Théâtre en mai : la sélection de Lanade

Névrotik Hôtel, Meilleurs Alliés et En attendant Bojangles… Trois pièces avec trois styles totalement distincts ; et néanmoins trois coups de cœur. La première met en scène une diva délicieusement kitsch, tandis que l’autre ressuscite avec force un épisode de la seconde guerre mondiale et la troisième adapte avec succès le roman d’Olivier Bourdeaut.

Névrotik Hôtel, de Christian Siméon [Théâtre des Bouffes du Nord]

Théâtre en mai : la sélection de Lanade

Antoine Kahan et Michel Fau. crédit : DR

Après son célèbre Récital Emphatique, Michel Fau ré-endosse le rôle de la diva dans une tragi-comédie désopilante et jubilatoire. La riche Lady Margaret vient séjourner dans un hôtel kitch, tout de rose bonbon tendu, de la côte d’Albâtre. Éperdue d’ennui et de solitude, elle embauche le groom, Antoine, pour de petits extras.
La trame et les dialogues, signés du dramaturge Christian Siméon (récompensé du Molière en 2007 pour Le cabaret des hommes perdus), sont finement ciselés et enchâssés autour de quinze chansons, majoritairement de Michel Rivgauche.
La pièce est à l’image du comédien-metteur en scène : excessive, déjantée, drôle, mais aussi mélancolique, tragique et sinistre. Et c’est dans ce type de rôle que le talent de l’ex-égérie d’Olivier Py est à son paroxysme. Très belles prestations également d’Antoine Kahan, groom acrobate aux airs de Freddie Mercury et aux accents de Jacques Brel, et des trois musiciens, Mathieu El Fassi, Laurent Derache et Lionel Allemand.

Meilleurs alliés, d’Hervé Bentégeat [Petit Montparnasse]

Théâtre en mai : la sélection de Lanade

Michel De Warzee (Churchill) et Pascal Racan (De Gaulle). Photo © Pascal Gely

De Gaulle-Churchill. Dans ce texte du grand reporter Hervé Bentégeat, les deux hommes visionnaires et providentiels se font face, alors que le débarquement de Normandie est imminent. Churchill a convoqué De Gaulle dans son wagon de commandement à Plymouth, afin qu’il fasse une déclaration aux Français, à la BBC. Mais de son côté, le père de la Vème République veut imposer aux alliés que ses compatriotes participent au jour J. De discussions en tractations, deux des figures historiques les plus marquantes du XXème siècle s’affrontent dans un bras de fer impitoyable, qui met aussi à jour leurs blessures et leurs doutes.
La mise en scène de Jean-Claude Idée (metteur en scène, dramaturge et professeur franco-belge) sert parfaitement le texte ; les personnages sont magistralement interprétés par deux grands comédiens belges et deux français. Saluons notamment la performance du premier prix du conservatoire d’art dramatique de Bruxelles, Pascal Racan (Christian Herinckx de son vrai nom), impressionnant de justesse en Charles De Gaulle, et à qui Michel de Warzée donne brillamment la réplique. Quant aux deux « souffre-douleurs », ils sont parfaitement campés par Laurent d’Olce et Denis Berner.

En attendant Bojangles, d’après Olivier Bourdeaut [Théâtre de la Pépinière]

Théâtre en mai : la sélection de Lanade

Anne Charrier, Victor Boulenger et Didier Brice. Photo © E velyne Desaux

Avec cette adaptation du roman d’Olivier Bourdeaut, paru en 2016 aux éditions Finitude, le spectateur pénètre dans l’univers désuet et suranné, enchanté et poétique de l’écrivain bordelais. L’histoire, qui n’est pas sans rappeler Gatsby le magnifique de Francis Scott Fitzgerald ou Accordez moi une valse, de sa femme Zelda, c’est celle de Georges et Georgette, Hortense ou Louise. Et de leur fils, qui « ment à l’envers ».
Victoire Berger-Perrin, qui a notamment travaillé au Théâtre du Soleil, signe ici sa première adaptation et la mise en scène magnifiée par un décor tout en finesse de Caroline Mexme. Il réussit joliment à capter le grain de cette famille loufoque et rafraichissante, légère et sombre, qui danse du matin jusqu’au soir sur « Mr. Bojangles » l’air de Nina Simone, pour oublier l’insoutenable lourdeur de l’être.
Les comédiens Didier Brice, Victor Boulenger et la pétillante Anne Charrier incarnent avec brio l’univers romanesque d’Olivier Bourdeaut.