A Chinon, chaque année une nouvelle vision de Rabelais

Pour resserrer le lien qui les unit à François Rabelais, les vignerons de Chinon ont créé un festival original. Chaque année Les Nourritures Élémentaires animent la ville et ses abords, ses caves, ses musées et ses cafés.

A Chinon, chaque année une nouvelle vision de Rabelais

Retisser un lien profond entre Rabelais et son terroir

Le portrait de François Rabelais s’affiche très souvent sur les étiquettes des vins de Chinon, fameux cru rouge de Touraine qui borde la Vienne – et non la Loire comme on le croit souvent. L’écrivain humaniste (1483/4-1564) est né à Seuilly, au sud-ouest de la ville de Chinon, un village qui a été rattaché (enfin) à l’appellation Chinon à partir de la récolte 2016, mais son oeuvre multiple était en fait très mal connue des vignerons. C’est pour cela qu’est né le festival Les Nourritures Elémentaires, afin de retisser un lien profond entre Rabelais et ses vignerons. Et bien sûr aussi pour brancher un coup de projecteur sur les vins, rouges issus de cabernet franc (appelé aussi breton) et rares blancs de chenin blanc, en évoquant des romans qui ont marqué les esprits, quatre siècles plus tard, Les Nourritures Terrestres d’André Gide et plus récemment Les Particules Elémentaires de Michel Houellebecq.

En 2016, le thème du rire a été choisi « parce que rire est le propre de l’homme » comme l’écrit Rabelais dans Gargantua. En 2017, on parla guerre et paix autour de l’auteur des guerres picrocolines. Le philosophe Pascal Taranto fit la part des choses dans sa conférence « Comment le rire triomphe de l’horreur », à visionner ci-dessous…

En 2018, Les Nourritures Elémentaires reviennent à un thème plus doux, le corps. Du 1er au 4 novembre, Chinon convie les bons vivants comme les aventuriers de l’esprit à observer le corps sous toutes ses coutures et dans ses hauts lieux patrimoniaux, la forteresse de Chinon, la Maison Max Ernst, l’abbaye de Seuilly et bien sûr les Caves painctes, le « ventre » de Chinon où la famille de Rabelais conservait ses meilleurs flacons. Là se tiendra le banquet du samedi soir, concocté par Les artistes Nicolas Simarik et Olivier Dohin, autour d’un « arbre à cuire » et des meilleurs vins de l’appellation, le tout mis en lumière par la Compagnie des Beaux Matins et Jean-Yves Pénafiel pour la mise en son.

A Chinon, chaque année une nouvelle vision de Rabelais

La Devinière à Seuilly maison natale de François Rabelais. Photo © Isabelle Bachelard

Le corps rabelaisien

L’écrivain savant Rabelais était aussi médecin, il s’est intéressé au corps en le distordant de toutes les façons dans son oeuvre de fiction. Gargamelle n’accouche-t-elle pas d’une oreille ? Les corps ne sont-ils pas démesurés dans leur taille ou dans leur fonction ? Le corps, poétique, médical, grotesque, radical, érotique, scatologique, est souvent la porte d’entrée dans le texte. Rabelais sert une pensée humaniste basée sur la volonté d’éducation, la nécessité de l’exercice physique pour développer sa force, être en forme et bien apprendre, le bien vivre pour être heureux. Il développe aussi l’idée d’un corps collectif, la masse, la bataille, l’esprit de corps et la pensée humaniste commune au groupe.

A Chinon, chaque année une nouvelle vision de Rabelais

Les vignes de la Devinière à Seuilly, qui accueillaient en 2016 une exposition autour du rire chez Rabelais. Photo © Isabelle Bachelard

Blasons anatomiques, performance chorégraphique, architectures sonores

Sur la riche thématique du corps, l’oeno-culture va battre son plein, mais joyeusement. Trente minutes suffisent aux chercheurs les plus pointus pour diffuser simplement leurs idées : conférence de Julien Goeury, spécialiste de la littérature de la Renaissance sur les blasons anatomiques féminins, des poèmes qui encensent les charmes du corps de la femme, projection du rare film « Un projet important » de Louise Hervé et Chloé Maillet qui évoque l’implantation de souvenirs virtuels dans le cortex humain, danse avec Sophiatou Kossoko, promenade à travers des œuvres sonores dans la Forteresse de Chinon, évocation du grotesque dans l’oeuvre de Rabelais par Stéphan Geonget, professeur de littérature du Centre d’études supérieures de la Renaissance, étude sur les jouissances du corps et de la parole dans l’oeuvre de Rabelais par le psychanalyste Pierre Naveau. La plupart des activités sont suivies ou précédées d’une dégustation !

A Chinon, chaque année une nouvelle vision de Rabelais

Carte de l’AOC Chinon