Nécrologie de Phil Spector, créateur génial à la paranoïa galopante.

[And so rock ? V] Phil Spector a définitivement quitté ce monde le 16 janvier 2021. Le producteur de génie du dernier Beatles, aux Ronettes, de John Lennon, George Harrison à Ike & Tina Turner fut autant visionnaire concepteur du Wall Of Sound qu’une personnalité disons “agitée”. L’homme qui aura réussi à terroriser les Ramones, pourtant pas un groupe de lapins de six semaines et menacé flingue en main, entre autres John Lennon vient de mourir en prison après avoir été condamné pour meurtre en 2011.

Parfait représentant de la dramaturgie américaine dans ce qu’elle a de plus délirante, du “paradise” à l’enfer.

Né le 26 décembre 1939 dans le Bronx à New-York, à dix ans son père se suicide. Sa famille juive qui est émigrée de Russie s’exile en Californie.

To Know Him Is To Love Him” son premier titre et premier n°1, à 19 ans. Phil Spector s’est directement inspiré de l’épitaphe sur la tombe de son père. Rien ne semble pourtant annoncer un long destin quelque peu dérangé, d’un producteur constamment affublé d’une paire de lunettes noires.

Une légende à double face. 

Sur la face A, un génie qui révolutionne les techniques d’enregistrement et envoie de sa console une flopée de succès faramineux en orbite, dont les immortels “You’ve Lost That LovinFeeling” et “Unchained Melody” interprétés par les Righteous Brothers.

Face B, un démiurge paranoïaque, cocaïnomane notoire, bipolaire avéré fasciné par les armes à feu, qui n’hésite pas à menacer ceux qui le contredisent et à terrifier ses chanteuses dont son épouse Ronnie qu’il façonne en Pygmalion intraitable. Celle-ci racontera plus tard dans une autobiographie l’enfer de vie qu’il lui aura fait mener. A l’âge canonique de 25 ans il est multimillionnaire, ses talents de grand couturier sonore vont marquer de leur empreinte quelques chefs d’œuvres incontournables de la pop musique.

En 1966 son échec patenté aujourd’hui considéré comme une référence incontournable du genre “River Deep, Mountain High” du duo lui aussi explosif Ike et Tina Turner le verra se retirer momentanément du milieu artistique.

Il produira “Let It Be” qui lui vaudra l’ire de Paul McCartney lui-même pour ses monceaux de cordes sur “The Long And Winding Road”. L’histoire raconte qu’il emporta les bandes d’enregistrement afin de les remanier à sa façon…

Proche de John Lennon, celui-ci lui confiera les rênes de la console pour ses albums excusez du peu “Plastic Ono Band”, “Imagine” et “Rock’n’Roll”. Pour ce dernier, Phil Spector qui trouve l’entourage de Lennon envahissant menacera tout le monde dans le studio avec un fusil. Il se sauvera avec les bandes (une habitude), que l’ex Beatles récupérera quelques mois plus tard. Il sera également derrière l’un des plus grands singles de tous les temps, le “Instant Karma” du grand John.

Il sera aussi au chevet du grand œuvre de George HarrisonAll Things Must Pass”.

En 1974, Brian de Palma dans son film “Phantom of the Paradise” s’inspire de son personnage le producteur faustien, Swan.

Les années 80 le voient produire l’album “End Of The Century” du groupe punk The Ramones qu’il réussit également à effrayer.

Un album avorté de Céline Dion plus tard, il dira “on n’apprend à Mozart à faire de la musique”, il n’apparaîtra plus que sporadiquement pour deux titres sur un album du groupe aujourd’hui aux oubliettes Starsailor.

Enfermé par ses démons

Jusqu’à la funeste nuit du 2 au 3 février 2003, où sérieusement imbibé, il ramène chez lui une actrice de série B devenue hôtesse de bar, Lana Clarkson. Au petit matin, elle est retrouvée une balle dans la tête. “Je crois que je viens de tuer quelqu’un”, “elle a embrassé le revolver j’ignore pourquoi”, seront ses mots.

Après de multiples péripéties judiciaires, Phil Spector est définitivement condamné en mai 2011 à 19 ans de prison. Il n’en sortira pas puisqu’il vient de mourir à l’âge de 81 ans des suites… du Covid. De la grâce qui lui aura permis de conquérir le cœur des adolescents du monde entier en leur dédiant des monuments sonores onoubliables … à la disgrâce pathétique d’un homme à la folie nourrie d’égarements égomaniaques…Pas de doute nous sommes bien en Amérique.

#CalistoDobson