Le vin & la musique : exposition à la Cité du Vin à Bordeaux

Deux ans après son ouverture, la Cité du Vin à Bordeaux présente une riche exposition consacrée aux accords (et désaccords) entre le vin et la musique. Les gourmands y trouveront un prélude apéritif au flambant neuf Marché de Bacalan.

Le vin & la musique : exposition à la Cité du Vin à Bordeaux

Gerard van Honthorst-Les chanteurs RMN

Tous les amateurs de musique connaissent le fameux « Libiamo » de La Traviata et le « Je suis un peu grise » de La Périchole. Les « tubes » de Verdi et Offenbach se retrouvent avec plaisir dans l’exposition Le Vin & la Musique, accords et désaccords qui ouvre ses portes à Bordeaux, ils côtoient d’autres œuvres moins connues, tout aussi passionnantes à commencer par les différentes figures de Bacchus illustrées dans l’Antiquité, le ballet de cour du 17e siècle pour finir avec les chansonniers, les tavernes et autres « goguettes » ouvrières au 19e.

Le boire et le son, dialogue incessant

Richement illustré, le parcours de la Cité de la Musique intéressera avant tout les amateurs de musique, pour la vaste histoire de la musique qu’il présente de la Renaissance au 19e siècle. Certes, si les chefs-d’œuvre comme le Bacchus de Caravage n’ont pu être décrochés de leurs cimaises, les œuvres sélectionnées autant pour leur qualité que leur valeur documentaire nourrissent le dialogue incessant entre le boire et le son; des céramiques grecques venues du Louvre et de la Bibliothèque Nationale aux  instruments de musique, tel l’imposant virginal double de Martinus van des Biest (Anvers, 1580) venu de Nuremberg et La Chambre de Rhétorique, d’un anonyme des Pays Bas daté de 1659. Sur cette étonnante huile sur bois venue du Musée Franz Hals de Haarlem, le visiteur reconnaîtra dans l’assemblée d’orateurs et de musiciens les figures de Calvin et de Luther, jouant du luth.

Boire ensemble

« Boire ensemble est aussi un témoignage d’amitié, qui se fait en se donnant l’un à l’autre quel repas. Il l’est aussi de réconciliation : car quand veut raccommoder des gens brouillés, on dit qu’on les fera boire ensemble. On dit même en ce sens au figuré, quand les voix, ou les instruments de deux musiciens ne sont pas d’accord, qu’il les faut faire boire ensemble. » Antoire Furetière, Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes (…) article «  Boire » (La Haye Rotterdam, 1690, reprint Genève Slatkine, 1970, 3 vol. )

Le vin & la musique : exposition à la Cité du Vin à Bordeaux

Maître de cortèges, Le cortège du boeuf gras,  Paris, Vers 1640, musée national Picasso Paris

De Dionysos aux cabarets

Dans sa mise en espace chaleureuse, l’architecte-scénographe Loretta Gaïtis fait alterner les œuvres – peintures, gravures, objets décoratifs – avec des vitrines de documents, des livres et partitions, des maquettes de théâtre et bien sûr une dizaine d’enregistrements qu’on écoute au casque, devant leur évocation visuelle. La progression s’effectue au rythme de six sections liées entre elles par des agrandissements panoramiques de partitions et de dessins. On commence avec Dyonisos, les triomphes et cortèges bachiques suivis des Bacchanales, ballets et bals populaires, illustrés musicalement par « Le triomphe de Bacchus dans les Indes »  une mascarade créée par Jean-Baptiste Lully en 1666, plusieurs œuvres de Jean-Philippe Rameau, natif de Dijon et le rare opéra de Jules Massenet « Bacchus » (1909). Suivent une section sur Amour et Ivresse, riche en gravures et une sur les Figures de caractère et les Allégories, cette dernière particulièrement développée dans le catalogue. Les dernières parties se consacrent aux Concerts et Tables Galantes puis aux Banquets, Tavernes et Cabarets.

Airs et chansons à boire

« Au fil du XVIIe siècle, les airs vont conquérir la sphère privée (la ville, ses salons et ses cabarets) tandis que les chansons se font de plus en plus rares. Quelques années après cette phase de transition, la dénomination plus générale d’ airs sérieux et à boire apparaîtra, en 1668 précisément avec la publication du troisième livre de Jean Sicard, compositeur parmi les plus prisés de l’époque.

En définitive, ces airs et chansons constituent en France le principal corpus de musique profane du XVIIe siècle. Conçus pour être interprétés par un petit nombre de musiciens (de un à quatre chanteurs qui peuvent être accompagnés par un ou deux instrumentistes), ce sont généralement des pièces assez courtes, offrant quelques minutes de musique tout au plus. Lorsqu’elles ne traitent pas du vin, elles explorent le plus souvent toutes les facettes des rapports amoureux. » Définition, diffusion et réception par Robin Bourcerie, extrait du catalogue. Le vin et la musique. Accords et désaccords.

Le vin & la musique : exposition à la Cité du Vin à Bordeaux

Au nouveau marché de Bacalan, on fait ses courses et on s’installe où on veut pour déjeuner. Photo @ Isabelle Bachelard

De la Cité du Vin au Marché de Bacalan

Dans un des trois cabinets d’écoute collectif, les enregistrements inédits de chansons et d’airs populaires du 19e siècle, comme le Chansonnier ou Rions, chantons, aimons, buvons méritent d’être écoutées avec attention. On comprend que l’écriture musicale était simple puisque les chanteurs n’étaient pas de vrais professionnels, mais les paroles sont pleines d’enseignement.

Inauguré à la fin de 2017, le marché de Bacalan, se trouve juste en face de la Cité du Vin. Personne n’y chante – encore – mais l’ambiance y est joyeuse et gourmande. Une quinzaine d’étals y présente l’élite de la production du Sud-Ouest, à emporter ou à consommer sur place. Viandes maturées et volailles voisinent avec truffes, poissons, charcuterie et primeurs, ainsi que plusieurs comptoirs et un caviste. L’idéal dès qu’il fait beau est de faire son marché de produits bruts et de s’installer avec aux tables devant les quais. Après avoir choisi un verre ou une bouteille chez Vinimarché.

Le vin & la musique : exposition à la Cité du Vin à Bordeaux

Des verres de vin abordables au marché de Bacalan. Photo @ Isabelle Bachelard