Voyages

A la recherche de Gustave Flaubert en Normandie

Auteur : Thierry Dussard
Article publié le 13 octobre 2021

Deux cent ans après sa naissance, Gustave Flaubert caracole toujours en Normandie, et festoie en librairie. L’ « ébéniste de la plume » de Madame Bovary n’a pas vieilli, son œil au laser et sa corrosive ironie épatent le lecteur, et séduisent toujours autant. Thierry Dussard, auteur de Fantaisie vagabonde, en Bretagne avec Flaubert (Paulsen) se glisse à son tour sur les pas du bourlingueur normand !

Rouen, un point départ cohérent

La chambre natale de Flaubert à l’Hôpital de Rouen, où son père était chirurgien en chef Photo Thierry Dussard

Autant commencer par le lieu où il est né, un hôpital où son père Achille Flaubert était chirurgien en chef. C’est aujourd’hui le Musée Flaubert et d’Histoire de la médecine, on y trouve un étonnant perchoir à sangsues, et autres instruments incongrus, mais surtout la chambre où l’écrivain a vécu ses premières années, et une très belle exposition retraçant sa vie. Son masque mortuaire a même été prêté par le musée Carnavalet, afin de boucler ce parcours voué à la littérature, à « l’Art », disait-il. Gustave n’ayant épousé ni femme, ni emploi salarié.

Un musée Bovary ?

La maison Marrou, siège de l’expo « Madame rêve en Bovary », 29 rue Verte à Rouen. Photo Thierry Dussard

Madame Bovary renaît, elle aussi, dans une expo « immersive » (le mot ferait se gondoler Gustave), installée dans la maison Marrou, qui se prête bien à ce voyage imaginaire dans le monde d’Emma. Cette femme cherchant à échapper à son mariage raté par la dette et l’adultère, qui a donné naissance malgré elle au « bovarysme ». Cela consiste à « demander des oranges à un pommier », écrivait Flaubert dans une lettre, ou à « baiser plus haut que son cul », confie le romancier Régis Jauffret. La scénographie remarquable conduit le visiteur dans un dédale propre à faire tourner les tables, et les têtes.

L’abbaye de Jumièges, creuset de voyages

L’Abbaye de Jumièges, « la plus belle ruine de France », disait Victor Hugo Photo Thierry Dussard bd

Cet itinéraire Flaubert peut sauter la case Croisset, et le pavillon que l’on aperçoit de la route à Canteleu, encore vide après avoir été tout juste restauré pour le bicentenaire.
En revanche, on peut prolonger jusqu’à l’abbaye de Jumièges, ne serait-ce que pour le superbe édifice qui se dresse à ciel ouvert, et l’exposition de photographies retraçant le voyage en Orient de Flaubert et Du Camp. Après avoir fait le tour de la Bretagne à pied, les deux amis sont en effet repartis en Egypte et au Liban, carnet en main pour l’un et chambre photographique pour l’autre. Juliette Agnel, une jeune photographe, s’est embarquée au fil du Nil sur leurs traces, et confronte son regard lumineux à celui des pionniers de l’image fixe.

Le Musée Victor Hugo de Villequier

Le musée Victor Hugo à Villequier, qui donne sur le chemin de halage en bord de Seine Photo Thierry Dussard

Plus en aval, le long de la Seine, la balade se conclut en apothéose à Villequier, au Musée Victor Hugo. « Ce vieux burgrave est un homme exquis », disait Flaubert… quand il ne parle pas de politique. Il faut donc pousser la porte de ce jardin extraordinaire, et pénétrer dans la Maison Vacquerie, la demeure d’un armateur du Havre. (Son fils avait épousé Léopoldine Hugo, et ils se noieront accidentellement). Le voyage en Orient de Flaubert s’y poursuit, et l’on comprend qu’il s’inscrit dans une vague orientaliste sur laquelle l’auteur de Salammbô va surfer.

Casser les mythes

Le pavillon du jardin, seul vestige de la maison de Flaubert à Croisset, Canteleu Photo Thierry Dussard

Elle contredit en tout cas le mythe de l’écrivain reclus dans sa tanière, car en dépit d’une « ourserie » revendiquée, Flaubert aura beaucoup bourlingué. «  De toutes les débauches possibles, le voyage est la plus grande que je sache, c’est celle-là qu’on a inventée quand on a été fatigué des autres », écrit-il sur la route du retour d’Egypte, après avoir fait le plein de sensations et de rencontres. Il est prêt à plonger dans le grand bain de l’écriture, et dans un infernal goutte à goutte quinquennal, parce qu’il lui faut cinq ans avant de mettre un point final à chacun de ses récits.

Après le plein de sensations et de rencontres

Portrait de Flaubert par Paul Baudoüin, à la Bibliothèque municipale de Rouen Photo Thierry Dussard

Que cela soit Madame Bovary, ou L’Education sentimentale, c’est le tempo d’un ébéniste de la plume, dont l’encrier en forme de grenouille sera bientôt exposé à la Bibliothèque municipale de Rouen. « Oui, toute son œuvre est sortie d’une plume d’oie trempée dans la bouche d’un batracien », sourit Yvan Leclerc, le grand spécialiste de Flaubert.

@ThierryDussard

Suivre Flaubert en Normandie

Lire

  • Un automne de Flaubert, Alexandre Postel, Gallimard (lire Singulars)
  •  Album Gustave Flaubert, Yvan Leclerc, éd. Gallimard
  • Flaubert, itinéraire d’un écrivain normand, Stéphanie Dord-Crouslé, éd. Gallimard
  • Le dernier bain de Flaubert, Régis Jauffret, éd. Seuil
  • Fantaisie vagabonde, en Bretagne avec Flaubert, Thierry Dussard, éd. Paulsen

Conseils

Dormir à l’Hôtel Littéraire Gustave Flaubert, 33 rue du Vieux Palais, 76000 Rouen

S’attabler au Bistrot Flaubert, 10 rue Gustave Flaubert, 75017 Paris

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