Littérature : Cercas, Mazloum, Mabanckou

Comment déceler les pépites parmi 564 nouveautés de la rentrée ? Notre sélection s’est focalisée sur des romans se déroulant lors d’un événement historique particulier, que ce soit la guerre d’Espagne pour Javier Cercas, la chute du président congolais Marien Ngouabi pour Alain Mabanckou ou encore la guerre civile libanaise pour Diane Mazloum.

Alain Mabanckou, Les cigognes sont immortelles, Éditions Seuil

Littérature : Cercas, Mazloum, Mabanckou

C’est un roman frais, léger et poétique que nous livre ici l’écrivain Alain Mabanckou. Ce professeur de littérature française installé à Los Angeles et originaire de Pointe-Noire, retombe pourtant dans ses souvenirs houleux de pré-adolescence pour relater l’assassinat du camarade-président Marien Ngouabi. Nous sommes à Pointe-Noire, au Congo, en mars 1977. Du haut de ses onze ans, Michel assiste au basculement politique de son pays. Sous le manguier, entouré de son chien Mboua Mabé et de Papa Roger, ce petit rêveur écoute les journalistes de La Voix de l’Amérique révéler les circonstances de l’assassinat. Un événement politique qui l’atteindra quelques jours plus tard de plein fouet, lorsque sa famille, et surtout sa mère Maman Pauline, se retrouvera sur la sellette. Alain Mabanckou arrive ici à dresser un panorama clair et détaché de la situation politique du Congo, entre ethnies, colonialisme et rivalités avec les pays limitrophes. Un livre instructif qui se lit d’une seule traite.

Diane Mazloum, L’âge d’or, Éditions JC Lattès

Littérature : Cercas, Mazloum, Mabanckou

L’auteur saluée de Beyrouth, la nuit revient avec un second roman, qui se déroule à nouveau au Liban. Nous sommes à Beyrouth, à la fin des années 1960. Le Liban est un pays insouciant, indolent et festif, où règne la douceur de vivre. C’est la Suisse du Moyen-Orient. Georgina est chrétienne, belle et rêve d’être mannequin ; Roland est étudiant et subjugué par ses yeux marron-verts. De son côté, le musulman Ali Hassan, fils d’un ex-leader palestinien, s’apprête à prendre les armes pour bouter les sionistes hors d’Israël.

Durant 13 ans, et 13 chapitres, nous suivons la destinée croisée de ces trois protagonistes (dont deux sont des personnages réels) tandis que le Liban bascule dans la guerre civile. Georgina sera propulsée Miss Univers, la seule que le Liban ait jamais eue, tandis qu’Ali Hassan deviendra le bras droit de Yasser Arafat, et sera activement recherché par le Mossad. Ils formeront l’un des couples les plus emblématiques de cette période trouble, alors que Roland subira de plein fouet les affres de la guerre.

Toute la diversité culturelle et religieuse du Liban se retrouve ici parfaitement dépeinte par Diane Mazloum, qui jette un éclairage rare sur les origines du conflit libanais.

Javier Cercas, Le monarque des ombres, Éditions Actes Sud

Littérature : Cercas, Mazloum, Mabanckou

Cercas

L’écrivain ibérique auteur des Soldats de Salamine, Javier Cercas, se décide enfin à aborder le tabou familial qui plane comme une ombre au-dessus d’une partie de ses œuvres. Une ombre qui a pour nom Manuel Mena, et qui n’est autre que celle de son grand-oncle, phalangiste et franquiste.

Pourtant, pour sa mère, Manuel Mena était l’oncle parfait ; jeune, beau, intelligent. Il s’était engagé pour défendre un idéal, tel un héro. Malheureusement, à seulement 19 ans, il est mort en étant conscient que les idées pour lesquelles il se battait n’étaient finalement pas si conforme à ses valeurs.

Dans ce récit, s’entrecroisent l’histoire du jeune soldat franquiste, tombé en 1938 au cours de la bataille de l’Èbre, et l’itinéraire de l’écrivain lui-même, lorsqu’il s’aventure sur les traces de son oncle pour qui il n’éprouve que honte et dégoût.

Peu à peu, nous assistons à une sorte de rédemption de Javier Cercas. Il cesse d’en vouloir à ce jeune inconnu, qui hante la mémoire familiale tel un fantôme. Il arrête de juger son aïeul, pour enfin accepter son passé… Une belle leçon.