De la volupté, Fur Aphrodite a trouvé l’œuf de Colomb

Le travail de la jeune photographe Anouk Pragout alias Fur Aphrodite sur Facebook interroge, capte et décline la volupté. Elle le fait avec une ironie sensuelle qui balaye toutes les émotions du corps et les illusions du raisonnable. A découvrir à la Galerie Diese, 22 rue de la Vertu à Paris jusqu’au 12 mai.

La volupté sexuelle dément les pessimistes : le plaisir de l’autre multiplie notre égoïste plaisir. Aussi, pour un homme, est-il extrêmement jouissif de sentir la demande féminine de plaisir précis. Une jeune artiste, Fur Aphrodite sur Facebook, a trouvé l’œuf de Colomb pour représenter cela : une brève vidéo qui devrait mettre tout le monde… à genoux, ou comme on aura l’imagination de se mettre.

Le jeu de « faire là, là, l’amour »

¨ MON AMOUR EMBRASSE MOI ¨

¨ MON AMOUR EMBRASSE MOI ¨ (2004-2014)© Fur Aphrodite

Publiée par FUR Aphrodite sur dimanche 6 novembre 2016

Capture vidéo © Fur Aphrodite

Voici, c’est fort simple : sur l’écran et à l’ouïe, le mot « là » murmuré de cette voix intime et lointaine à quoi l’on reconnaît que la partenaire est embarquée dans son plaisir, à en fermer les yeux. Puis, vite un deuxième « là, », avec virgule évidemment, car cela ne fait que commencer, le plaisir. Et de fait, de charmants « là, » en « là, » pâmés, se forme sur le blanc du papier filmé et par ce qu’il faut bien appeler « petites touches » (on imagine avec quoi, nos corps ont le choix), autant d’endroits des lèvres intimes du sexe féminin, au cœur et autour pour le cerner de jouissance insupportable, et le ton monte, monte le plaisir… Jusqu’à ce qu’au milieu, dans l’embouchure, le trou (disons les choses avec l’exacte poésie de la crudité amoureuse), apparaisse de « là » en « là » exclamés, murmurés : la silhouette humaine.

La joyeuse et sensible vérité de la jouissance

On est charmé, aimanté, on se souvient et on rêve, on est joyeux d’y penser, tant cette séquence élémentaire nous rappelle la joyeuse et sensible vérité qui nous fonde, nous autres humains : la jouissance fait sourire au rien d’où nous naissons pour y retourner et sans quoi nous ne jouirions pas. Cette évidence passée sous le silence des préoccupations quotidiennes et de la pensée dite « sérieuse », Freud la plaçait au cœur, au cœur sexuel de notre « cœur » affectif : « L’amour sexuel nous fait éprouver avec le plus d’intensité un plaisir subjuguant, et par là nous fournit le prototype de notre aspiration au bonheur. » (Malaise dans la civilisation)

De la volupté, Fur Aphrodite a trouvé l’œuf de Colomb

Photo © Fur Aphrodite

Un narcissisme  auto-ironique

Anouk Pragout le décline par l’image et le verbe de façons qu’il va falloir suivre, à l’avenir. Pour le moment c’est, par exemple, des photographies d’elle se moquant d’elle tout en se prêtant au jeu de la nudité promise intégralement. Là encore elle touche juste, avec une maturité vitale : car le narcissisme est nécessaire au sexe, mais devient auto-ironique parce que c’est un jeu de « faire là, là, l’amour ». On feuillettera aussi son Livre de sorcellerie amoureuse, journal d’amour « menstruel », puisqu’écrit à l’encre de ce sang-là, et qui commence par répéter la litanie du désir qui réclame d’être désiré, pour déboucher ensuite, et pertinemment, sur la demande « aime-moi, aime-moi ».
Tant il est vrai que l’humain, quand le désir subjugue, éprouve le besoin d’éterniser.
L’amour est là pour ça.

De la volupté, Fur Aphrodite a trouvé l’œuf de Colomb

Livre de sorcellerie amoureuse (Carnet d’incantations écrit au sang menstruel). © Fur Aphrodite