Nouvelle histoire de l’Ouest, de Soazig Villerbu (Editions Passés/Composés)

Tous les amoureux de Westerns devraient lire cette « Nouvelle histoire de l’Ouest » (Editions Passés/Composés, 416 p.). Elle embrassée par Soazig Villerbu dans une perspective large, non pas du seul Ouest américain mais nord-américain, du Mexique au Canada, en passant naturellement par les États-Unis. Son récit du Far West s’étend du XVIIIe siècle au XXe siècle, balaye les légendes d’une culture western juvénile pour un autre souffle, tout aussi fertile, celui de l’émergence d’un continent aux cultures diversifiées.

Sortir des mythes

Dés que l’on évoque l’histoire de l’Ouest américain, s’inscrit immédiatement quelques chefs d’œuvres culture western diffusés par le cinéma – de Convoi de femmes (Wellman) à La Rivière rouge (Hawks) et la bande dessinée ( de Lucky Luke à Blueberry). Monument Valley, charriots d’émigrants, Cowboys et Indiens, ruée vers l’or ou les vastes pâturages… cet imaginaire a été largement crée par Frederick Jackson Turner (1861 – 1932), historien à l’université du Wisconsin, théoricien des « frontières » qui veut que les Etats Unis sont nés de la conquête de l’Ouest comme société libre, démocratique, aventureuse, conquérante… Cette légende n’a cessé d’être nourri par les publicistes, les romanciers, les missionnaires, et les artistes.

Nous sommes les héritiers de cette histoire-là, puisque le cinéma lui- même a repris les schémas narratifs utilisés par Buffalo Bill.

Une frontière de colonisation

Avec un certain souffle dans l’écriture, Soazig Villerbu recadre les faits, même si quand commence son histoire, dans les années 1770, l’Ouest reste avant tout « une frontière , un espace de projets et de projections, où individus et société se construisent ». L’histoire de l’Ouest n’est pas une simple idée de déplacement de population, comme l’historiographie l’a souvent décrite. C’est une colonisation de peuplement. Thomas Jefferson, président des États-Unis entre 1801 et 1809, joue un rôle clé : sa stratégie est de prendre les terres. Il confisque les terres indiennes sous couvert légal, en passant des traités, en endettant les populations indiennes et en les contraignant à échanger les terres contre les dettes.

Ce qui fascine les Européens à la création des Etats-Unis en 1776, c’est l’émergence d’une puissance dont on suppose assez rapidement qu’elle va concurrencer l’Europe. Et le concept même d’aventure est important pour comprendre cet imaginaire-là. On est aussi dans un contexte de migration. 50 millions d’Européens sont partis d’Europe au 19e siècle et le rêve américain joue à plein. Cela construit une légende depuis la fin du 18e siècle, qui est encore prégnante.

La circulation des chevaux et des armes à feu

L’enjeu des armes est fondamental, parce que chaque puissance impériale – les Britanniques, les Français, les Espagnols, les Russes de l’autre côté du continent – a des pratiques différentes vis-à-vis de la circulation des armes à feu. Les populations indiennes jouent des concurrences et des circuits commerciaux extrêmement complexes entre puissances impériales et puissances indiennes, pour se procurer les armes qui apportent un pouvoir supplémentaire.

Difficile de résumer une telle épopée

Il est question de rencontres, de conflits et de faux départs, des virus exterminateurs, apportés par les Européens, d’Indiens, de métis et de colons, de cheval, de chasse au bison, de pêche au saumon et de commerce de fourrures, de transcontinentaux, de parcs nationaux et de réserves, mais aussi de déplacements de populations, d’épidémies et de génocide culturel. …  Les grandes figures – de Custer à Geronimo – apparaissent bien, mais loin du discours clivant exceptionnalise et nationaliste habillée de façon tenace en « utopie de nouvelles frontières ».

Mais l’Histoire est tout aussi passionnante que la légende. Pour une fois, la professeure en histoire contemporaine à l’Université de Limoges choisit de publier la vérité des faits (pour paraphraser Ford).

#Olivier Olgan