Théâtre : Les Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet par Philippe Caubère (Avignon)

Après deux spectacles en alternance les jours pairs et impairs au Théâtre de l’Œuvre*, un succès public pendant plus de 5 mois et une nomination pour les Molères 22 , Philippe Caubère poursuit sa déclaration d’amour pour le monde merveilleux et cruel d’Alphonse Daudet (1840-1897) avec une nouvelle sélection de contes pendant le Festival d’Avignon. La gourmandise truculente du comédien qui incarne tous les personnages de ces contes burlesques ou graves libère le souffle de la Provence et révèle la subtile profondeur d’un auteur populaire.

Faire revivre la verve de Daudet 

Philippe Caubere ne cache pas son plaisir de partager Les Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet (L’Œuvre) Photo Sébastien Marchal

Performance bluffant que livre le comédien. Tantôt narrateur truculent, tantôt personnages archétypaux, burlesques ou dramatiques, le natif de Marseille se glisse dans les mimiques de chacun, et même de Dieu ! Surfant sur le verbe gourmand d’Alphonse Daudet, il décline une brassée d’émotions et de situations où larmes et rires se succèdent.

Tous les enfants se sont plus ou moins frottés aux Lettres de mon moulin se souvenant au moins du combat épique de la pauvre mais courageuse Chèvre de Monsieur Seguin. Philippe Caubère la transfigure par son allant et son plaisir communicatif à faire vivre les personnages  pour le plus grand bonheur des jeunes spectateurs et des adultes qui redécouvrent une fable plus profonde qu’il n’y paraît.

Un auteur à découvrir

D’autres histoires moins connues nous entrainent vers des contrées plus sombres de l’âme humaine. Avec des degrés de complexité ou de gravité variées, qui permettent de capter l’attention au fil de l’eau des différents publics à des âges différents. Certaines Lettres, comme La diligence de Beaucaire ou La légende de l’homme à la cervelle d’or montrent toute  la finesse d’un écrivain prolixe – entrée dans la prestigieuse Pléiade – qu’il ne faut (surtout) pas réduire à un conteur provincial.

Philippe Caubère a la Provence dans le sang.

Philippe Caubère joue avec gourmandise tous les personnages et même leur auteur des Lettres de mon Moulin (L’Œuvre) Photo Sébastien Marchal

Sa magnifique carrière commence au Théâtre d’Aix-en-Provence en 1968. Son long compagnonnage avec le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine jusqu’en 1977 servira notamment à écrire Le Roman d’un acteur qui lui prendra 10 ans de sa vie, fresque déclinée en plusieurs spectacles où il raconte son enfance, ses débuts et les paradoxes du métier de comédien.
Depuis, le théâtre a largement rempli son parcours, même s’il a fait des remarquables incursions au cinéma, notamment dans  La Gloire de mon père et Le Château de ma mère d’Yves Robert en 1989.
Habitué des « seul en scène », jouant les spectacles qu’il écrit L’homme qui danse (2010), Adieu Ferdinand en 2017, puis Adieu Ferdinand ! Suite et Fin, deux ans plus tard.
Au Théâtre de l’Œuvre, son plaisir évident à croquer les situations brossées par Alphonse Daudet est communicatif !
Vous l’avez compris, c’est un spectacle qui fait œuvre utile à voir en famille.

#PatriciadeFiguieredo

Pour aller plus loin : Anne-Simone Dufief, Gabrielle Melison-Hirchwald, Roger Ripoll, Dictionnaire Alphonse Daudet. Champion, 2019

Au Théatre de l’Œuvre (saison 21-22)

  • jours impairs : Installation, La diligence de Beaucaire, Le secret de Maître Cornille, La chèvre de Monsieur Seguin, L’Arlésienne, La légende de l’homme à la cervelle d’or, Le curé de Cucugnan, Le poète Mistral,
  • jours pairs : La mule du Pape, Les deux auberges, Les trois messes basses, L’élixir du révérend père Gaucher, Nostalgie de casernes.

Philippe Caubère en a imaginé un troisième sélection pour Avignon : Le Phare des Sanguinaires, L’Agonie de « La Sémillante », Les Vieux, Le portefeuille de Bixiou, En Camargue (Le Départ, La cabane, Le Vaccarès) et Les Étoiles