Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Sacs pour dames et accessoires de chasse (housses à fusil, à carabine, à lunette, briefcases, sacs de battue, cartouchières, étuis pour balles ou encore sièges de chasse, mais aussi sacs à dos et de voyage…), Lebeau-Courally produit et commercialise de véritables objets artisanaux de luxe, destinés à un public confidentiel. Découverte d’une marque de maroquinerie belge qui vend du made-in-France.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Sacs de battue Lebeau-Courally. Photo © Pierre d’Ornano.

Les marques de maroquinerie artisanale de luxe de renommée internationale sont rares. Et celles qui sortent des produits qui ne se résument pas à du simple assemblage, mais intègrent tout le process de fabrication sont plus rares encore.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Sacs à dos et cartouchières Lebeau-Courally dans l’atelier de production. Photo © Pierre d’Ornano

Des exemplaires numérotés ‘made in France’

Outre-Quiévrain, une marque, Lebeau-Courally – qui fabrique depuis le milieu du XIXe siècle des armes de chasse renommées mais aussi, depuis plus récemment, des montres -, fait partie de ces maroquiniers qui travaillent artisanalement, à la commande. Singularité et gage d’authenticité, chaque exemplaire qui sort des ateliers est numéroté et les collections sont en production limitée.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Sacs Bonbon, pour femme active, et La Coraly, plus sage et chic. (Collection 2019 – Lebeau-Courally). Photo © Pierre d’Ornano

Autre particularité, cette marque belge a, depuis 2015, un atelier en France. C’est de Dijon Maroquinerie, sise à Vaux-sous-Aubigny (Haute-Marne – 52), rachetée en 2015 par l’industriel Joris Ide (propriétaire depuis 2010 de Lebeau-Courally), que sortent les sacs et les accessoires de la marque. La première collection de maroquinerie a été produite en 2013.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Les peaux mises sur les chevalets (d’une épaisseur de 4 mm) sont les plus fragiles. On évite ainsi les marquages dus aux pliures. Le reste du stock, toujours limité car l’entreprise travaille à la commande, donc en flux tendus, est conservé enroulé à température ambiante dans l’atelier. La limitation du stock répond également à des contraintes de maîtrise des coûts et de préservation de la qualité des produits. Sur la droite de la photo, au 1er plan, Fabien Guené, troisième génération de la famille fondatrice de la Maroquinerie Guené, devenue Dijon Maroquinerie. Photo © Pierre d’Ornano

Le luxe dans la peau

La maroquinerie artisanale de luxe c’est d’abord une matière première d’exception. Le choix des peaux est donc essentiel. Celles destinées à arborer la marque Lebeau-Courally proviennent notamment des Tanneries des Cuirs d’Indochine et de Madagascar (TCIM), propriété d’Hermès, sise à Vivoin dans la Sarthe. L’entreprise est spécialisée dans les peaux précieuses de crocodile, de lézard ou de serpent. Des peaux qui viennent d’élevages situés en Australie, en Louisiane ou encore en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lebeau-Courally se fournit également en Angleterre, à la tannerie anglaise J. & F.J. Baker, sise dans le Devon, une des seules aujourd’hui à transformer encore les peaux avec des tanins végétaux. Le tannage végétal est notamment dédié aux peaux les plus épaisses, destinées à la maroquinerie de chasse.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Peau de crocodile, vendue jusqu’à 1 500 € pour le ventre de l’animal. Les peaux d’alligator proviennent des USA, celles de crocodile d’Australie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo © Pierre d’Ornano

Les peaux sont aussi lissées à la pierre d’agate ce qui procure au cuir une surface bien plane et lui donne du brillant. En outre, peaux et métaux nécessaires à fabrication des sacs et des autres accessoires sont traités en tenant compte des contraintes hygrométriques, car les produits voyagent dans le monde entier, en Russie en Inde ou en Afrique où les climats altèrent les peaux et les métaux. Ainsi, la finition des pièces métalliques ont une couche de protection d’une épaisseur de 0,25 microns.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Cuir de serre provenant du Japon, un produit extrêmement rare vendu autour de 1 300€ le m2. Photo © Pierre d’Ornano

Dijon Maroquinerie : une renaissance couronnée de succès

Fleuron de la maroquinerie artisanale française, fondé en 1907 par Charles Guené, Dijon Maroquinerie a bien failli disparaître. L’atelier, qui à ses débuts fabriquait des sacs en perles et des bijoux fantaisie, avait été porté par le maelstrom des fêtes des années folles et l’engouement pour les parures. Dès 1939, Pierre-Jacques Guené, le fils du fondateur, va orienter l’entreprise dans la fabrication d’articles en cuir en sous-traitance. L’atelier va rapidement travailler pour des grandes marques de luxe comme Chanel, Dior, Lagerfeld ou encore Nina Ricci. La maroquinerie comptera jusqu’à 4 unités de fabrication fera travailler près de 500 personnes dont des artisans locaux. Mais viendront les années sombres et, en 2014, l’entreprise est en liquidation judiciaire. Joris Ide reprend l’atelier de Vaux-sous-Aubigny en 2015. L’année suivante, la maroquinerie élargira sa gamme aux articles de chasse et d’équitation. Aujourd’hui, les 14 salariés, toutes des femmes, attachées à la production continuent de travailler pour des marques de luxe et pour la ligne d’articles développée par Lebeau-Courally.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Teinture des bords de découpe dans l’atelier Dijon Maroquinerie. Huit passages de teinture sont réalisés sur les pièces nécessaires à la confection d’un sac à main. Ces opérations représentent entre 25 et 30% du temps passé. Photo © Pierre d’Ornano

L’alliance de la tradition et de l’innovation

Conserver les valeurs traditionnelles et les process de l’artisanat n’est pas incompatible avec la haute technologie. Si le tour de main prime chez Dijon Maroquinerie (il faut 50 à 80 outils pour produire un sac Lebeau-Courally), l’atelier est aussi équipé d’un traceur de découpe de haute technologie, l’EliCut K1 Booster de Elitron, doté notamment d’un système de projection vidéo intelligent. Un plus qui apporte de la précision dans la découpe, améliore les conceptions et permet la production de pièces d’une qualité exceptionnelle.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Le modèle ‘La Rebelle Mini’. L’atelier peut réaliser des sacs tressés ou peints, avec tous les coloris possibles. Photo © Pierre d’Ornano

De ‘l’âme’ du sac

‘Last but not least’, Lebeau-Courally est le seul maroquinier de luxe à offrir du tout cuir. « Tous les sacs sont doublés cuir. L’extérieur et l’intérieur sont montés ensemble et collés, avec des piqûres apparentes, également en extérieur et intérieur. Et chaque sac est renforcé par du tissu placé entre les cuirs. Ces renforts permettent d’assurer une bonne tenue et une longévité optimale au sac et lui ‘donne son âme’ », déclare Fabien Guené.

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Vincent François (à gauche), directeur général de Dijon Maroquinerie (32 ans de maison) et Fabien Guené directeur de la production, partagent le même soucis de recherche de l’excellence. L’entreprise emploie 14 personnes, toutes des femmes, dans l’atelier de Vaux-sous-Aubigny. Les jeunes artisan(e)s qui intègrent l’entreprise reçoivent une formation de trois ans. Photo © Pierre d’Ornano 

Maroquinerie Lebeau-Courally : du fait main à l’état pur

Opération de collage pour la fabrication d’un sac à main (Atelier Dijon Maroquinerie). Photo © Pierre d’Ornano