Concours de vin : quand Bruxelles découvre la Chine

Délocaliser sa 25e édition à Pékin, c’est le pari du Concours Mondial de Bruxelles, l’un des grands concours internationaux de vin. La rédaction de Singulars comptait parmi le jury international. Au programme pas moins de 9 180 flacons. Focus sur le travail des dégustateurs du Concours et présentation des lauréats.

L’itinéraire d’un dégustateur : de Bruxelles à Pékin

Apprécier à l’aveugle des vins dont on ne connait pas l’origine exacte, c’est l’exercice de base pour un dégustateur professionnel. Lorsqu’il connait le millésime, le cépage, la région de production, la gamme de prix, le résultat de la dégustation peut être extrêmement précis. Dans le cas du Concours Mondial de Bruxelles, c’est une autre prouesse qui est demandée aux jurés. Ils doivent noter les vins dans l’absolu, sans s’appuyer sur d’autres informations que celles qu’ils ont réunies dans leur mémoire afin de sélectionner des vins qui plairont au plus grand nombre.

Concours de vin : quand Bruxelles découvre la Chine

25e édition du Concours de vins mondial de Bruxelles délocalisé à Pékin. Photo © Pierre d’Ornano

A Pékin cette année ils étaient 350 courtiers, œnologues, journalistes ou négociants venus des quatre coins du monde pour se pencher sur plusieurs séries de 10 à 15 bouteilles chaque matin pendant 3 jours. Réunis par table de 5 sous la houlette d’un chef de table chevronné, ils ont goûté et regoûté quand il le fallait, afin de récompenser les vins les meilleurs d’une médaille, argent, or ou grand or. Le jury international comptait 50 experts chinois parmi ses 350 membres venus de 50 pays.

Concours de vin : quand Bruxelles découvre la Chine

Service du vin au Concours Mondial du Bruxelles à Pékin. Photo © Isabelle Bachelard

Suivre une grille de dégustation précise

Pour arriver à un résultat aussi cohérent que possible, l’organisation du concours doit être efficace afin que les vins soient présentés au bon rythme et à bonne température. Si on traîne entre deux vins, on se déconcentre ; si la température est trop froide, le vin est muet, si elle est trop chaude, l’alcool domine et le vin perd sa fonction de liquide qui doit toujours désaltérer un tant soit peu. Le dégustateur regarde, sent et goûte avant de recracher chaque gorgée, puisque il n’y plus de perception dans la gorge. Sur sa grille il doit donner une note pour l’aspect du vin, la pureté, l’intensité, la qualité de ses parfums et de l’impression qu’il donne en bouche, ainsi qu’une note globale. A mesure que les échantillons se succèdent, l’origine de la série se précise, on apprécie de plus en plus le style de vin qui se dégage, une acidité marquée dans un vin rouge bien construit fait penser à la Toscane, des cépages aromatiques envoient vers l’Europe de l’Est, l’Alsace ou certaines régions d’Italie…

Concours de vin : quand Bruxelles découvre la Chine

Dégustateurs au Concours Mondial du Bruxelles à Pékin. Photo © Isabelle Bachelard

Eternels concours

De tous temps, compétitions et concours ont été organisés pour faire briller ce qu’on pensait être le meilleur d’une production. Si le Concours général agricole, qui accompagne chaque printemps le salon international de l’agriculture, s’est doté d’une catégorie « vins » dès 1894, aux côtés des poules et des camemberts, celui de la confrérie de Saint Etienne, par exemple, qui attribue des sigilles aux vins d’Alsace, remonterait aux XIVe siècle. Le tastevinage des vins de Bourgogne, que tout le monde pense remonter à la nuit des temps n’a été créé qu’en 1950 par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Le Concours mondial de Bruxelles qui s’est déroulé à Pékin (Haidian district) du 10 au 13 mai 2018 a battu les records avec 9 180 échantillons. Les vins chinois, surtout issus du cépage cabernet sauvignon, étaient bien représentés avec 480 échantillons. Ils ont récolté 131 médailles.
Les vins primés proviennent des régions du Ningxia, Xinjiang, Hebei, Shandong et Beijing, issus principalement des cépages internationaux cabernet-sauvignon, merlot, chardonnay et le marselan, récent croisement entre le cabernet sauvignon et le grenache créé par l’INRA.
La « Révélation » du meilleur vin chinois en 2018 est allée à un vin du Xinjiang (extrême nord-ouest du pays) issu de ce dernier cépage, la nouvelle coqueluche de la Chine. Cette année, la France est le pays le plus médaillé (alors que l’année dernière notre pays était 3e) ; l’Espagne et le Portugal suivent en 2e et 3e place.

Concours de vin : quand Bruxelles découvre la Chine

En Chine les ceps de vigne sont souvent inclinés car ils doivent être enterrés l’hiver pour supporter le froid. Photo © Isabelle Bachelard