De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Syrie, Irak, Libye … La rage et la fureur des hommes ont détruit en quelques mois, les uns après les autres, des sites uniques, patrimoines de l’Humanité. Des cités du désert, il ne reste que des ruines et quelques images trop vite englouties dans le journal télévisé. Même les ruines antiques ont fait l’objet de destructions aberrantes. Il faut célébrer l’Institut du Monde Arabe, à Paris, qui nous offre un ‘’Voyage Virtuel de Palmyre à Mossoul’’.

De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Image 3D de la basilique de Leptis Magna, Libye / mission de février 2018 FDD ICONEM / MAFL / DOA 

Les villes et les sites de civilisations brillantes, carrefours de l’humanité ont été réduits en poussière. Des centaines de milliers de personnes sont mortes ; des millions amputées, contraintes à cet exil toujours atroce, privées sans doute à jamais de leur demeure, d’une vie normale. Personne ne peut relater l’indicible et l’affliction.

De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Vue de Mossoul ouest depuis Notre-Dame de l’Heure, Irak APDF – Fonds Mossoul

Plongée dans l’atmosphère des grandes villes arabes

Jusqu’au 2 février, il faut se rendre à l’IMA pour constater l’étendue de dégâts probablement irréversibles. L’exposition est divisée en quatre parties : Mossoul pour l’Irak, Alep et Palmyre pour la Syrie et Leptis Magna pour la Lybie. Chaque univers est structuré autour d’une pièce principale et de salles attenantes qui restituent l’atmosphère si spéciale, si enivrante des grandes villes arabes avec des photos et des films d’époque. Dans les pièces principales, le visiteur est immergé dans chacun de ces sites afin de littéralement ressentir cette atmosphère funéraire. Alep ou Mossoul sont des champs de ruines, où tentent de survivre une poignée d’habitants qui refusent l’exil à n’importe quel prix. Sur un mur, un projecteur diffuse les images prises par des drones. A perte de vue des immeubles détruits, des monuments jetés à Terre. Et sur le mur de face, d’autres images en trois dimensions (3D) nous montrent les mêmes quartiers, les mêmes immeubles tels qu’ils étaient avant leur destruction. L’effet est absolument saisissant. Bouleversant. Nos yeux parisiens découvrent ces sites qu’ils ne pourront plus jamais voir autrement que par des images d’archives.

De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Image 3D de la cour de la mosquée des Omeyyades d’Alep, Syrie.

Recréation des lieux détruits par la barbarie

La merveilleuse mosquée des Omeyades d’Alep, ce bijou de l’art islamique n’est plus qu’une carcasse. La technologie reconstitue son immense minaret à jamais détruit, sa cour intérieure et sa prodigieuse colonnade, complètement ruinée par les bombardements de l’armée syrienne. D’autres images du souk Al Zarb nous plongent dans une affliction sans fin. A Mossoul, la mosquée Al Nouri, et son célèbre minaret penché comme la tour de Pise, n’est plus qu’un souvenir. Avant de battre en retraite, l’Etat Islamique a fait sauter des chapelets de mines et de bombes afin de ne rien laisser derrière lui. Idem à Palmyre, où Daesh a fait exploser le temple de Bâl et ses alentours considérés comme des symboles païens. Peu importe que ces monuments aient été édifiés des siècles avant l’avènement de l’Islam.

De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Reconstitution d’une église de Mossoul (Institut du Monde Arabe), Ubisoft VR Experience – Iconem / UNESCO

Immersion en 3D

Pour réaliser cette exposition, l’Institut du Monde Arabe a convoqué les spécialistes de la startup Iconem. Fondée par un architecte amoureux du Moyen-Orient Yves Ubelmann, Iconem a exploité des milliers d’images, captées sur place par des drones et des appareils ou archivées dans des fonds universitaires. Le passage en 3D est effectué sur les serveurs de l’entreprise avec des algorithmes et des solutions d’intelligence artificielle. Iconem a développé ses technologies en partenariat avec Microsoft et l’INRIA. La startup est aujourd’hui active dans 24 pays pour photographier et filmer des sites menacés par des guerres ou par le manque de ressources nécessaires à leur préservation, comme à Leptis Magna en Lybie.
Equipé d’un casque de réalité virtuelle, le visiteur achève sa visite par une promenade à l’intérieur de certains des bâtiments ravagés comme Notre-Dame-de-l’Heure de Mossoul ou la mosquée des Omeyades. Pour cette partie, la technologie a été fournie par l’éditeur de jeux vidéo, Ubisoft.
L’Institut du Monde Arabe voulait à l’origine poursuivre cette exploration virtuelle jusqu’au Yémen. Malheureusement, les conditions sont telles qu’il n’a pas été possible d’envoyer des équipes explorer ce qui reste des gratte-ciels du désert d’Aden et de Sanaa.

De Palmyre à Mossoul, une exposition pour un voyage virtuel bouleversant

Cités millénaires / Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul. Institut du monde arabe, Paris.