La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

C’est à une véritable immersion dans le Paris d’avant Haussmann qu’invite l’exposition « Paris romantique 1815-1848 » distribuée entre le Petit-Palais et le Musée de la vie romantique jusqu’au 15 septembre 2019. La magnificence des intérieurs reconstitués montre que le romantisme français fut la conjonction de nouvelles fortunes avides d’esthétiques nouvelles et d’artistes en quête de reconnaissance. Loin d’une bohème mythique.

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

En ouverture du parcours du Petit Palais, Le Paris Romantique est d’abord une topographie de quartiers, de lieux de pouvoir et de salons privés, des Tuileries au Quartier latin, de la Chaussée d’Antin à la Nouvelle Athènes que le baron Haussmann va redessiner. Photo © Olivier Olgan

Paris vaincu et occupé, capitale culturelle de l’Europe

Le « Paris romantique », c’est d’abord l’histoire d’un paradoxe. Le centre de l’Empire déchu a beau être occupé à la suite de l’effondrement du rêve napoléonien, la ville s’impose comme le centre de l’innovation culturelle européenne. Malgré – ou à cause – de son bouillonnement politique quasi institutionnalisé, entre 1815 et la IIe République les barricades restent le mode d’expression préféré des parisiens. On en dénombrera 1500 en 1830 et 4000 de 1848. « L’effervescence aurait pu basculer du côté de Londres ou de Vienne, voire de Saint-Pétersbourg, dans le camp des vainqueurs, souligne Christophe Leribault, directeur du Petit Palais, dans l’imposant catalogue de l’exposition. Mais Paris conserve sa prééminence grâce à la culture, grâce à la langue française alors très partagée à travers l’Europe. »

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

Liszt compte parmi les nombreux musiciens européens qui investissent Paris pour trouve la reconnaissance, la gloire et même l’amour, avec Marie d’Agoult. Photo © Olivier Olgan

Un romantisme français source de liberté

Malgré les tentatives de restaurations politiques et esthétiques en tous genres, le romantisme français peut se définir par sa liberté de ton qui n’hésite pas à bousculer tous canons, à mélanger les styles et surtout à exalter l’aura de l’artiste. Il en va ainsi des polémiques  littéraires ou théâtraux avec Hernani de Victor Hugo, musicaux avec La Symphonie fantastique d’Hector Berlioz, les deux œuvres sont créées en 1830. Elles prolongent celles picturales autour du Radeau de la Méduse de Géricault (1819) et de La Mort de Sardanapale de Delacroix (1827). Le romantisme français se singularise également par son cosmopolitisme culturel. Les artistes de tous les pays européens convergent à Paris pour y trouver refuge, tenter leur chance ou décrocher des Prix ou des postes. Cherubini, Meyerbeer, Chopin, Rossini, Verdi ou Wagner pour la musique, mais aussi des poètes tel Heinrich Heine.

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

Surfant sur la vague néogothique, lancée par Walter Scott, Victor Hugo marque les esprits avec Notre Dame de Paris. La salle qui lui est dédiée est en résonance avec le feu qui l’a meurtri. Photo © Olivier Olgan

Entre luxe et bohème

Le Paris romantique c’est aussi, dans un contexte d’explosion démographique (+ 36% pendant la Monarchie de Juillet avec un million d’habitants), la conjonction d’une émergence de nouvelles fortunes avides de nouveautés, de Palais et d’hôtels particuliers à meubler, et d’artistes prêts à tous les compromis pour être reconnus. Loin de toute cohérence esthétique, certaines salles de l’exposition du Petit Palais relèvent ainsi des cabinets de ‘curiosités’. Chaque personnalité qui émerge est exposé, de surcroît, à l’acidité jouissive des caricaturistes de l’époque que furent Philipon, Honoré Daumier, Jean-Jacques Grandville… ou Jean-Pierre Dantan, qui sculpta un hilarant buste en plâtre de Berlioz.

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

Hérault du romantisme français, le portrait de Berlioz (Géricault) côtoie le portrait charge de Jean-Pierre Dantan. Photo © Olivier Olgan

Une fraternité des arts

« Une révolution est faite dans les arts, affirme Victor Hugo en 1824. Elle a commencé par la poésie, elles s‘est continuée dans la musique ; voilà qui renouvelle la peinture. » Cette ‘contagion’ reflète l’influence du romantisme qui devient ainsi un courant qui va fusionner les arts. Un parcours palpable dans la mise en scène de l’atelier-salon d’Ary Scheffer, devenu Le Musée de la Vie romantique. Enfin, au-delà de la peinture, de la sculpture, de la musique et de la littérature soutenues par les Académies et les Salons encore élitistes, la ‘révolution’ évoquée par Hugo, va se diffuser à travers les arts décoratifs, la lithographie, la photographie naissante et la presse feuilletonnée, vecteur d’une culture bientôt de masse. Pour suivre, et comprendre ce cheminement, les commissaires proposent un très confortable cabinet d’écoute d’oeuvres musicales et de textes, lus par des comédiens.

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

La décoration du Palais Royal, lieu central du pouvoir ouvre le parcours rendant hommage aux artisans d’art. Photo © Olivier Olgan

Ce qui frappe dans les nombreux intérieurs magnifiquement reconstitués – des Salons d’hôtels particuliers ou de Peinture – c’est la juxtaposition de la magnificence des objets accumulés et l’omniprésence de la ‘bohème’, ce combat héroïque des artistes au coeur de leur atelier, pour s’imposer et obtenir la notoriété… Loin de la mythologie de l’artiste maudit !

La fièvre créatrice du Paris romantique (1815 – 1848)

C’est au Salon ‘carré’ du Louvre qu’émerge le Romantisme français avec des œuvres maîtresses : de Géricault (Le Radeau de la Méduse 1819), Delacroix (La Barque de Dante 1822, Les Massacres de Scio 1824, Le Christ au jardin des Oliviers 1827) et Duseigneur, dont Le Roland furieux 1831 est considéré comme l’un des manifestes du romantisme en sculpture. Photo © Olivier Olgan