La poésie photographique de Nicolas Guilbert

Un nouveau lieu s’ouvre à Paris et sert d’écrin à un artiste, Nicolas Guilbert, qui, justement, met en boîte ses instantanés poétiques. En voilà un dont le regard s’arrête sur ce que nous aurions tort de laisser passer au fil des jours, et qui confirme que rien n’est banal au monde, pour peu qu’on ouvre l’œil.

La poésie photographique de Nicolas Guilbert

IconoBox, “Jantar Mantar”1998 Photo @ Nicolas Guilbert

Cela commence par un lieu…

…par un repaire secret, sis au fond d’une cour pavée et bien nommé la Folie Saint-Martin, aménagé par un couple d’amateurs d’art si authentiquement passionnés qu’ils m’en voudraient de livrer leurs noms, tant ils font cela par goût, au sens exact de : dépôt de savoir, de chimie culturelle. Vous en aurez la preuve sensible par le raffinement du lieu, les livres d’art sur les étagères, le jardin patio japonisant – et par leur choix d’exposer le photographe plasticien Nicolas Guilbert sur le concept original d’Iconobox, défini ainsi : « Organisées autour d’un tirage photographique couleur ou noir et blanc, les IconoBox sont des œuvres en trois dimensions dans lesquelles on trouve aussi – selon les cas – des dessins, des peintures, de petites sculptures, des objets manufacturés, des animaux naturalisés, des textes courts… Toujours centrale, l’image est cernée d’un environnement plastique et graphique qui dévoile une interprétation, une connivence, un trait d’humour ».

La poésie photographique de Nicolas Guilbert

Iconobox « Moby Dick (hommage à Melville) » 2016 Photo @ Nicols Guilbert 

Puis on entre dans des mondes…

…éclairés au LED dans des boîtiers exécutés en bois ou en métal par un serrurier ou un ébéniste, et protégés par un verre antireflet. Et voici comment notre photographe sait saisir l’animal en sa souple audace : La Boîte intitulée Fable 1 (Le Chat et la Souris, hommage à La Fontaine), met en scène un chat s’échappant d’une meurtrière, ce qui donne, agilité féline sur vieilles pierres : « Chat, Château », avec la simplicité poétique qui caractérise l’univers de ce poète par la photo. Autre mise en boîte de la vision qui retrouve le sens de camera oscura de la Renaissance : Vanitas del Arte est en réduction un Cabinet de curiosités simiesque mettant en scène un gibbon capturé dans le clair-obscur du Museum d’Histoire naturelle et mis en abyme par la présence de trois crânes de singe dont l’un se gausse sous un masque de la Comedia dell’arte. Faisons un pas de côté et c’est La colonnade (hommage à Magritte) : un cheval et son cavalier coupés par les colonnades du Palais-Royal, aussitôt nous revient un de ces pièges conceptuels que peignait René Magritte, où le vide et le plein interfèrent pour remettre en doute la logique admise – et ainsi on ouvre nos œillères, on voit !

La poésie photographique de Nicolas Guilbert

Iconobox « Vanitas del arte » 2016 Photo @Nicolas Guilbert

…et on en sort contaminé, réveillé !

Au-delà du Surréalisme et des boîtes de Joseph Cornell, Nicolas Guilbert reprend en main le merveilleux, en jouant sur plusieurs arts plastiques et de tous matériaux qui tombent sous l’œil de son attention. C’est saisissant de liberté savamment construite, et c’est une fine leçon d’art vraiment contemporain – contemporain de toute époque, pour être tout à fait clair.