale de Martigny. « Avant, j’avais construit des guitares électriques. Mais à partir du moment où j’ai pu toucher un violon, j’ai lâché la guitare. Je suis aujourd’hui plus à la recherche de musicalité et je ne supporte plus que l’on puisse coller des paroles sur de la musique, imposer ainsi un point de vue sur une ligne harmonique » poursuit-il. Avant sa grande nuit américaine, pendant dix ans, David-Léonard a œuvré chez les plus grands : deux stages d’études à Lyon chez le maître luthier Alexandre Snitkovski où il enfile le tablier mauve frappé de lettres d’or pour créer ou réparer, surtout réparer…

L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

David-Léonard Wiedmer a fait son apprentissage chez le maître ébéniste Voutaz de Martgny (Suisse), puis a intégré l’école française de lutherie de Mirecourt (Vosges) et a continué de se former, à Lyon, chez le maître luthier Alexandre Snitkovski, à New-York chez le maître Emmanuel Gradoux-Matt (Gradoux matt rare violines), enfin, à Londres, avec le maître Florian Léohnard. Photo © Christian Goutorbe 

L’école des Stradivarius

« Très vite j’ai opté pour des travaux de restauration. C’était un parti-pris et une voie différente plutôt que d’entrer dans un atelier et finalement de reproduire la méthode du maître luthier. C’était surtout le moyen d’avoir en main de très beaux instruments, de les observer de prendre des notes sur des Guarnieri ou des stradivarius. C’était pour moi le meilleur poste d’observation possible » explique-t-il encore. A la fin de ses études, le voici qui s’embarque pour les Etats-Unis. Ses états de service et son niveau dans l’exécution de la lutherie lui permettent d’entrer chez Emmanuel Gradoux-Matt (Gradoux matt rare violines) maître luthier français d’exception expatrié et installé à New York. Au bout d’un an, la fin de son visa sonne l’heure du départ pour Londres chez un autre grand maître luthier de facture internationale : Florian Léohnard. Dans le prestigieux cabinet, il intègre l’atelier des vernis là encore pour se former à la déterminante subtilité du recouvrement de l’instrument qui signe l’aspect mais aussi une partie de sa musicalité. Les jurés de Cleveland vont être servis. Mais ils ne le savent pas encore.

L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

Les violons produits dans l’atelier que David-Léonard Wiedmer partage avec Léa Trombert. Photo © Christian Goutorbe

Violon neuf, vieux de 300 ans

« Une fois terminé, on aurait dit que le violon avait sans doute trois cents ans, tellement il y avait été travaillé et le rendu musical est exceptionnel. Cela ne m’a pas étonné outre mesure qu’il ait remporté cette récompense mondiale tellement il a mis toute son énergie et son talent dans cette fabrication que j’ai pu suivre étape après étape. En s’inspirant de Stradivarius très anciens » explique de son côté Dominique Lonca l’heureux propriétaire de cette pièce d’exception ancien membre fondateur du Quatuor à cordes Debussy et aujourd’hui professeur d’instrument à Lyon et à Bourgoin-Jallieu (Isère). « Pour ce violon, on peut parler de générosité du son et du côté timbré de celui-ci. A la fois de l’ampleur et de la chaleur de ce timbre. C’est un instrument facile à jouer avec une belle égalité sur les quatre cordes » ajoute le professeur qui dit avoir ressenti « un intense moment d’émotion » lorsque le jeune prince des luthiers lui a remis son instrument après le concours de Cleveland. Trois mois après cette plus belle nuit de sa vie d’artisan d’exception, David-Léonard est, sans relâche dans le petit atelier qu’il partage avec Léa Trombert à son petit établi du lever du jour au coucher du soleil sur la rivière Saône. « J’ai vraiment la tête dans les copeaux. Il me faut, maintenant, faire face à ma notoriété » plaisante-t-il sans rien changer de sa manière de faire. Même coup de ciseau ultra précis, même humilité et auto-dérision. Pour que le prix ne soit pas un obstacle au talent des serviteurs de la musique.

L’incroyable talent du nouveau prince de la lutherie

Dominique Lonca, propriétaire actuel du violon médaillé d’or. Photo © Christian Goutorbe

Le parcours de David léonard Wiedmer

1989 – Naissance en Suisse.
2004 – Commence son apprentissage d’ébéniste à Martigny (Suisse).
2008 – Entrée à l’Ecole nationale de lutherie de Mirecourt (France).
2015 – Remporte la médaille Sacconi à la Triennale de Crémone (Italie).
2018 – Remporte deux médailles d’or et une médaille d’argent à Cleveland (Etats-Unis).