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Avec O.T.A, la basket à la semelle en pneu recyclé, Arnaud Barboteau remet la route aux pieds des gens

Auteur : Anne-Sophie Barreau
Article publié le 18 avril 2023.

[Pour un textile éthique] Loin de l’imagerie héroïque de la course automobile, six pneus arrivent en fin de vie toutes les secondes rien qu’en Europe avec pour corollaire des effets calamiteux au plan écologique. Depuis 2018,  Arnaud Barboteau, le fondateur d’O.T.A – pour « On The Asphalt » -, a lancé la basket unisexe à la semelle en pneu recyclé, qui remet, au sens littéral  comme il le dit joliment à  Anne-Sophie Barreau  « la route aux pieds des gens » tout en rappelant qu’ « avoir un impact positif sur le monde, ça commence tous les matins quand on s’habille ». Moteur !

Avec OTA, Arnaud Barboteau remet la route aux pieds des gens Photo DR

O.T.A On The Asphalt aide de vieux pneus à reprendre la route
et à faire encore quelques kilomètres sur l’asphalte. 

Arnaud Barboteau, fondateur d’O.T.A , ou le pneu, de la voiture à vos pieds

Une semelle inusable 

C’est une vidéo d’un enfant en Afrique « en train de découper un rectangle dans un vieux pneu avant d’en faire une sandale » qui a donné à Arnaud Barboteau l’idée de lancer la marque O.T.A, la chaussure à la semelle en pneu recyclé. « Je n’y ai vu que des avantages, confie celui qui a longtemps travaillé en tant qu’acheteur textile dans la grande distribution, cela permettait de recycler le pneu, un déchet non biodégradable –   l’équivalent d’un pneu toutes les trois paires produites NDLR –, qui plus est, du fait de la robustesse du pneu, d’avoir une semelle beaucoup plus résistante ».

J’ai des amis qui m’ont acheté des paires au lancement il y a cinq ans et qui les portent toujours aujourd’hui.
Arnaud Barboteau, fondateur d’O.T.A 

Des produits pour durer dans le temps

Les basquets O.T.A à la semelle en pneu recyclé sont taillées pour la route Photo DR

Recherche de partenariats, process industriel, recherche tout court – « quand on propose un nouveau produit d’innovation, on n’arrête pas de faire des tests » – le jeune entrepreneur, avec le soutien du ministère de la Culture, du programme « Au-delà du cuir », et d’Aliapur, acteur de référence dans le recyclage des pneus usagés, met plus de deux ans à développer cette semelle « entre 20 et 80% moins abrasive que celles que l’on trouve sur le marché et encore plus résistante que les chaussures de l’armée ».
Une semelle inusable au design résolument sobre : « En plus du pneu, j’utilise principalement le cuir qui est de loin le matériau le plus résistant pour les chaussures. Ces produits vont durer dans le temps, il fallait donc qu’ils ne se démodent pas, d’où ce parti d’une ligne sobre. J’ai des amis qui m’ont acheté des paires au lancement il y a cinq ans et qui les portent toujours aujourd’hui ».

Eco-responsabilité à tous les étages

Je m’interdis d’utiliser les matériaux vegan à base de raisin et de pomme qui ont aujourd’hui le vent en poupe comme une alternative au cuir, car ils sont en grande majorité en polyuréthane, donc en plastique.
Arnaud Barboteau, fondateur d’O.T.A 

Le modèle 211 se décline donc en plusieurs versions de couleurs. Photo DR

Grâce à cette semelle d’avenir, O.T.A reçoit haut la main son brevet d’éco-responsabilité. Pourtant, quand le sujet est évoqué, son fondateur fait preuve d’une grande mesure : « Le concept d’éco-responsabilité est tellement vaste, chacun a son avis sur la question ».

Sa position, quoi qu’il en soit, est claire : « Je m’interdis d’utiliser les matériaux vegan à base de raisin et de pomme qui ont aujourd’hui le vent en poupe comme une alternative au cuir, car ils sont en grande majorité en polyuréthane, donc en plastique – il faut en effet un liant entre les déchets -, en outre, ils sont beaucoup moins résistants dans le temps. Je ne les utilise donc pas même si a priori dans les calculs d’émission de CO2, ils ont moins d’impact que le cuir, mais a priori seulement : le calcul des émissions de CO2 du cuir prend en compte l’élevage des bêtes or le cuir utilisé dans la maroquinerie et les chaussures est un déchet… ». Autre illustration : proposer un produit fabriqué dans « des conditions décentes », en l’occurrence en Europe « où la réglementation, en matière sociale et environnementale, est beaucoup plus rigoureuse qu’en Asie ».

L’ expertise en matière de vestiaire éco-responsable, un ami en prime : Noyoco

Dans ce contexte, le partenariat scellé depuis l’origine avec le vestiaire mixte Noyoco – la marque a été le premier distributeur d’O.T.A en 2018 – allait de soi tant les deux parties partagent les mêmes valeurs. « C’est une marque qui produit 100% en Europe et qui n’utilise que des produits naturels, et au maximum des tissus recyclés, du lin, du coton bio, de la laine, du cachemire. De fil en aiguille, quand elle a ouvert un bureau partagé avec uniquement des marques éco-responsables, nous avons été les premiers à faire partie de l’aventure ».

Le « 211 », emblème du duo O.T.A x Noyoco

La 211 intègre les critères écoresponsables des deux marques O.T.A x Noyoco  Photo DR

Cette chaussure répond aux critères des deux marques. Les coordonnées GPS situées à l’arrière de la basket sont celles de l’adresse du Noyoco Lab.

Un partenariat qui franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec le lancement d’une chaussure en édition limitée fruit de leur collaboration : « On a voulu qu’elle réponde au maximum aux critères des deux marques avec des matériaux naturels et/ou qui durent dans le temps. On a ainsi privilégié le cuir recyclé avec des pigments à base d’eau sans chrome. Pour l’intérieur de la chaussure, afin de répondre aux critères de Noyoco, nous sommes partis sur du coton bio. Même chose pour les lacets. Enfin, certains empiècements sont faits en Suède où ils ont reçu un label qui certifie que la production répond à des critères éco-responsables ».

On the road again

Dans chaque boîte de chaussure, on trouve une carte postale du lieu des coordonnées GPS mentionnées à l’arrière de chaque modèle.

La « signature » O.T.A, ce sont aussi des coordonnées GPS d’un lieu différent à l’arrière de chaque nouveau modèle. La 211 n’y fait bien sûr pas exception. « Au lancement de la marque, nous trouvions un peu pessimiste de ne parler que de recyclage. Or, comme nous remettons en quelque sorte la route aux pieds des gens, nous avons eu l’idée que chaque design ait les coordonnées GPS d’un lieu spécifique dans le monde. Nous organisons un shooting du lieu et un écrivain écrit un road trip. Le 211 fait référence à l’adresse de nos bureaux situés au 211 de la rue Saint-Maur à Paris ».

Bonne nouvelle ! Le 211 se vend comme des petits pains. Lancé fin avril, le modèle est déjà en rupture pour certaines pointures. Avoir un impact positif sur le monde peut commencer tous les matins quand on s’habille !

#Anne-Sophie Barreau

Pour aller plus loin sur le textile éthique

Le site d’O.T.A, on the asphalt : « Chaque modèle porte le nom et les coordonnées GPS d’un lieu insolite et méconnu. Lieu proche ou lointain, dans tous les cas c’est un appel au road-trip et à l’aventure, et un trait d’union entre le passé du pneu et sa nouvelle vie aux pieds des gens. » rappelle Arnaud Barboteau.

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