Culture

La Griffe du peintre, La valeur de l’art (1730-1820), de Charlotte Guichard (Seuil)

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 19 janvier 2019 à 12 h 30 min – Mis à jour le 19 janvier 2019 à 20 h 07 min

Faire l’histoire de la signature du peintre revendique Charlotte Guichard, auteur La Griffe du peintre, La valeur de l’art (1730-1820) (Seuil), c’est faire l’histoire d’un signe dense, qui s’est constitué au carrefour de plusieurs histoires. » Et de nous embarquer dans une passionnante quête d’identité, d’art et de reconnaissance.

Si, depuis l’antiquité, la signature du peintre dans le tableau n’est pas nouvelle, l’importance de la présence de l’artiste – symbolique et commerciale – va se cristalliser au Siècle des Lumières. Au siècle précédent Poussin ne signa que 5 tableaux sur 95, Le Sueur un seul ! « Faire son histoire, annonce Charlotte Guichard c’est faire l’histoire d’un signe dense, qui s’est constitué au carrefour de plusieurs histoires. » Ces histoires, l’auteure les embrasse avec pertinence : celle de l’individu, du sujet, de la figure de l’auteur (et aussi de la femme artiste) et celle de l’enjeu du tableau comme artefact culturel et de sa valeur économique par son attribution.

Au fil d’une enquête passionnante, fouillée et pluridisciplinaire, dans un langage parfois dense, Charlotte Guichard montre comment « la griffe du peintre » gagne en présence au sens propre et figuré par la reconnaissance du créateur individuel (conforté par le droit d’auteur naissant) et l’émergence d’un marché de connaisseurs et de collectionneurs à l’affût de la patrimonialisation du nom.

Entre ‘instance savante et réflexive’ et marchandise, entre absence et présence de l’œuvre, entre allographie (graphie alternative d’un mot ou d’une lettre) et autographie (procédé de reproduction sur pierre lithographique), deux artistes phares condensent cette mutation : Chardin et Courbet dont les signatures portent de véritables stratégies du nom, de marque, de clientèle et de postérité :  « véritable caisse de résonance dans le tableau, la signature peut exprimer l’intériorité du sujet, sa réflexivité critique, voire son engagement politique. »

Innovant dans ses rapprochements comme dans ses perspectives, ce travail brosse ainsi une véritable archéologie de l’art et de son marché de l’époque. Il ne cesse d’interroger le statut du tableau et de la marque qui le sort d’un objet artisanal. Les artistes modernes l’ont bien compris, souvent poussant les feux plus radicalement : de Duchamp/ »Mutt » qui transforme un urinoir en ‘Fontain’ ou  Bansky dont une toile signée mais partiellement détruite par son auteur accroît sa valeur.

« Si la signature est efficace, confirme Charlotte Guichard c’est qu’elle est construite – par l’artiste comme par le regardeur – comme du présent pour dire ‘la brèche du temps’ et finalement l’émergence d’une nouvelle temporalité. » La griffe du peintre n’a pas fini de nous surprendre.

Références

La Griffe du peintre – La valeur de l’art (1730-1820)Charlotte Guichard [Seuil]. 368 pages ; 31.00 €

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