Les Surprises, pure réussite de l’écosystème baroque français

Retour aux sources pour Louis-Noël Bestion de Camboulas et Juliette Guignard. Les co-fondateurs de l’ensemble Les Surprises retrouverons le 19 septembre le Festival d’Ambronay. Cette pépinière de talents, qui les a révélés, fête ses 40 ans et retrouve cet ensemble musical qui a suivi les traces d’aînés défricheurs du répertoire baroque. La réussite de leur aventure artistique doit beaucoup à l’écosystème musical mis en place en France.

La vitalité du « goût français »

Ce qui frappe dans le parcours de l’ensemble Les Surprises – au-delà d’un nom inspiré de l’opéra-ballet Les surprises de l’Amour de Rameau – c’est la continuité du feu baroque allumé depuis plus d’un demi-siècle par quelques musiciens français et directeurs de festivals. Comme leurs aînés, l’organiste Louis-Noël Bestion de Camboulas et la gambiste Juliette Guignard partagent et revendiquent la même ambition musicale : retourner aux sources en s’appuyant sur les partitions exhumées des bibliothèques, faire revivre la musique du XVIIe et XVIIIe dans son jus, ciseler un son qui dépoussière des musiques trop souvent méconnues, enfin construire dans la durée des programmes originaux. Les œuvres proposées incarnent l’esprit du baroque à la française. Citons notamment les transcriptions de Concertos pour orgue de Rameau (dans le CD L’héritage de Rameau) où le chef revendique une « rencontre inhabituelle instrumentale qui crée des couleurs tout à fait inédites! »

Dénicheur, l’ensemble fondé en 2010 s’est fait reconnaître notamment pour les recréations mondiales de l’opéra Le ballet de la Paix de François Rebel (1701-1775) et François Francoeur (1698-1787), ou Isse d’André Cardinal Destouches (1671-1749). « Tout ne mérite pas de revoir le jour, reconnait Bestion de Camboulas, mais même chez Rameau, il y a du travail à faire. » Et ce travail patient de chercheurs d’or permet de dégager quelques jolies pépites. Il faut entendre l’interprétation de ces bijoux enfin révélés tout en rythmes et en couleurs pour saisir la pertinence de ce dépoussiérage !

Une exigence de transmission

Cette « utopie » d’une quête inlassable de vérités sonores s’est transmise de générations en générations de musiciens. Elle s’appuie sur le dynamisme et la solidarité d’un véritable écosystème consolidé patiemment depuis 50 ans. Il associe un réseau de bonnes volontés et de passionnés : Festivals (de Pontoise à Beaune), Centres Culturels (de Saintes à Royaumont), maisons d’opéra régionales (de Caen à Rouen), labels discographiques (Alpha à Ambronay), fondations (d’Orange au Mécénat Musical de la Société Générale) sans oublier les collectivités et quelques institutions clés comme les Conservatoires nationaux de Lyon et de Paris ou le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV). Ne cherchez pas ailleurs le ressort qualitatif de la vague baroque, elle s’appuie aussi sur la curiosité d’un magnifique public fervent !

Le parcours des Surprises en confirme l’efficacité : les deux fondateurs, à peine âgés de 20 ans, ont été soutenus dans leur projet par le Conservatoire National Supérieur Musical de Lyon (CNSMD) « véritable tremplin de travail et de recherches collectives », souligne avec reconnaissance Bestion de Camboulas. L’ensemble a aussi bénéficié du soutien du CCR d’Ambronay dans le cadre des Jeunes Ensembles, a été associé au label Ambronay Editions qui a publié « Rebel de père en fils », « L’héritage de Rameau » et « Mysterien-Kantaten : Buxtehude, Bruhns, Pachebel ». En novembre 2019, sortira le très attendu « Issé, pastorale héroïque ». Désigné « ensemble en résidence » par le Festival Baroque de Pontoise de 2016 à 2018, l’ensemble a aussi gagné, en 2014, le prix « Révélation musicale » décerné par le Syndicat professionnel de la critique de théâtre, musique et danse, puis obtenu une bourse de la Fondation Orange.

Les Surprises, pure réussite de l’écosystème baroque français

Les Surprises comme tous les ensembles baroques sont à géométrie variable selon les projets musicaux, ce qui leur permet d’adapter leurs financements. Photo DR

Un écosystème de soutien efficace

Grâce à ses soutiens Les Surprises ont pu créer un répertoire, et une identité musicale propre qui offre une dynamique sonore bien distincte d’autres ensembles baroques. Il est désormais reconnu sur la musique française après Lully (1632-1687). « La disparition accidentelle de Lully qui cadenassait la musique de scène sous Louis XIV a permis à beaucoup de compositeurs de sortir de l’ombre. » rappelle Bestion de Camboulas. D’abord de quitter celle de l’Eglise pour les lumières de la scène.

C’est cette effervescence lyrique que l’ensemble s’attache à éclairer. Le terrain à défricher est large : Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Pascal Colasse (1649-1709), Michel Richard Delalande (1657-1726), Henry Desmarets (1661-1741)… De beaux projets sont annoncés avec notamment l’Opéra de Versailles et le Théâtre des Champs Elysées où l’on retrouvera la soprano Véronique Gens, égérie depuis 30 ans de chefs baroques, de William Christie à Gérard Lesne. Preuve s’il en est que le répertoire baroque demeure vivace.

Ambronay, creuset baroque depuis 40 ans

Depuis plus d’un demi-siècle, un écosystème vertueux, unique en Europe – malgré les difficultés ou tensions notamment liées à l’hécatombe des labels discographiques – a favorisé l’émergence de près de quatre générations d’ensembles baroque. Et le répertoire s’est immensément élargi : chronologiquement (incluant l’ère médiévale) et géographiquement : avec par exemple l’acculturation de la musique baroque européenne sur le continent sud-amérindien avec des musiciens comme Domenico Zipoli (1668-1726), Juan de Araujo (1648-1712)…

Pour se rendre compte de l’espace conquis et revisité par quatre générations de musiciens, il suffit de plonger dans le programme du Festival d’Ambronay où se produira la fine fleur de l’interprétation baroque, de William Christie à Samuel Rotstejn (Les Contres Sujets crée en 2012) en passant par Jordi Savall, René Jacobs, Christophe Rousset et Hervé Niquet.

Les Surprises, pure réussite de l’écosystème baroque français

Depuis 40 ans, l’Abbaye d’Ambronay est le creuset de l’épanouissement de la musique baroque. Photo © Bertrand Pichene