Sélection essais : De l’éthique sinon rien

Jean Staune, Zygmunt Bauman, Jean-Louis Servan-Schreiber : trois penseurs de notre temps tentent de capter le devenir du monde. Leurs analyses sont pertinentes, leurs raisons d’espérer aiguës. Un point commun les relie : la nécessité d’une éthique qui replace l’humain au centre de notre présent et avenir.

Sélection essais : De l’éthique sinon rien

Jean Staume Les clés du futur.

Jean Staune. Les clés du futur, Réinventer ensemble la société, l’économie et la science [Poche Pluriel]

Il ne faut pas se laisser impressionner ni par le pavé, ni par l’ambition de comprendre les potentialités du futur. La lecture de ce véritable manuel de conscience pour un monde en mutations, paru en 2015, reste deux ans après toujours pertinente. Même si les cinq révolutions simultanément à l’œuvre qu’il décrypte de façon limpide s’accélèrent : « la révolution conceptuelle » implique un monde ouvert sans barrière,  « la révolution technologique » dopée par  « les quatre Internets : de la communication, des objets connectés, des objets imprimés à domicile et, enfin, de l’énergie (qui nous rendra autonomes)« la révolution économique » ou encore ‘’post-capitalisme où l’information et l’intelligence rapportent plus que les machines’’, la « révolution managériale qui doit donner du sens au collaboratif« . Enfin, « la révolution sociétale », celle du passage de l’avoir à l’être » préfigure une « révolution éthique » voulue par une nouvelle génération de consommateurs et que l’auteur appelle de ses vœux. Elle constitue la véritable raison d’espérer d’une écologie intégrée au marché.

 

 

Sélection essais : De l’éthique sinon rien

Zygmunt Bauman – Ezio Mauro. Babel. [CNRS Editions]

L’analyse du « désordre nouveau, mais qui n’est pas sans rappeler Babel » est au cœur du dialogue passionnant entre le sociologue polonais Zygmunt Bauman (décédé début 2017) et Ezio Mauro, directeur du quotidien La Repubblica. Il constitue à la fois une synthèse et un testament de sa critique de la « société liquide », constituée de « solitaires interconnectés » au sein d’un « espace dématérialisé » qui bouscule les finalités du travail et le sens du lien social, au profit d’un divertissement permanent du citoyen devenu spectateur-consommateur. Dans une démonstration aussi claire que vivante, il rappelle qu’une humanité qui se définit plus par ses moyens que par ses fins annonce sa perte. Pour appeler de ses vœux à plus de valeurs éthiques. Décapant.

Sélection essais : De l’éthique sinon rien

Jean-Louis Servan-Schreiber. L’humanité, Apothéose ou apocalypse ? [Fayard]

Adepte d’un optimisme qu’il définit comme « intranquille », « JLSS » invite à sortir du court-termisme – qu’il dénonçait déjà en 2010 dans Trop vite! – pour poser les questions existentielles, sans escamoter les plus terrifiantes pour le futur de l’humanité. Pour y répondre, il a mené l’enquête sur une vingtaine de thématiques au « moment de l’histoire où semblent culminer pour notre espèce les risques comme les opportunités » auprès de penseurs engagés de tous horizons (de Pascal Picq à Edgar Morin). Deux perspectives stimulantes alimentent sa lucidité : assumer le verre à moitié plein de notre histoire, « Bien que très loin d’une société idéale, nous sommes pourtant en train de vivre ce que l’humanité traverse de mieux depuis ses origines.» ; parier sur l’émergence d’un Cinquième cavalier de l’Apocalypse : un humanisme éthique qui prendra le dessus sur les quatre autres qui menacent notre planète : la démographie, le consumérisme, la technofolie et la financiarisation.