Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Au cœur de la capitale existe encore un savoir-faire unique, celui de Thierry Millet, qui redonne vie aux parapluies retournés, aux ombrelles aux baleines tordues, aux cannes brisées. Entretien avec un artisan passionné qui œuvre contre vents et marées.

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Thierry Millet, devant sa boutique avec un parapluie Ambassadeur, modèle produit par Pep’s. Photo © Marie-Laure de Vienne

Il fait un temps de rêve sur Paris en ce début de mars, un mois propice aux sautes d’humeur de température et aux giboulées précoces et pourtant trois personnes attendent déjà leur tour dans le minuscule atelier Pep’s, serrant précieusement dans leurs mains un parapluie.

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Ici on vient faire réparer son parapluie ou découvrir un lieu hors du temps et un artisan singulier, qui vous captivera. En photo, une cliente américaine venue acheter un parapluie. Photo © Pierre d’Ornano

Nous sommes dans le 3ème arrondissement de Paris, au milieu de la plus ancienne voie privée de Paris (elle remonte à 1510), Passage de l’Ancre Royale. Là, a pignon sur rue la boutique Pep’s, clinique pour pépins, ombrelles et cannes en tous genres. Y exerce Thierry Millet, un artisan au franc-parler anti gueule de bois, à la bonhomie rassurante quand la cliente toute penaude vient lui confier un parapluie abîmé ou usé par le temps, mais qui demeure cher à sa/son propriétaire. Et chacun de raconter sa mésaventure avec son pébroc et Millet d’avertir d’emblée : « ne jamais oublier, Monsieur, Madame, entre la tornade et le parapluie, c’est toujours la tornade qui gagne. Mais je peux vous le réparer votre parapluie ! ».

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Thierry Millet dans son atelier, au 1er étage de la boutique. Photo © Pierre d’Ornano

Une activité plus qu’un métier

Thierry Millet se sait connu et reconnu au-delà de l’hexagone : du simple parisien aux clients bobos en passant par les têtes couronnées et les acteurs de renom, l’artisan s’est fait une solide réputation. Nommé Chevalier dans l’Ordre du Mérite, reconnaissance par ses pairs comme « trésor vivant de l’artisanat », atelier labellisé « entreprise du patrimoine vivant »… les médailles et gratifications pleuvent sur lui et Pep’s. Pourtant il dit bien que ‘réparateur de parapluies’ n’est nullement un métier, mais une activité que des cordonniers ou des maroquiniers peuvent exercer. Mais face aux 3-4 fabricants assembleurs qui achètent certaines pièces en Chine, lui seul est apte à réparer toutes les marques et toutes les sortes de parapluies. Les grandes maisons type « Le Véritable Cherbourg, Pierre Vaux, Guy de Jean » font fabriquer certaines pièces hors de France et assemblent manuellement tout en ne réparant que leurs marques. « Moi, depuis 2003, je répare entre 8 à 10 000 parapluies par an ! ». Et cet art de se poursuivre, on l’espère, puisque Thierry Millet est à l’aube de passer le flambeau à un couple américano-canadien passionné qu’il a déjà formé.

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Outre de simples clients venus faire réparer ou acheter un parapluie ou une ombrelle, Thierry Millet à vu défiler dans sa boutique des personnalités, comme l’académicien Maurice Druon (décédé en avril 2009), auteur des Grandes Familles (Prix Goncourt 1948) ou encore de la saga des Rois Maudits, qui resta des heures en sa compagnie. Photo © Pierre d’Ornano

Une passion tardive mais si gratifiante

Rien ne destinait Thierry Millet à devenir un chirurgien ès parapluie ! Après l’Ecole Boulle(*), le voilà directeur commercial de Roche Bobois, puis d’une grosse centrale d’achat de mobilier avant de devenir subitement chômeur suite à un changement d’actionnaires. Une amie lui parle de cet boutique-atelier créé en 1967 à reprendre et voilà notre quinquagénaire qui se lance à l’assaut des pébrocs abîmés. Il part donc de rien et se forme lui-même, travaille 7 jours sur 7 en avouant aujourd’hui : « j’en ai souvent chialé à mes débuts, c’était tellement dur ! ». Aujourd’hui sa fierté est de rendre le sourire à un client qui « tenait sentimentalement à son parapluie », de créer lui-même ses parapluies en forme de cloche, de pagode. Parmi ses créations, son chouchou est le parapluie en forme de Tour Eiffel à 4 baleines seulement.

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Parapluie en forme de Tour Eiffel, à 4 baleines, création de Thierry Millet, boutique Pep’s. Photo © Marie-Laure de Vienne

Dans son atelier de 13 m2, au milieu de ses tiges, baleines et bouts de tissus ; Thierry Millet est un homme heureux qui vénère la pluie à titre professionnel en chantant « Singin’ in the rain ». Une saison pluvieuse est pour lui une saison réussie : souhaitons donc à Pep’s de futures averses et de très nombreuses bourrasques !

(*) Ecole supérieure des arts appliqués et un lycée des métiers d’art, de l’architecture intérieure et du design, sise 9-21, rue Pierre-Bourdan à Paris 12e.

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Un parapluie pour femme, en vente chez Pep’s. Photo © Pierre d’Ornano

Comment choisir un bon parapluie ?

Il faut un mât central qui peut être en bois, aluminium, acier, fibre de verre, carbone ; un nombre suffisant de baleines (de 8 à 10 avec une tolérance à 6 pour les petits parapluies légers) ; un tissu de qualité (coton, soie, polyester) et une poignée en plastique, verre, bambou, bois, jonc. Comptez de 28 à 200 € selon la qualité choisie et écoutez le connaisseur : « fuyez les parapluies de pacotille en fer blanc, car il vous lâchera à la première bourrasque » ; « avez-vous jamais entendu le bruit de la pluie sous un parapluie en soie ? Incomparable face à un synthétique » ; « touchez la douceur de ce bambou de poignée, c’est presque sensuel ». Derrière le tablier vert se cache un bon vendeur au cœur attaché au savoir-faire et aux beaux matériaux.

Comment ouvrir son parapluie ?

Il faut toujours déployer verticalement un parapluie, le décanter en douceur, c’est-à-dire donner des petits coups à droite et à gauche pour décoincer les baleines. L’ouverture se poursuit à la verticale, sans jamais le positionner à l’horizontale à la d’Artagnan !

Pep’s : l’unique artisan/réparateur de parapluies, cannes, ombrelles en France

Le travail délicat du réparateur… Le prix moyen d’une réparation est de 40€, 15€ si le parapluie a été acheté dans la boutique. Photo © Pierre d’Ornano

Faire réparer son parapluie : un acte éthico-écologique

« Faire réparer son parapluie coûte moins cher que d’en racheter un neuf » confirme Millet qui prône « une économie vertueuse » et ajoute : « Tous ces petits parapluies made in China que vous achetez à bas prix font un ou deux orages et vous les jetez. Chaque année, en France seulement, on met au trou entre 12 et 15 millions de parapluies qui ne sont pas recyclés, mais enfouis dans le sol ». Or ce produit est imputrescible, d’où le cri d’alarme de Thierry Millet : « Vos petits-enfants boufferont des carottes au goût de parapluie ».