Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Associer les arbres et la vigne en s’inspirant de la forêt, l’agroforesterie est un des projets innovants porté par les vignobles Bordeaux Vineam. Une viticulture ancestrale et actuelle, dont les prémices sont déjà en bouteille.

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Des écoliers de grande section et de CP de l’école de la commune de Le Plan-sur-Garonne préparent la plantation de haies sur une parcelle du Château Grand Ferrand. Photo © Corporate Vineam

Le 26 mars 2019, un groupe d’enfants de la région bordelaise a eu l’occasion de faire une vraie école buissonnière, sous le regard de leur maître et sans risque de se faire gronder. Ces élèves de grande section et CP de l’école Le Plan-sur-Garonne sont venus faire des trous dans la terre pour y enfouir de jeunes plants qui fourniront bientôt 200 m2 de haies autour d’une parcelle de vigne. Cette opération qui aura, on le souhaite, ouvert des horizons à plusieurs générations, est la 2è étape du vaste projet d’agroforesterie initié par Bordeaux Vineam, afin de créer une « Cuvée des mille arbres aux 50 cépages ».

Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Intégrer des arbres dans les vignobles permet, notamment, d’apporter de la fraîcheur et de l’ombre lors des épisodes caniculaires. Photo © Corporate Vineam

Une agriculture inspirée de la forêt

L’agroforesterie regroupe toutes les techniques agricoles qui intègrent l’arbre dans un environnement de production et s’inspirent du modèle de la forêt. L’ICRAF (Centre internationale pour la recherche en agroforesterie) le définit précisément en « un système dynamique de gestion des ressources naturelles reposant sur des fondements écologiques qui intègre des arbres dans les exploitations agricoles et le paysage rural et permet ainsi de diversifier et maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre. »

L’arbre, allié naturel de la vigne

Faire revenir dans les vignes ses alliés naturels, les arbres et les haies est l’ambition de Bordeaux Vineam, focalisée en 2018 sur une parcelle du Château Grand Ferrand (parcelle cultivée en agriculture biologique depuis 2014) à Sauveterre-de-Guyenne, en Bordelais. La 1ère étape est intervenue en 2018, avec la plantation de 110 arbres de variétés différentes sur 2 ha. Cette année ont été ajoutés 200 m2 d’arbustes pour entourer de haies une partie du lieu tandis que 4 000 nouveaux pieds de vignes issus de 15 cépages étaient implantés dans la parcelle. En 2020, ce sera le tour des anciens plants de vigne de la parcelle, des merlots, d’être surgreffés pour donner vie à 35 nouveaux cépages. Enfin, en 2021, un point d’eau sera créé pour répondre aux besoins de toute la faune environnante. Ce sera aussi la 1ère récolte des raisins et le 1er millésime de la « Cuvée des mille arbres aux 50 cépages », une cuvée de 8 000 bouteilles. On espère que la qualité de cette cuvée sera à la hauteur de son immense vertu symbolique.

Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Jean-Bapsite Soula et Yuan You. Photo © Isabelle Bachelard

Bordeaux Vineam, 6 châteaux en Aquitaine

Bordeaux Vineam ? Drôle de nom pour des vins de Bordeaux. Certains penseront à une marque de coopérative agrégeant des initiales tandis que sa consonance latine évoquera à d’autres un impératif qui encouragerait à boire du vin de Bordeaux (plus que la bulle papale publiée en 1705 par Clément XI, Vineam Domini Sabaoth, un peu oubliée). Il n’en est rien, c’est un ensemble de propriétés et châteaux implantés en Aquitaine, à Bordeaux et Bergerac : Moulin à Vent (Cru Bourgeois du Medoc, doté d’une équipe à 100% féminine), Grillon (Sauternes), Rocher Bellevue (Castillon côtes de Bordeaux), Bourdicotte (Entre-Deux-Mers), Grand Ferrand (Entre-Deux-Mers) et La Salgre (Bergerac). A la tête de ces 270 ha, Jean-Baptiste Soula, un basco-béarnais-catalan arrivé presque par hasard à la vigne. Pendant ses études de chimie, il ne savait même pas que l’oenologie existait. Il s’est bien rattrapé depuis. Sa chance lui a été donné par Jacques et François Lurton, des bordelais globe-trotters qui l’ont envoyé créer un chai sur les bords de la Mer Rouge en Egypte, en Arménie ou en Georgie.

Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Jean-Baptiste Soula, au restaurant Elmer – 30 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris -, avec un verre de Sauternes Château Grillon, bio et vinifié sans ajout de soufre, un vin ample, équilibré et complexe. Photo © Pierre d’Ornano

Un credo : la « viticulture par la vie »

Aujourd’hui le vignoble Bordeaux Vineam qu’il dirige s’étend sur 8 appellations de la région bordelaise et de Bergerac. Tout est conduit en agriculture biologique et dans le respect de la certification Haute Valeur Environnementale, HVE III, la plus haute et la seule qui ait désormais une véritable valeur. Mais comme l’affirme aujourd’hui Jean-Baptiste Soula, « le bio et le HVE, c’est déjà dans le rétroviseur ». De même que la vinification sans soufre ajouté, parfaitement maitrisée grâce à un suivi de vinification rigoureux dans des conditions d’hygiène extrême et une mise en bouteille précoce. A la viticulture « par le vide » on préfère ici une viticulture « par la vie » : on plante de la féverole comme engrais vert pour enrichir le sol et on en mange les fèves. « Ce savoir-faire naturel, ancestral et antérieur à l’avènement du tout chimique, doit produire des vins meilleurs que ceux que buvaient nos aïeux. Nous voulons que nos pratiques culturales respectueuses de leur environnement deviennent la norme de demain, pourvoyeuse de vins premium, sains et abordables » conclut-il.

Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Sauternes Château Grillon 2016, Parole de Terroirs. Photo © Pierre d’Ornano

Une Chine très bordelaise

Le plus étonnant c’est que Bordeaux Vineam appartient à une société chinoise. Sa présidente Yuan You était à Bordeaux pour le salon Vinexpo. Elle expliquait que le bio est aujourd’hui sur toutes les lèvres en Chine ; et son désir de créer un pont entre les deux cultures chinoises et françaises. Elle précisait : « L’éducation est une priorité pour nous, nous organisions des dégustations tous les jours dans nos boutiques. Et comme il est difficile d’imaginer le terroir, nous emmenons les gens dans la montagne et nous leur servons du thé. Certains thés chinois sont plus chers qu’une bouteille de Petrus ».

Agroforesterie dans les vignes : Bordeaux Vineam innove

Dégustation de cuvées Vineam à la table du restaurant Elmer, 30 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris. Le vert était aussi dans le plat, de saison… Photo © Pierre d’Ornano