Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

Il faut toujours se réjouir de la pérennité d’un festival musical à Paris. La directrice de la 4ème édition du Printemps du Violon – du 21 au 31 mars – a trouvé le bon équilibre entre excellence et décontraction pour conquérir de nouveaux publics. Altinaï Petrovitch-Njegosh revendique aussi de sortir des sentiers battus loin d’un 7ème arrondissement élitiste.

Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

Concert « Regards Croisés », une rencontre exceptionnelle de la violoniste d’origine roumaine Sarah Nemtanu et la pianiste azeri Saida Zulfugarova : samedi 23 mars, Salle Byzantine – Le Printemps du Violon. Photo © DR

« Le 21 mars est une date très importante pour tous musiciens en général et les violonistes en particulier, rappelle avec un sourire complice Altinaï Petrovitch-Njegosh. Le 21 ce n’est pas seulement le début du Printemps, symbole de renaissance, c’est la date anniversaire de la naissance de Jean-Sébastien Bach, le Père de tous les musiciens ! » Tout un symbole de renouveau et de continuité qu’assume  depuis quatre ans la directrice du Printemps du Violon, très décomplexée par rapport à l’offre pléthorique musicale à Paris.

Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

L’auditorium du Centre spirituel et culturel orthodoxe russe – 1 Quai Branly, 75007 Paris -, est l’un des quatre lieux insolites et rares choisis pour la douzaine de concerts intimistes du Printemps du Violon, du 21 au 31 mars. Photo © Pierre d’Ornano

Des lieux insolites et intimistes à découvrir

Au-delà de la conjonction des dates, ce festival du violon dans tous ses états et ses formats veut rompre avec les codes visuels (en témoignent la charte graphique et les projections pendant les concerts) et les rituels un peu désuets qui effraient les non-initiés. Bousculer le stéréotype d’élitisme ou d’entre-soi qui colle au 7ème arrondissement de Paris fait partie de la feuille de route. « Notre choix de salles insolites y contribue, souligne Altinaï Petrovitch-Njegosh. La Salle Byzantine de l’ambassade de Roumanie ou le Centre spirituel et culturel Orthodoxe Russe ont des jauges à taille humaine, entre 100 et 300 places maximum. » Ces creusets d’expériences musicales sont loin des circuits habituels des mélomanes. Ils permettent aux musiciens d’estomper le mur de verre entre la scène et la salle. Les images « printanières » qui sont projetées pendant les spectacles y contribuent également.

Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

La rencontre passionnée « très cinématographique » entre Altinaï Petrovitch-Njegosh et Anton Martynov apporte un grain de folie slave à ce Printemps du Violon. Photo © DR

Un enthousiasme communicatif pour une utopie assumée

La programmation musicale comme les événements qui s’y attachent (voir l’Atelier de lutherie du samedi 30 mars) reflètent une « utopie assumée » dans un manifeste, véritable programme d’actions culturelles qui pourraient inspirer bien des mairies, loin des modes. Trois dynamiques positives y sont revendiquées dans une langue claire : « L’harmonie ne peut souffrir aucune concession », « La musique peut changer le monde », enfin de la « Grande musique pour petits enfants », le tout en affirmant « toujours de l’excellence. » Cette quête se retrouve dans la qualité des interprètes et le prix Ivry Gitlis remis à un jeune virtuose, le 31 mars en clôture du festival.

Des « sorties de route » musicales

Cette volonté d’aller au-devant d’un nouveau public, le plus large possible, se reflète dans un subtil équilibre entre des formats « décontractés » (concerts à 11h00 le samedi et 17h00 le dimanche), des heures traditionnelles (20h00 pour l’essentiel des concerts) et des programmes très débridés concoctés par les codirecteurs artistiques et fondateurs Anton Martynov et Michael Guttman, tous deux violonistes virtuoses. Premier fil hors des chemins rebattus, l’accent est mis dans cette année France Roumanie sur la musique roumaine (folklorique et savante) servie par des violonistes d’origine roumaine : Sarah Nemtanu, George Tudorache, Razvan Popovici et la pianiste Claudia Bara.
Autre originalité, les « sorties de route » qui s’inscrivent comme autant de « butinages » musicaux avec les « quatre saisons et demie » de – et d’après – Vivaldi boostées par Gilles Apap, le BA-ROCK, composé par Anton Martynov, le classique à la sauce tango avec l’Ensemble Soledad, le célèbre Purple Haze de Jimi Hendrix en transcription pour orchestre à cordes et la première française d’une Sonate d’Eugène Ysaÿe par Philippe Graffin …

Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

L’Ensemble Soledad, du classique à la sauce tango – Le Printemps du Violon, lundi 25 mars 2019 à la Maison de l’Amérique Latine à Paris. Photo © DR

Bach et Printemps, pour favoriser le renouveau !

Parmi les projets un peu « fous » que la directrice et le cofondateur de ce festival pas comme les autres revendiquent depuis leur rencontre, retenons celui d’aller toujours plus au-devant des enfants, dans les écoles et pas seulement dans celles du 7ème, ou encore celui de renommer la station de métro Bac en Bach. « Cela ne manquerait pas d’un certain cachet, lance comme un défi Altinaï Petrovitch-Njegosh, confiante dans ses démarches auprès des autorités compétentes et dans ce petit grain de folie monténégrin qui depuis quatre ans lui fait déplacer des montagnes. En attendant, place à cette fête du violon !

Le Printemps du Violon, un festival pas si classique

Le Printemps du Violon : Le Grand Concert du Roi Violon, dimanche 31 mars, 17 heures, Auditorium du Centre Russe – Paris. Photo © DR