Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Le Domaine national de Chambord, où est bâti un des plus beaux châteaux au monde, a fait renaître en 2015 son vignoble. Là, il y a 500 ans, avait été plantée de la vigne sur l’ordre de François 1er. En 2019, les deux premières cuvées du Domaine commencent à être commercialisées. La cuvée ‘des 500 ans’ marque les 500 ans du début de la construction du château. Peu de vins peuvent se revendiquer d’un château classé au patrimoine de l’UNESCO (depuis 1981) !

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Le château de Chambord. Photo © François Collombet

Le vignoble de Chambord, un projet historique, patrimonial, écologique et économique

Le premier vignoble est le fait d’un roi, un roi qui incarne la Renaissance, François 1er. En 1519 (année également de la mort de léonard de Vinci au Clos Lucé à Amboise), il entreprend la construction de son ‘bel et somptueux édifice’. Il va de soi à cette époque que la vigne est indispensable. Il fait donc venir de Beaune en Bourgogne 80 000 pieds d’un cépage, appelé aujourd’hui romorantin (à croire certains experts, il s’agirait plutôt de pinot noir). En 1547, à la mort de François 1er, un recensement des métairies du domaine royal de Chambord témoigne de la présence de parcelles de vignes dans la plupart des fermes. Le vignoble de Chambord perdura jusqu’au phylloxera même si quelques parcelles subsistaient encore ces dernières années, à consommation familiale.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Première bouteille de la cuvée des 500 ans, vin Blanc issu du romorantin millésime 2018. Photo © François Collombet

Chambord, un établissement public à caractère industriel et commercial

Le Domaine national de Chambord est depuis 2005 un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Il faut donc le rentabiliser. Il accueille plus d’un million de visiteurs par an, un public presque captif et une fréquentation en constante hausse. Chambord est le monument le plus visité du Val de Loire et se classe au deuxième rang, en France, après Versailles, des châteaux par sa fréquentation. La production de vin, mise à la disposition de ses visiteurs, représente une manne plus qu’intéressante (avec des vins en 2019, à 17,50 € pour le rouge et 30 € pour le blanc). Ces 14 ha de vignes biologiques produiront environ 70 000 bouteilles et devraient rapporter un million d’euros de revenu net par an.

Un vignoble en Bio de 14 hectares

Le vignoble est situé à 1400 m du château à l’intérieur de son gigantesque parc dont la surface équivaut à celle de Paris. Les premières plantations datent de 2015. Elles couvrent aujourd’hui plus de 14 ha d’un seul bloc, au lieu-dit l’Ormetrou*. La vigne, exposée nord-sud jouit d’un terroir à dominante sableuse mélangé en sous-sol à de l’argile (on est en Sologne). Elle est entourée ici de 5000 ha de forêts ce qui entraînent des hivers plus rigoureux qu’ailleurs dans la région. Le gel est une sérieuse préoccupation. Et manque de chance, dès la première année, un épisode de gel oblige le Domaine à installer des éoliennes pour chasser l’air froid. On est sur un site classé et historique. La seule solution fut de dénicher en toute hâte des éoliennes mobiles et démontables.
*A cet endroit se trouve une ancienne ferme (servant de chai provisoire), juste en bordure de l’enceinte du château, où sera bâti le futur chai.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Annie Bigot responsable d’exploitation viticole du Domaine de Chambord et Michel Gendrier président du syndicat des vins d’appellations cheverny et cour-cheverny ; Michel Gendrier du domaine des Huards à Cour-Cheverny Photo © François Collombet

Les 5 cépages plantés à Chambord pour produire les AOP Cheverny et Cour-Cheverny

Le vignoble de Chambord se répartit en 5 cépages

  • 4 ha de romorantin dont les ceps sont issus par bouturage d’une vigne pré-phylloxérique et donc franc de pied, c’est-à-dire non greffée, venus du voisin solognot, la maison Henry Marionnet (Domaine de la Charmoise) ;
  • 4 ha de pinot noir (ou auvernat qui fut cultivé à Chambord jusqu’à l’épidémie du phylloxéra) ;
  • 3 ha de sauvignon ;
  • 2 ha d’orbois, un cépage propre au Val de Loire appelé aussi herbois ou arbois, menu pineau ou demi-pineau ou encore verdet ;
  • 1 ha de gamay.
    Depuis 2015, 14 ha ont été plantés d’un seul bloc à 1,4 km du château au lieu-dit l’Ormetrou en bordure du mur d’enceinte (Photo FC)

