Le vin bio n’est plus anecdotique : état des lieux à Millésime Bio et sélection

Le salon Millésime Bio s’est tenu du 28 au 30 janvier à Montpellier, dans la nouvelle région Occitanie qui totalise 7% du vignoble bio mondial. Singular’s y a sélectionné quelques délices et vous parle du Bio qui, depuis la sortie en 1998 du film Conte d’automne de Rohmer s’est largement propagé dans les vignes.

Le vin bio n’est plus anecdotique : état des lieux à Millésime Bio et sélection

Château de Nages Costières de Nîmes. Photo © Isabelle Bachelard

« Là c’est déjà le voisin, comme tu peux voir, c’est nickel, ce n’est pas du tout comme ça chez toi. Ah non, tu n’as pas un brin d’herbe entre les plants » dit Isabelle.
« Si tu ne veux pas d’herbe, tu es obligé de mettre de l‘herbicide et l’herbicide ça gâte le goût du vin » répond son amie Magali avant de poursuivre : « Il y a un avantage, on trouve de la petite roquette, tu peux la mélanger à ta salade ».

Depuis ce film Conte d’automne* dans lequel Eric Rohmer présentait en 1998 l’actrice Béatrice Romand en viticultrice innovante au sein de l’appellation côtes-du-rhône, sur fond d’Ardèche sauvage et de Tricastin nucléaire, le vin bio a changé d’échelle. Dans les dix dernières années les surfaces de production mondiale ont plus que triplé pour atteindre 436 000 hectares en 2018 ; 545 000 hectares devraient être revendiqués en 2022. A cette date, la consommation devrait atteindre un milliard de bouteilles par an dans le monde, soit un tiers de plus qu’aujourd’hui. Le segment du bio représentera alors 3,6% du marché contre 1,2% dix ans plus tôt. La France restera dans le peloton de tête du vin bio avec l’Italie et surtout l’Espagne. Les trois pays européens produiront 73% du vin bio mondial.

*Distribution : Béatrice Romand, Marie Rivière, Alain Libolt, Didier Sandre. Produit en 1998 par Les Films du Losange.

De l’agriculture biologique au vin bio

La production bio est encadrée depuis 1991 dans toute l’Union européenne comme « un système de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de diversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production ayant recours à des produits et des substances naturelles. » Dans le cas particulier de la France, l’Agriculture Biologique (AB) fait partie des signes de qualité (comme les labels rouges et les appellations protégées) régis par l’INAO, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité. Le recours à des produits chimiques de synthèse ou des OGM est interdit. La gestion des adventices (les mauvaises herbes) se fait par labour, paillage ou binage.

Le vin bio n’est plus anecdotique : état des lieux à Millésime Bio et sélection

Millésime Bio, la Salon mondial professionnel de la viti-viniculture biologique se tient tous les ans à Montpellier. Photo © Gilles Lefrancq

L’état des textes

Ce n’est que depuis le 8 février 2012 que la législation concernant la production de raisins bio a été complétée par une définition du vin bio qui en permet la certification. Elle s’articule autour de 3 points clés :
– 100% des ingrédients agricoles sont certifiés bio ;
– Restriction ou interdiction de certains procédés physiques tels désalcoolisation ou filtration extrême ;
– Respect d’une liste restreinte d’additifs dont les sulfites ;

La durée de conversion vers le bio d’un vignoble traditionnel est de trois ans minimum. A partir de la 2è année, l’étiquette du vin peut mentionner « produit en conversion vers l’AB ».

Le vin bio n’est plus anecdotique : état des lieux à Millésime Bio et sélection

Le logo européen AB garantit le respect des règles de la production et de la vinification.

Vin « nature » ou vin « naturel » ?

L’utilisation des sulfites pour stabiliser les vins a été le point d’achoppement qui a longtemps retardé la définition du vin bio. Les doses de soufre maximales autorisées aujourd’hui sont d’environ un tiers moindres dans les vins bio : 100 mg au lieu de 150 pour les rouges, 150 au lieu de 200 pour les blancs et rosés secs, 170 au lieu de 200 pour les blancs et rosés doux (2 à 5 g de sucre par litre).
L’allégation « nature » ou « naturel » utilisée pour évoquer des vins élaborés sans additif est interdite et ne peut être apposée sur une étiquette. Il n’existe pas de règle, mais l’INAO travaille sur le sujet afin de proposer un terme qui serait acceptable et ne prêterait pas à confusion. Une étiquette peut mentionner « sans sulfites ajoutés » si le vigneron peut prouver sa technique, mais il faut savoir que le vin peut encore présenter des sulfites inhérents au vin lui-même.

Le vin bio n’est plus anecdotique : état des lieux à Millésime Bio et sélection

Pic Saint Loup Domaine Clavel. Photo © Isabelle Bachelard