Malaurie Auliac : l’âme du papier

Telles des vigies traversant le temps, les papiers, les livres et les parchemins sont des témoins de l’Histoire, la grande, par les traités, les plans ou les décrets. Et aussi de celle de tout un chacun via notamment les actes notariés. Ils sont les supports de notre mémoire. Dans son atelier, Malaurie Auliac leur redonne une existence en effaçant les stigmates du temps. Portait d’une jeune artisane, première à avoir obtenu le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) en Bourgogne.

Malaurie Auliac : l’âme du papier

Malaurie Auliac dans son atelier à Saint Maurice de Satenay, en Bourgogne. Photo © Patricia de Figuereido

Étudiante, Malaurie Auliac s’intéresse à l’anthropologie, dans le même temps, l’enluminure la passionne, aussi choisit-elle de s’inscrire parallèlement à l’École de Condé et à la Sorbonne. Une fois ses diplômes en poche, l’envie de revenir dans sa région natale, la Bourgogne, la pousse à s’installer pour ‘soigner’ les vieux papiers : livres, affiches, lettres, documents publicitaires, journaux et magazines, peintures sur papier, documents manuscrits… Ceux qui possèdent des trésors en papier l’apprendront vite.  Tous les types d’arts graphiques peuvent être restaurés : « C’est une spécialité très riche et variée » s’enthousiaste-t-elle « parmi laquelle il faut différencier des papiers et des parchemins. Les premiers étant des fibres végétales et les seconds d’origine animale, puisque ce sont des peaux. »

Malaurie Auliac : l’âme du papier

La ‘Paris Turgot’, grande carte de Paris, avant restauration. Photo © DR

Des documents parfois très rares

Bien implantée localement, Malaurie restaure souvent des plans domaniaux, « et en Bourgogne, cela ne manque pas avec les domaines viticoles ». Elle a aussi eu le privilège d’avoir entre les mains une ‘plan de Turgot’, une grande carte qui mesure 2,49 mètres sur 3,18 composée de plusieurs planches de gravures assemblées qui appartenait à un collectionneur. Mais surtout une enluminure du IXème siècle toute petite et très abîmée. « C’était essentiellement un travail de stabilisation qui, dans ce cas, venait d’une institution publique. » Les musées représentent 90 % de sa clientèle – Orsay, le musée de l’armée des Invalides, le musée des Beaux arts de Dijon. Pour le reste ce sont des particuliers, des collectionneurs. Une clientèle qui « possède souvent des objets de grande valeur, c’est chez eux que j’ai vu les plus belles pièces » confie la restauratrice.

Malaurie Auliac : l’âme du papier

Le ‘plan de Turgot’ restauré présente Paris en 1734. Photo © DR

Le ‘plan de Turgot’, trace papier sur le Paris d’antan

Le ‘plan de Turgot’, réalisé entre 1734 et 1739, est constitué d’un ensemble de 20 planches, assemblées, représentant la carte de la ville de Paris. Le donneur d’ordre fut Michel-Étienne Turgot, alors prévôt des marchands. Le plan, monumental (il mesure exactement 2,49 m sur 3,18 m), a été réalisé à l’échelle 1/400 par Louis Bertez, membre de l’Académie de peinture et de sculpture, sur le principe de perspective cavalière appelée axonométrique.
Le ‘plan de Turgot’ a été réédité de nombreuses fois. [Les éditions Douin proposent une réédition, en couleur, au prix de 390 €. P.O]

Malaurie Auliac : l’âme du papier

Le Japon, un modèle pour les techniques et le papier

Les principales techniques de restauration proviennent essentiellement du Japon, tout comme les matériaux. Les fibres du papier japonais sont naturellement neutres, d’excellente qualité, sans traitement chimique mais difficilement trouvables en Occident. Avec des papiers on stabilise les déchirures et les plis, on redonne consistance à des feuilles qui ont perdu de leur souplesse ou ont été fragilisés. « Je fais des doublages, j’ajoute des bandes de papier qui renforcent, avec des colles, les éléments dégradés. S’il y a un trou, j’utilise du papier japonais contemporain que je peux teinter et j’effectue une greffe discrète », détaille l’artisane.

Malaurie Auliac : l’âme du papier

Livre avant et après restauration. Photo © DR

Un métier d’avenir pour sauver le passé

Malaurie enseigne depuis une dizaine d’années à l’École de Condé et observe un intérêt grandissant des jeunes pour les arts graphiques et la restauration du patrimoine en général : « Les jeunes ont besoin de se recentrer sur le passé et la matérialité. Pour ma part, je fais différentes interventions dans des musées et institutions et je travaille avec une association d’encadreurs ». La jeune femme a obtenu le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) pour la 3e fois et a même été la première, en Bourgogne, à décrocher cette distinction. Elle a aussi été récompensée par le Prix du jeune artisan d’art une référence dans son domaine.