Collection philatélie : Les Orphelins de la guerre

Plus qu’un simple hobby de collectionneurs et au-delà de tout esprit de spéculation, qui n’anime pas les passionnés, la philatélie feuillette les pages du temps. C’est souvent un prétexte pour revisiter et se remémorer l’histoire parfois glorieuse, souvent sombre de l’humanité. La série « Les Orphelins de la guerre » supporte ces deux qualificatifs. Elle est indispensable à toute collection de philatélistes passionnés d’histoire de France…

Ces orphelins sont ceux de la 1ère guerre mondiale qui opposa la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, URSS) et la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie). Ce fut probablement la plus meurtrière du XXe siècle. Elle fit selon les spécialistes autour de 18 millions de victimes, dont 1,3 million de morts côté Français, 600 000 veuves et laissa plus de 1 million d’orphelins, pupilles de la nation. Le pays a alors comme président Raymond Poincaré, qui nommera, en novembre 1917, Georges Clémenceau à la présidence du Conseil. Au sein de ce gouvernement, Etienne Clémentel a en charge le Ministère du Commerce de l’Industrie et couvre aussi les Transports maritimes les Postes et Télégraphes. C’est le gouvernement de l’Union Sacrée, qui avait rassemblé toutes les forces politiques et religieuses en 1914, quand la guerre se déclenche.

Collection philatélie : Les Orphelins de la guerre

La Marseillaise de Rude : 1 F + 1 F, émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Le dessin reproduit « Le Départ des volontaires de 1792 » ou « le Chant du départ », haut-relief en pierre, sculpté par François Rude entre 1833 et 1836, qui orne le piédroit nord de l’arc de triomphe de la place de l’Étoile, à Paris.

La Poste relaie l’élan de solidarité par l’émission de timbres

Dès le départ des premiers soldats pour le front, la société civile, consciente qu’il faudra prendre en charge les laissés pour compte de la guerre, se mobilise*. Des établissements d’accueil ouvrent leurs portes sur tout le territoire. A partir de 1915, des ventes de solidarité sont organisées lors des journées nationales des orphelins où des médailles patriotiques sont mises en vente à leur profit. En 1917, l’Etat prend le relai. L’intervention et les secours des civiles et de l’Etat sont décrits comme sans précédent en Europe. L’administration des Postes sera un des relais à cet élan de solidarité.

*L’association des orphelins de guerre sera elle créée dès le jour de la mobilisation, le 2 août 1914, par un mouvement de solidarité. Elle prendra en charge les enfants jusqu’à leur majorité, mais aussi les veuves des soldats morts au combat.

Une surtaxe pour constituer un fonds

Entre 1917 et 1919 l’administration des Postes va ainsi émettre une série de 8 timbres avec des surtaxes. Quatre de petites valeurs (2, 15, 25, 35 c pour l’envoi des imprimés, des cartes postales ou des lettres), un de 50 c (pour les lettres à destination de l’étranger) et deux timbres de plus grandes valeurs de 1 et 5 francs pour des lettres, des colis et aussi, peut-être, pour enrichir les collections privées. Les surtaxes, de 3 c à 5 francs, étaient ajoutées aux timbres constituant un fonds pour les orphelins. Il y eu 6 types de timbres différents, dont deux types en double : La Marseillaise de Rude et Femme au labour (voir encadré infra).

Collection philatélie : Les Orphelins de la guerre

L’expert Gilles Pilatte, dans sa boutique au 16 de la rue Drouot, à Paris, en face de la salle des ventes, rue des philatéliste près du Palais Brongniart. Photo © Pierre d’Ornano

Un mythe, comme le 1 franc Vermillon

« Cette série des Orphelins de la guerre est une valeur sûre, un mythe comme le Vermillon dans les classiques – qui couvrent la période d’avant 1849 (année d’origine) à 1900. Dans les « collections moyennes », il manque souvent le 1 franc et le 5 francs. La série est très recherchée tant en France qu’à l’international » déclare l’expert et marchand de timbres Gilles Pilatte qui l’a vendu à des collectionneurs du monde entier, à la recherche de timbres français, notamment bien sûr en Allemagne.

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Une feuille de 25 timbres  (initialement imprimée en 75 TP) du modèle Honneur et Patrie, 35 c + 25 c surchargé à +5 c.  Photo © Pierre d’Ornano

Une série relativement rare

« Ces timbres sont relativement rares dans une très belle qualité, avec la dentelure et la gomme intactes, souligne Gilles Pilatte. Les modèles sur lettre sont intéressants. Le cinq francs est notamment difficile à se procurer, car peu de gens envoyaient des lettres avec des timbres à 5 francs, ce qui était cher à l’époque. » Précisons que la série à été surchargée en 1922 pour liquider les stocks d’invendus. Les « + 5 francs » ont ainsi été surchargés de 1 franc. « Cette surcharge a eu pour effet d’accroître la valeur de la 1ère série qui se vend, avec des timbres neufs, sans charnière avec de belles perforations, autour de 4000 €, alors que la suivante s’écoule autour de 250 €. » Et Gilles Pilatte de préciser qu’en oblitéré la valeur est à diviser par deux.