Le choix de ces cépages s’est fait évidemment en fonction du cahier des charges des deux appellations voisines. Ainsi, l’AOP Cheverny demande pour son vin rouge, un assemblage de pinot noir et de gamay (84 % pinot noir et 16 % gamay) et pour son vin blanc, 60 % de sauvignon et 40 % d’orbois. Quant à l’AOP Cour-Cheverny, elle a la particularité d’être en mono-cépage, exclusivement romorantin.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Henry Marionnet (ici dans le vignoble de Chambord) et son fils Jean-Sébastien propriétaire du domaine de la Charmoise à Soings, en bordure de la Sologne, ont fourni à Chambord des pieds de cépage romorantin. Photo © François Collombet

Le coup de pouce de la maison Henry Marionnet

Lorsque Jean d’Haussonville (issu du corps diplomatique), président de l’établissement public du domaine de Chambord depuis 2010, en mal de recette (voir plus bas) décide l’implantation d’un vignoble à Chambord, il s’adresse tout naturellement à un voisin, la Maison Henry Marionnet. Henry Marionnet et son fils Jean-Sébastien détiennent le domaine de la Charmoise à Soings en bordure de la Sologne. Leur production a acquis une réputation internationale. Un de leurs vins fut même servi à la reine Elizabeth II lors de sa visite officielle en France en 2004. Ils ont donné au Château ces fameux pieds du cépage romorantin, issus de leur vigne pre-phylloxérique plantée en 1850.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Jean d’Haussonville, Directeur général du Domaine national de Chambord depuis 2010 et François Patriat, Président du Conseil d’orientation du Domaine national de Chambord, sénateur de Côte-d’Or. Photo © François Collombet

Chambord face au défi du vin

Pour que le projet aboutisse, Chambord a dû faire face à un triple problème : les droits de plantation, l’extension des 2 aires d’appellation voisines et, chose incroyable, la contestation de la marque Chambord sur le vin. D’abord, quid du droit de plantation ? Jean d’Haussonville n’est pas exploitant. Il fallut donc dans un premier temps louer la parcelle de Chambord destinée à la vigne à Henry Marionnet qui possède ce droit. Puis, comment obtenir une extension des aires d’appellations Cheverny et Cour-Cheverny afin d’englober le domaine de Chambord ? Qu’à cela ne tienne, la question fut rapidement réglée grâce à quelques bons appuis politiques. Enfin, si en 2011(un peu tard !), le domaine avait déposé la marque Château de Chambord auprès de l’Institut National de la Propriété Intellectuel (INPI), il fut assigné devant le tribunal de grande instance de Paris par Brown-Forman (groupe américain de 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires dont le siège est à Louisville dans le Kentucky). Si le groupe possède le whisky Jack Daniel’s, il détient également la liqueur Chambord à base de framboise dont il a déposé le nom. Il conteste donc le droit du domaine d’apposer la marque Chambord sur ses futurs vins.

Rude bataille judiciaire pour la marque Chambord

Brown Forman produit au château de la Sistière, à Cour-Cheverny, cette fameuse liqueur appelée Chambord liqueur royale de France. Le groupe en détient la marque. Il conteste au Domaine national de Chambord le droit de vendre de l’alcool sous ce nom. Heureusement en 2016, un amendement (l’amendement Chambord), validé par les 2 chambres protège dorénavant les domaines nationaux ; le Conseil d’État par un arrêt décidant de la compétence de la justice administrative pour trancher ce genre de litige.
Ainsi, grâce à Chambord et à l’action de son président, la marque mais aussi l’image des domaines nationaux français sont maintenant mieux protégés juridiquement.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

Projet du chai signé Jean-Michel Wilmotte, début des travaux début 2020. Photo © François Collombet

Un nouveau chai pour Chambord signé Jean-Michel Wilmotte

Alors que la vendange des 500 ans était engrangée fin septembre 2019, la construction du nouveau chai, à l’Ormetrou, pour la vinification est dans tous les esprits. On parle du premier coup de pioche début 2020. Sa réalisation a été confiée à l’architecte Jean-Michel Wilmotte dont on doit à Chambord, la restauration en 2018 de l’hôtel Saint-Michel, devenu le Relais de Chambord. Il sera adossé au mur d’enceinte, à vue du château. Sa construction qui doit abattre le magnifique cerisier de l’Ormetrou sera accompagnée de la conception, dans le corps de ferme, d’un hébergement destiné à favoriser l’oenotourisme. Un lieu consacré à la dégustation et à la vente est prévu également dans les granges adjacentes.

Le vignoble de Chambord et ses premières cuvées

La ferme de l’Ormetrou en 2015, futur site pour le Chai. Photo © François Collombet

C’est une ancienne ferme accolée au mur d’enceinte du château située à moins de 2 km de celui-ci. Les anciens plans de Chambord montrent une parcelle de vigne sur ces terres et les archives attestent par le plan de 1786 et par un acte notarié de plantation et d’entretien de cette vigne datant du 9 février 1787. un clos de dix arpents (6 ha) plantés « en bon complans d’auvergnat blanc et rouge franc ».