Pourquoi acheter son vin dans les ventes aux enchères ?

Les prix des vins continuent de s’envoler sur le marché, mais il y a toujours des affaires à faire pour l’amateur avisé. Au moment où le monde des enchères digitalisé s’apprête à de nouveaux changements, deux parutions font le point et conseillent les acheteurs. À lire, pour ne pas se tromper, voire y gagner…

Pourquoi acheter son vin dans les ventes aux enchères ?

Les indices « winedex » sont calculés à partir de la côte Idealwine depuis 2007. Ils sur-performent l’indice CAC40 (des 40 principales actions cotées) de la bourse de Paris. Photo © Idealwine

Economiser jusqu’à 40% sur le prix d’une bouteille de vin, et peut-être même une grande bouteille rare, c’est tentant, pour ne pas dire irrésistible. C’est en tout cas ce qu’affirme Fabrice Giordano dans « Les ventes aux enchères de vins et de spiritueux », le livre dans lequel il concentre ses travaux universitaires en conservation du patrimoine et droit de la vigne et du vin. En vente aux enchères « la bouteille revient en moyenne jusqu’à 40% moins cher, en fonction du domaine ou du millésime, que dans n’importe quel autre endroit spécialisé, cave ou grande surface ». On hésite à le croire lorsque le Conseil des ventes volontaires, l’autorité de régulation des ventes aux enchères en France, annonce dans son rapport du 13 mars 2019, une progression de 18% des adjudications de vins et spiritueux entre 2017 et 2018 pour atteindre un montant de 46 millions d’euros (hors frais). La progression était de 3% l’année précédente. Mais il est vrai que le nombre de flacons enchéris ne baisse pas. Parallèlement, les ventes aux enchères « Art et objets de collection » dont font partie les vins et spiritueux, ont baissé en France de 4,1% (et de 2,8% dans le monde, pour descendre à 27 milliards d’euros).

Pourquoi acheter son vin dans les ventes aux enchères ?

Idealwine en tête

Comme l’année dernière, les ventes aux enchères de vins et spiritueux progressent en France parallèlement au leader du marché, International Wine Auction, filiale d’Idealwine, qui vend exclusivement en ligne. Le montant total de ses ventes 2018, pour 71 000 lots soit plus de 140 000 flacons s’est élevé à 14,3 M€ (contre 11 M€ en 2017, soit + 30 %). Le marché est concentré autour de six études qui représentent à elles seules plus de 62% des ventes. Derrière la locomotive Idealwine se trouvent ainsi Artcurial (en hausse de 39% sur 2017) et Besch Cannes Auction (chacun entre 4 à 5 M € ), puis Tajan, Arcadia et Lombrail Teucquam.

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Bourgogne – Rousseau Les vins du domaine Rousseau ont la cote et entraînent le reste de la Bourgogne. Photo © Idealwine

Idealwine publie comme chaque année son « baromètre », un ouvrage qui reprend toute l’actualité de l’année passée, avec des analyses pointues par vignoble, des tableaux récapitulatifs et tout ce qui peut être utile au vendeur comme à l’acheteur. L’analyse de 2018 met en relief deux grandes tendances : le phénomène des vins bio, biodynamiques et nature qui s’est amplifié et pérennisé ains que l’intérêt pour les vins du Rhône qui s’est accentué. Un véritable engouement s’est créé pour certains vins d’obédience nature, comme Overnoy dans le Jura, Allemand dans le Rhône ou Métras dans le Beaujolais. Les trois grands régions traditionnelles – Bordeaux-Bourgogne-Rhône – représentent encore 87% de la valeur et 80% des volumes vendus aux enchères par Idealwine, malgré une baisse relative des deux premières. Sur le podium des sommes enchéries se trouvent Petrus (867 000 €), Mouton-Rothschild (732 000 €), domaine de la Romanée-Conti (861 000 €) Lafite-Rothschild 666 000 €) et Coche-Dury (454 500 €).

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Laurie Matheson, directrice du département vin d’Artcurial, qu’elle a développé avec Luc Dabadie. Photo © Artcurial

Artcurial le spécialiste historique

Pour Laurie Matheson, qui dirige le département vin d’ Artcurial, la nouvelle tendance du marché est la montée en puissance de la Bourgogne. Les volumes disponibles sont forcément limités, en proportion avec la taille des parcelles et même des appellations puisqu’un village entier de Côte de Nuits, 1ers et grands crus compris, peut tenir à l’intérieur de deux crus classés bordelais. « Aujourd’hui tout prend de la valeur en Bourgogne. La hausse s’applique à tous les vignerons, et non plus seulement aux quelques domaines phares comme Romanée-Conti ou Rousseau » déclare-t-elle. On se prend à regretter l’époque où certains vins n’avaient pas de vraie cote et les experts conseillaient « de les garder pour les boire ». Le conseil et la fiabilité sont les points forts de cette étude historique. Des milliers de bouteilles poussiéreuses sont passées dans les mains expertes de Laurie Matheson qui poursuit : « Nous sommes très sélectifs, nous ne vendons pas n’importe quelles bouteilles ». Elle visite les caves, elle vérifie l’origine des bouteilles, elle cherche les preuves d’authenticité, quitte à abandonner quand ces preuves sont insuffisantes. Il le faut car les faux, en vins comme en art, posent un vrai problème et entachent régulièrement le marché. L’interprofession bordelaise a estimé que 360 000 bouteilles de vins contrefaits étaient vendues chaque jour en Chine.

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Les Cornas du domaine Clape les Côte-Rôtie La Mouline de E. Guigal sont recherchés s’ils ont été vieillis dans une bonne cave. Photo © Isabelle Bachelard

La technologie blockchain au secours du vin

Le monde du vin parle de plus en plus de la technologie blockchain, qui permettrait de garantir l’authenticité des vins. Parmi les nouvelles technologies, Fabrice Giordano lui accorde une place choix dans son livre, « le sujet le plus intéressant de ces dix dernières années en informatique, à l’image d’Internet il y a 20 ans ». La technique reste encore un peu mystérieuse pour le commun des mortels. Il s’agit d’‘un système informatique permettant de garantir la véracité de transactions en groupant des « blocs » dans une « chaîne » sans possibilité de retour ou de modification. Une sorte de grand livre de compte infalsifiable que le législateur français définit comme « un dispositif d’enregistrement électronique partagé permettant l’authentification des opérations ». Cette technique, mise en place dès la mise en bouteille, semble promise à un bel avenir pour les vins produits aujourd’hui. Mais elle ne règle pas le problème des vins nés auparavant, en particulier les crus anciens et rares, obligatoirement de plus en plus rares si certains d’entre eux finissent pas être bus. Si elle était mise en place plus tard dans la vie des flacons, sur la bonne foi d’une expertise ou d’une facture, elle pourrait ne faire que reporter le problème. Comme on l’a souvent vu avec les certificats d’authenticité signés par des veuves d’artistes, qui ont perpétué la circulation de contrefaçons.

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