La petite histoire du fier Lion de Belfort

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Le Lion de Belfort : 50 c + 50 c : Orphelins de la guerre, 36 x 21 mm; couleur brun et brun clair; feuille de 75 TP ; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : lettres pour l’étranger à partir du 1er avril 1921.

Ce timbre représente la réplique en cuivre martelé de la structure monumentale en ronde-bosse d’Auguste Bartholdi, érigée au pied de la falaise de la Citadelle à Belfort. Elle commémore la résistance de la ville de Belfort, menée par le colonel Denfert-Rochereau pendant 103 jours contre les Prussiens lors de la guerre de 1870. Le modèle en bronze reproduit sur le timbre fut acquis pas la ville de Paris en 1880 pour la somme de 20 000 francs, et prône Place Denfert-Rochereau dans le 14e arrondissement de Paris. Une autre réplique est placée square Dorchester à Montréal.

Le lion de Belfort devait à l’origine faire face à l’ennemi, et être tourné vers la Prusse, qui occupait l’Alsace et la Lorraine. Mais l’Allemagne protesta et suite aux pressions Bartholdi le tourna vers l’ouest, dos à l’ennemi en signe de dédain. La flèche que le lion a arrêtée sous sa patte est en revanche tournée vers la frontière allemande.

Le « Navire Hôpital Asturia » 1er timbre émis au profit de la Croix Rouge

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Autour du même thème générique des œuvres de guerre, citons le Navire Hôpital Asturia ou « timbre de l’infirmière », émis lui en août 1918 au profit de la Croix Rouge Française (fondée en 1863 par Henri Dunant) à une valeur faciale de 15c, surtaxé de 5c (taille image : 36×21 mm, typographie à plat à 75 timbres par feuille). Démonétisé le 1er avril 1921, il est estimé par Gilles Pilatte autour 140 €, en très belle qualité.

Les 6 types et 8 modèles* de la série des Orphelins de la guerre, dont un erroné (voir infra)

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La 1ère série des 8 timbres, émis en 1917, au profit des orphelins de guerre.

– Veuve au cimetière : Valeur 2 c + 3 c, 18 x 22 mm, brun-lilas, feuille de 150 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : imprimés.

– Deux orphelins : 5 c + 5 c, 18 x 22 mm, vert, feuille de 150 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Surand, graveur : Jarraud. Usage : cartes postales 5 mots.

Femme au labour : Il manque quelque chose à l’attelage, qui rend le dessin erroné ?…

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*Ce timbre, qui représente une scène réaliste est également fantaisiste ou erroné. Léon Ruffé, qui le grava, n’a pas doté l’attelage de rênes ce qui en rend la conduite impossible par l’agricultrice. Des parlementaires de l’époque en firent la remarque à Etienne Clémentel, ministre des Postes. Photo © Gilles Pilatte

-Femme au labour : 15ct + 10 ct, 21,5 x 17,5 mm, gris-vert, feuille de 150 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : lettre simple jusqu’au 31 mars 1920.

– Femme au labour : 25 c + 15 c, 21,5 x 17,5 mm, bleu, feuille de 150 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : lettres de 2ème échelon jusqu’au 31 mars 1920 puis lettres simples.

– Tranchées – Honneur Patrie : 35 c + 25 c, 35,5 x 21 mm, ardoise et violet, feuille de 75 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : cartes postales 5 mots.

-Le Lion de Belfort : 50 c + 50 c, 36 x 21 mm, brun et brun clair, feuille de 75 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé. Usage : lettres pour l’étranger à partir du 1er avril 1921.

-La Marseillaise de Rude : 1 F + 1 F, 35 x 21 mm, carmin, feuille de 75 TP; émis le 1er août 1917, démonétisé le 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé.

-La Marseillaise de Rude : 5 f + 5 f, 35 x 21 mm, noir et bleu, feuille de 75 TP; émis le 1er août 1917, retrait 31 octobre 1922. Dessin de Louis Dumoulin, graveur : Léon Ruffé.

Les 4 petits formats ont été imprimés en feuilles de 150 ; les grands formats en feuilles de 75, par inter-panneaux (6 pour les petits, 3 pour les grands).

Gilles Pilatte : Catalogue 2018

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