Paul de la Panouse [Thoiry], le goût du monde sauvage

Descendant d’une des plus anciennes familles de la noblesse française, Paul de la Panouse aurait pu finir associé dans une banque d’affaires, chroniqueur mondain ou pire aristo déluré brûlant les derniers biens d’une dynastie dans une Dolce Vita ininterrompue le nez poudré de cocaïne. Il n’en fut rien, son « délire » fut plus sauvage. Il créa, il y a un demi siècle, le ZooSafari de Thoiry et nous fait aujourd’hui partager cette aventure dans son livre : « Thoiry, une aventure sauvage ».

Paul de la Panouse [Thoiry], le goût du monde sauvage

Paul de la Panouse, fondateur du ZooSafari de Thoiry, a été marqué dans sa chair par les animaux qu’il recueille. Au printemps 1976, l’éléphant Tumbo lui piétina les deux jambes ce qui le contraint, depuis, à marcher avec des cannes. La dent d’une femelle hippopotame lui perça également le ventre.  Photo © DR

Cette « idée folle », pour nombre de Cassandre de l’époque, il parvint à la faire partager à ses parents, Antoine et Solange, qui acceptèrent de financer l’idée folle de leur fils de 21 ans. Soit la transformation du domaine familial de Thoiry, non en golf… mais en réserve d’animaux sauvages. Pour ce faire, il leur fallut vendre une forêt, l’un des derniers actifs du patrimoine familial.

Plus de 50 ans plus tard et avec 23 millions de visiteurs, Paul de la Panouse raconte cette aventure dans un livre testament plein d’émotions et d’images somptueuses Thoiry une Aventure Sauvage. Livre hommage autant au château familial qui porte vaillamment ses 460 ans qu’à ses ancêtres où l’on croise la fine fleur de la noblesse du Rouergue et de France. Même si pour ne pas en rajouter sur son côté bas-bleu, Paul de la Panouse rappelle qu’un autre de ses ancêtres, député des Vosges, vota la mort de Louis XVI.

Paul de la Panouse [Thoiry], le goût du monde sauvage

Dans le parc animalier de Thoiry. Photo © DR

Le pari réussi d’une cohabitation d’espèce différentes

Surtout, le livre retrace l’aventure unique de cet autodidacte singulier qui dans notre pays académique n’a pas manqué de détracteurs diplômés. Les sommités de l’époque, à commencer par le directeur des parcs zoologiques de Paris, prédisait tous les malheurs. A commencer par les animaux s’échappant dans la campagne. Le plus grand démenti apporté aux mandarins et le pari gagné de Paul de la Panouse ont été de faire cohabiter différentes espèces sur un même espace. Le jour de l’ouverture des cages en avril 1968, Paul de la Panouse écrit : « Si la cohabitation des animaux échoue, par ma faute, mon père aura vendu sa forêt des Vosges pour rien et ma mère devra abandonner tout espoir de pérenniser le domaine ancestral auquel elle a consacré sa vie. »

 Eprouver l’aspect sauvage jusque dans sa chair

Comme nombre de ses pensionnaires, La Comte de la Panouse marche sur 4 pattes… Ses deux cannes lui donnent l’équilibre que ses jambes piétinées par Tumbo l’éléphant au printemps 1976 ne lui apportent plus. « Quand il est mort j’ai pleuré » confie-t-il. Quant à son ventre, il a été « malmené » par la dent d’une femelle hippopotame à la recherche de son mâle…

A la fois témoignage d’une France pompidolienne insouciante et heureuse, Thoiry renvoie aujourd’hui avec plus d’acuité à la disparition fatale de la biodiversité. Et la bêtise conjuguée à la soif d’argent de l’espèce humaine frappent aussi à l’intérieur de ses murs. Comme le jour de mars 2017 où Vince, rhinocéros blanc de Thoiry, fut abattu dans le parc des Yvelines pour sa corne …

Paul de la Panouse [Thoiry], le goût du monde sauvage

Thoiry, faune sauvage. Photo © DR

« On n’achète pas, on ne vends pas et on ne loue pas d’animaux »

La monétisation des animaux, comme au Zoo Beauval avec ses pandas, suscite la défiance du Comte de la Panouse. « On n’achète pas, on ne vends pas et on ne loue pas d’animaux, on se les prête. Nous avons refusé les pandas loués par les Chinois. Commercialement c’était une erreur mais sur le plan de l’éthique, on ne le regrette pas… » Comme il l’explique volontiers, une aventure comme Thoiry serait aujourd’hui impossible. Miracle d’une époque sans principe de précaution ni délire procédurier… C’est en Aveyron, berceau d’origine d’une branche de la famille de la Panouse qu’il a pu en éprouver les maux… Quand son épouse Anabelle a créé un jardin médiéval avec des animaux dans le château familial du Colombier près de Rodez. A l’époque, une association écologiste saisit la justice et l’accuse de détruire le paysage. Bilan : un an de retard et un million d’euros de pertes. De quoi plomber durablement l’équilibre financier du projet alors qu’au même moment le Conseil général finançait, lui, le parc Micropolis qui pèse encore lourdement et pour très longtemps sur les finances du département. Reste que Paul de la Panouse et surtout son fils Edmond n’ont pas dit leur dernier mot avec le château du Colombier.

Paul de la Panouse [Thoiry], le goût du monde sauvage

Un des paris du fondateur de Thoiry a été de faire cohabiter des espèces différentes dans un même espace. Photo © DR

Groupe familial et success story

Thoiry, c’est aussi une sacrée réussite économique. Le navire amiral de la flotte a vu naître sous l’initiative de son créateur d’autres parcs comme ceux de Peaugres (Ardèche), Sigean (Aude), Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) et le Colombier (Aveyron). Aujourd’hui, la holding a ouvert son capital à des investisseurs. Cependant Colomba de la Panouse, fille du fondateur reste DG du Groupe Thoiry. Edmond gère, lui, la réserve biologique des Monts d’Azur (Alpes-Maritimes) et reprendra le château du Colombier. Sa fille a aussi investi 7 millions d’euros dans un équipement de méthanisation pour recycler les fumiers du parc. Il alimente en énergie 7 villages environnants.