Les rouges éclatants de Marcel Richaud

Les nez les plus fins ont découvert ses vins au début des années 1990. Depuis les côtes-du-rhône villages et les cairannes de Marchel Richaud ont conquis le monde. Loin de prendre sa retraite, le vigneron installé au pied des Dentelles de Montmirail sur les coteaux du village de Cairanne, un bourg situé entre Carpentras et Vaison-la-Romaine sur fond du Mont Ventoux, peaufine encore son art. Et communique sereinement avec ses enfants Claire et Thomas.

Il y a des vins qui surprennent, qui intriguent, qui ont besoin d’être expliqués. Et il y a ceux qui font quasiment l’unanimité et séduisent au premier verre. C’est le cas des vins rouges de Cairanne du Domaine Marcel Richaud. Ils allient charme et profondeur, parfums et structure.

Les rouges éclatants de Marcel Richaud

Vignes du village de Cairanne (Vaucluse), aux portes de Vaison-la-Romaine. Photo © Eric Gaucher

De vraies personnalités qui reflètent leur terroir, leur millésime et la patte du vigneron. A la fois faciles et rigoureux, ils naissent sur les coteaux du village de Cairanne, un bourg situé entre Carpentras et Vaison-la-Romaine, au cœur d’une des plus séduisantes zones de la vallée du Rhône. D’un côté la chaîne des Dentelles de Montmirail, de l’autre l’Aygue, un torrent descendu des Préalpes. En toile de fond le majestueux mont Ventoux.

Cairanne, un côtes-du-rhône villages devenu cru

C’est là que Marcel Richaud est né. Il vit dans ce village et surtout il en vit car, comme il le rappelle volontiers, un vigneron est d’abord attaché à sa terre. Sa famille avait des vignes, mais son père ne vinifiait qu’une petite partie de ses raisins, avec son voisin Raoul Grignan. « Dans les années 70, on allait au lycée agricole, mais il n’y avait pas de formation viticole, à moins de devenir œnologue » – ce qu’a fait sa sœur – déclare Marcel sans regret. Lui voulait faire son vin et a progressé grâce à un travail minutieux, une observation rigoureuse et surtout la rencontre avec des vignerons. Il poursuit : « Ce qui m’a permis de progresser, c’est la rencontre avec Abel Charavin (Domaine Rabasse Charavin, https://rabasse-charavin.com), un voisin de Cairanne, ami de mon père, avec qui il partageait charrues et sulfateuses. Il était perfectionniste, travaillait avec l’ITV et l’INRA (Institut de la vigne et du vin, Institut national de la recherche agronomique) sur des parcelles pilotes, prenait des notes, savait suivre des protocoles. C’est lui qui a fait les premiers essais sur le mourvèdre dans notre région ». Ensuite il y a eu Marcel Lapierre, figure de Morgon, le domaine des Comtes Lafon à Meursault, les bons tonneliers etc. Bien avant d’être officiellement labellisés bio, les vins indiquaient sur leur étiquette la façon de travailler la moins interventionniste possible, que ce soit au niveau des produits intrants ou de la « mécanique » de vinification et d’élevage. Et elles citaient le nom de chaque membre de l’équipe, signe de reconnaissance du travail de longue haleine.

Les rouges éclatants de Marcel Richaud

La gamme Cairanne de Marcel Richaud. Photo © Isabelle Bachelard

Élever dans une cave de pierre de Vers

Dans les années 90, l’affinement des vins est venu de la construction d’une vraie cave. C’était une idée nouvelle dans le sud de la vallée du Rhône qui permettrait d’élever les vins dans les bonnes conditions, dans la fraîcheur et l’humidité naturelles, cachés derrière des blocs de pierre de Vers (carrière du Pont du Gard) de plus d’un mètre d’épaisseur.

Les rouges éclatants de Marcel Richaud

Lorsqu’il n’est pas dans ses vignes ou dans sa cave, Marcel RIchaud est un adepte du vol libre en deltaplane. Une façon de voir le paysage du plus haut. Photo © Isabelle Bachelard

Aujourd’hui, Marcel Richaud est toujours au travail et à l’étude. Dans les vignes dès 5h30 quand il faut traiter avant le lever du mistral ou en Georgie pour voir le travail des confrères. Avec son père, qui construisit la charpente de la cave et à qui il a offert un tracteur pour ses 80 ans. Et avec deux de ses enfants : Thomas est venu au vin à plus de 30 ans et maîtrise aujourd’hui le vignoble ; Claire, qui se destinait à une carrière de pianiste professionnelle est passée par le journalisme et l’Ecole du Louvre avant de revenir aussi à Cairanne. Elle a trouvé sa place près des cuves et des barriques. Elle « adore le vin » depuis toujours comme son père et fait passer son enthousiasme avec autant de naturel que lui.

Les rouges éclatants de Marcel Richaud

Claire Richaud au salon de la RVF, au Palais Brongniart à Paris. Photo © Isabelle Bachelard

En ce moment, on savoure avec bonheur le Cairanne 2016, qui embaume et s’épanouit idéalement en bouche, rond, fruité, plein, avec juste ce qu’il faut de tanin pour le structurer et assurer sa longueur en bouche. Et surtout cette texture veloutée et suave qui est la signature du grand Marcel. La cuvée de l’Ebrescade, elle, est en devenir. On devine le potentiel quand on a goûté les millésimes précédents, mais ce serait dommage de l’ouvrir dès maintenant. Les autres cuvées, plus simples et encore plus abordables, sont les meilleurs vins de copains.