Nous les arbres, à la Fondation Cartier

Après leur succès de librairie, les arbres ont désormais leur exposition à la Fondation Cartier jusqu’au 10 novembre. Didactique et engagé, le parcours rassemble artistes, botanistes et philosophes qui mettent en lumière la beauté et la richesse biologique de ces grands protagonistes du monde vivant.

Nous les arbres, à la Fondation Cartier

Le travail sur l’arbre de Fabrice Hyber – Impossible – 1000 pommes 1000 cerises – est largement représenté. Photo © Olivier Olgan

Rendre à l’arbre la place que l’anthropocentrisme lui avait soustraite

Plongée dans les 4000 mètres carrés du luxuriant jardin, créé en 1994, par l’artiste Lothar Baumgarten, l’exposition ‘Nous les arbres‘ assume une ambition pédagogique et militante. Pédagogique, elle invite selon ses commissaires dont l’anthropologue Bruce Albert « à réinventer notre regard sur ces géants énigmatiques et nous apprendre à les considérer enfin comme de grands personnages vivants de notre monde commun. » Les ensembles d’œuvres rapprochées (signées Luiz Zerbini, Fabrice Hyber, Giuseppe Penone…) visent à embrasser les multiples traces, évocations ou imaginaires actuels liés  à ces « grands ancêtres tutélaires et protagonistes majeurs de la vie terrestre qui, pour cette raison, ont constitué une source d’inspiration esthétique et métaphysique majeure pour les sociétés humaines depuis l’aube des temps. »

Nous les arbres, à la Fondation Cartier

Une salle est entièrement dédiée au travail du brésilien Luiz Zerbini avec peintures, monotypes et une table herbier centrale Photo © Olivier Olgan

Illustrer et accompagner la « révolution végétale »

Le parcours très riche – en dessins, peintures, photographies, films et installations d’artistes venus des quatre coins du monde – nous plonge dans une forêt « d’arbres-signes ». Trois fils narratifs sont tressés : celui de la connaissance des arbres – de la botanique linnéenne à la nouvelle biologie végétale – ; celui de leur esthétique – de la contemplation naturaliste à la transposition onirique, en passant par le travail de leur bois (outils, masques, ex-voto) – ; sans oublier, bien entendu, la saga dramatique de leur dévastation actuelle, du constat documentaire au témoignage peint ou dessiné.

Nous les arbres, à la Fondation Cartier

La série ‘Perimetros’ de Johanna Calle compose du texte dactylographié sur papier notariè Photo © Olivier Olgan

Un engagement pour la réinvention d’un être-au-monde

Militante aussi, l’exposition souhaite que « l’animal humain sache repenser et retrouver sa (modeste) place entre les vivants ». Elle se nourrit des découvertes scientifiques – notamment le travail des botanistes Stefano Mancuso, pionnier de la neuro-biologie végétale et Francis Hallé – qui étayent les facultés d’intelligence des arbres : capacités sensorielles, aptitude à la communication, développement d’une mémoire, symbiose avec d’autres espèces et influence climatique….
Elle n’hésite donc pas à revendiquer et illustrer « l’hypothèse fascinante d’une « intelligence végétale » qui pourrait apporter des éléments de réponse à bien des défis environnementaux actuels » Et met principalement en avant les artistes qui ont un lien fort et intime ou vivent au cœur de la forêt comme les communautés indigènes – les Nivaklé et Guaranídu Gran Chaco, au Paraguay, ou les Indiens Yanomami d’Amazonie.

Nous les arbres, à la Fondation Cartier

Les dessins de Francis Hallé sont à la fois d’une grande rigueur scientifique et d’une profondeur esthétique. Photo © Olivier Olgan

L’arbre et la nature un atelier à ciel ouvert

Ses partis pris happeront le visiteur, souvent fasciné par le travail présenté : des tableaux monumentaux de Luiz Zerbini aux portraits d’amoureux d’arbre filmés par Raymond Depardon. Il constatera volontiers  ce que résume la philosophe Emanuele Coccia dans le catalogue :« Aux côtés de la botanique, d’autres pratiques et disciplines ont permis de reconnaître à quel point les arbres, et plus généralement les végétaux, définissent une manière particulière de faire monde et de faire communauté. »

Mais cet engagement rendant à l’arbre « la place que l’anthropocentrisme lui aurait soustraite » est aussi sa limite : à trop privilégier un point de vue « proche » des arbres, il laisse de coté de multiples autres artistes actuels (Frans Kra­jc­berg,Ugo Ron­di­none, Bar­thé­lémy Toguo, Bob Ver­schue­ren,…) qui confirment eux aussi -ce qu’ont illustré Mar­tine Fran­cil­lon, dans son Eco­lo­gie du regard et Zenon Mezinski dans « L’arbre dans la peinture’ – que « la nature et le paysage restent un atelier sans limite, un monde de possible toujours renouvelé. »

Nous les arbres, à la Fondation Cartier

Santidio Pereira Gravures Photo © Olivier Olgan